jeudi, 17 janvier 2008

Comment ne pas savoir lire

Comment lire un article de journal ?

Quand j'étais encore dans mes études, mon prof d'économie nous recommandait de voir d'abord l'architecture du texte, de lire d'abord le titre, le chapeau, les intertitres, puis d'entrer dans le texte en voyant le début et la fin de chaque partie, puis de chaque paragraphe. Cette leçon ne m'a jamais quitté. Elle est même la base de mes corrections de rédactions ou de dissertations. Elle est aussi celle qui m'a appris comment construire une dissertation ou un commentaire de texte littéraire. On voit et on écrit le début et la fin presque dans le même temps. Cette corrélation est indispensable pour obtenir une cohérence. Mieux ! Il est préférable d'écrire en notes son introduction et sa conclusion, puis de les rédiger après-coup de manière parallèle au cas où le propos aurait dévié en cours de route.

Ce type de construction d'une lecture ou d'une écriture n'est pas courant, sauf chez les informaticiens ou les comptables. On n'a pas l'habitude de voir tout en formes géométriques ou d'indenter chaque propos. Pourtant, c'est profondément littéraire et Baudelaire qui parlait des "vivants piliers" ne pourrait me détromper. L'écriture à-tout-va, sans relecture, sans idée directrice, sans aucune règle, cela va un temps : celui où une mode se démode. Mais il en est de même pour l'écriture comme de la lecture. Commencer à construire son début et sa fin, c'est déjà savoir comment on va remplir les interstices.

Il est possible d'utiliser des modes de lecture différents : mot à mot et linéaire pour les très bons textes et pour les personnes ayant des difficultés de compréhension, par balayage, par anticipation, par photographie de l'ensemble de la page. La lecture n'a jamais été un mode unique. Je possède tous ces instruments et je suis capable de lire très vite (plus vite qu'un lecteur ordinaire) un texte très long, mais je peux alors comprendre les erreurs ou approximations de ceux qui en sont restés à la lecture linéaire.     

Je reviens à la lecture de l'article. Toute la titraille n'est pas forcément imputable au journaliste signataire qui ne peut que mais. C'est parfois l'écriture d'une sorte de lecteur en la personne d'un secrétaire de direction. On croit voir une personne (le journaliste type) alors qu'il existe différent niveaux de responsabilité, comme dans toute entreprise ou administration. L'incohérence n'est pas à prêter à une personne en particulier, parce que le signataire n'est pas forcément l'auteur de l'erreur. Il écrit son texte à la volée, puis d'autres se chargent de le hiérarchiser sans lui demander son avis ou sans même le lire.

Cela induit des changements sur la perception des textes quand c'est vu à partir de la Toile. L'horizon de lecture devient plus limité et on croit que la source est unique : c'est Machin qui l'affirme ! Alors que Machin est juste un lampiste. On accuse aussi le journal en entier lorsqu'il reproduit juste un flux de dépêches d'agence. On a accuse encore son FAI ou son portail alors qu'il y a seulement ces mêmes flux d'agence. Bref, on ne sait plus où on est parce que l'on n'a jamais songé à regarder le début et la fin des textes, pas simplement pour leur contenu, mais aussi pour leur origine. Et la cacophonie devint reine. 

Commentaires

« Ce type de construction d'une lecture ou d'une écriture n'est pas courant, sauf chez les informatiens »

Heureusement qu'ils ne sont pas nombreux.

Écrit par : Stéphane De Becker | jeudi, 17 janvier 2008

Aprés un tel texte, je me dois de vous raconter comment un jour je me rendis compte que, peut être, je savais lire.

J'avais prés de trente ans.

Professionellement, je devais me tenir au courant de l'actualité agricole ; je lisais donc l'avant papier du congrés national des producteur de ... sais plus quel végétal, ce pourrait être le colza.
Article d'une totale platitude ; sauf qu'a la fin une réflexion me traversa l'esprit : "tiens, ils vont changer de président".
Mais en reposant le journal,une autre réflexion me vint ; "ce n'est pas écris".

Les 2 hémisphères de mon cerveau -l'intuitif et le rationel- étaient en désaccord ! Je virais schizo !

Il en faut plus pour m'affoler ; je relus soigneusement l'article que j'avais survolé. Pas de doute, aucun changement de président n'était évoqué.
Sauf que l'hémisphère intuitif n'en démordais pas : changement certain !

Là je sentis que je devais utiliser toute l'éducation et le savoir faire acquis grace à la république. Je pris une grande feuille et me mis à l'analyse de texte de l'article.

Ne faites jamais celà ; on se rends compte qu'une grande feuille suffirait à résumer tout un journal !

Bref, il subsistait que la précédente élection s'était jouée à peu entre 2 lignes politiques ; et qu'une région, enfin, son syndicat -que mes connaissances en géographie situaient entre la troisième et la cinquième place pour cette production- était passée à l'opposition.
Le changement de ligne politique, et donc de président, était inéluctable.

Quatre jours plus tard, le compte rendu confirmait. CQFD.

Ensuite je suis devenu prévisioniste ; puis informaticien.

Commencer par la fin, c'est savoir où l'on vas.

Écrit par : Pilou | jeudi, 17 janvier 2008

Pilou : Quatre jours plus tard, le compte rendu confirmait. CQFD.

Ensuite je suis devenu prévisioniste ; puis informaticien.

Quelle décadence !

Écrit par : Dominique | jeudi, 17 janvier 2008

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