vendredi, 18 janvier 2008
Du retour de l'ablatif latin
De quoi vous entretiens-je ? D'un fait assez banal, mais qui me semble néanmoins exemplaire. Il existe deux formes de titres : ceux qui accrochent et ceux qui informent. Tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que les moteurs de recherche privilégient les titres informatifs au détriment des titres accrocheurs, car ces derniers contenaient trop de métaphores, de jeux de mots, d'équivoques, de périphrases, de sous-entendus. Or si on utilise un titre purement informatif et factuel, on a souvent peu de chances d'être lu. Et là on retrouve l'avantage du titre latin qui donne les mots clés tout en paraissant décalé puisqu'on n'a pas l'habitude de le voir souvent.
Il m'arrive fréquemment d'avoir recours à un titre de forme latine. J'aime son côté désuet. Cela a un parfum d'études de droit, d'histoire ancienne ou de lettres classiques. Cela fait sérieux, même si on écrit des sornettes après et c'est excellent dans ce cas. Son avantage ? On donne tous les mots clés dans le titre tout en paraissant décalé, puisque ce genre de titre ne se voit plus souvent. C'est à la fois informatif et accrocheur, coup double ! Mais que vois-je en deux jours ? Une dépêche People (!) de l'Associated Press (!), un billet dans un blogue situé nettement à gauche (Partageons mon avis), un article de Betapolitique (tout autant à gauche) employant le "de" ou le "du" qui vous classeraient immédiatement comme aristocrate de la plume. Il y a des exemples d'emplois de l'ablatif au cours de ces dernières années dans un certain nombre d'ouvrages ou d'articles, mais je me demande si une nouvelle mode n'est pas en train de naître.
Il y aura alors un paradoxe, ce genre de titre choisi pour la rareté de sa forme ne sera plus pertinent puisqu'il deviendra trop commun et moins accrocheur. En outre, le "de" ou le "du" initial fera reculer le classement du meilleur mot clé dans les moteurs de recherche. Ce sera alors moins informatif. Et on retombera dans les mêmes données qu'au départ.
18:24 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, français, journalisme, presse, média, médias, blog



Commentaires
DD : "Cela a un parfum d'études de droit, d'histoire ancienne ou de lettres classiques."
Oui, cela évoque Vitruve, Cicéron et, bien sûr, César... j'ai souvent fantasmé (pour le côté décalé, justement) d'utiliser des titres de cet acabit pour mes écrits professionnels, mais je me suis jusqu'ici abstenu. D'une part c'est quand même assez prétentieux (pour les fâcheux qui prennent tout au premier degré) et, surtout, que j'écrive mon titre en latin ou en français, personne ne le comprendrait.
Déjà que certains me regardent bizarrement parce que je lis des livres freiwillig...
Cela dit, plus encore que le de+ablatif, il serait beau de trouver en français un ablatif absolu, je me sentirais moins seul...
Ecrit par : Ponte Facto | vendredi, 18 janvier 2008
PF : « je me sentirais moins seul »
Excellent !
Ecrit par : lamkyre | samedi, 19 janvier 2008
Les commentaires sont fermés.