jeudi, 22 novembre 2007
D'une grandeur médiocre
Aujourd'hui, Hervé Chabaud se surpasse. On dirait qu'il a bouffé des champignons hallucinogènes de Jean-Louis Murat tellement il sombre dans une sorte de délire pas si doux. Je vais vous traiter le sujet à la Acrimed, c'est-à-dire avec commentaire juxtalinéaire, ce qui est la pire des méthodes d'explication de texte, mais ce qui fonctionne quand même lorsque l'on se trouve face à un texte incohérent.
Cela commence fort : le titre.
Les mains sales
Waouh ! la référence littéraire pour classes terminales... On aura compris l'implicite, il y a de la manoeuvre politique plus ou moins bolchevik derrière.
L'exorde :
Odieux, pitoyable et suicidaire !
Notez le style profondément cornélien. Commencer par des exclamations permet de capter l'attention de son auditoire, surtout si c'est en rythme ternaire et avec gradation. Ce qui est chic, c'est d'employer des interjections, des jurons ou des appels au ciel afin que la déploration soit plus vive. On ne comprend pas très bien tout de suite ce que vient faire le mot suicidaire là-dedans, mais cela va se préciser ensuite.
Est-ce le début du terrorisme social ?
Vaste question qui contient en fait déjà sa réponse et qui indique où se trouvent les coupables. Comme s'il n'y avait jamais eu d'actes de vandalisme sur les voies ferrées, mais le rapport avec la grève est aussitôt fait. On doit supposer qu'Hervé Chabaud ne circule pas souvent en train.
Ceux qui ont saboté des installations ferroviaires du TGV ne sont pas seulement des lâches qui mettent en danger la sécurité des usagers. Ce sont d'authentiques criminels qui sont prêts à orchestrer des drames pour sauvegarder leurs petits intérêts
On est dans l'argument non tantum, sed etiam totalement illogique. Mettre en danger la vie d'autrui, c'est se rendre déjà criminel, les circonstances pouvant être atténuées ensuite par l'instruction ou le jugement. On a donc une fausse gradation, mais cela impressionne le lecteur qui est en quète d'invectives.
à moins qu'ils ne soient les mains sales destinées à dévaloriser les cheminots dans l'opinion. Ils n'ont rien à voir avec les vrais syndicats qui conservent des réflexes républicains et ne peuvent que condamner ces comportements inadmissibles.
Mouvement de balancier inverse coutumier dans l'hervéchabaud qui pèse soigneusement la chèvre et le chou, le sel et le poivre, l'huile et le vinaigre. Il ne faut surtout pas accuser brutalement les lecteurs cheminots ou syndiqués de l'Oignon. Après avoir lourdement désigné ceux qui seraient à l'origine des sabotages (de sales cheminots grévistes au couteau entre les dents), il faut tout de suite exonérer de cette responsabilité les lecteurs qui menaceraient de se désabonner.
Qui se cache derrière ces commandos d'irréductibles ?
Ah oui... Qui ? La réponse a été donnée quelques lignes plus haut et dans le corps même de la phrase. Suivez mon regard : des grévistes ! (mais on ne dira pas explicitement que ce sont des cheminots ou des grévistes, on le suggère juste).
Cette préméditation de l'action n'atteste-t-elle pas le refus définitif de toute concession, bref une stratégie suicidaire capable de s'achever par des tragédies ?
Et on passe au second mouvement de la narration : les syndicats qui n'accepteront pas les décisions gouvernementales lors des négociations seront en fait les vrais instigateurs de ces crimes. Admirez l'art de la transition. Le caractère prémédité est laissé à l'appréciation du juge et en fait toutes les actions sont plus ou moins préméditées dans l'absolu, mais certaines avec un temps de réflexion ou de préparation plus long. Il s'agit ici de faire croire qu'il existe une sorte de complot puisque la préméditation fait partie des conditions nécessaires à la bonne réussite de la conspiration. On suggère ces mots de complot, conspiration sans les dire explicitement. C'est de la logique à la X-Files.
Qui a intérêt à promouvoir un climat d'insécurité et à désorganiser en cascade la circulation des trains ? Les questions ne suffisent pas.
Je ne vous le fais pas dire... Poser des questions à la chaîne est un peu ennuyeux à la longue, même si cela fait partie du genre convenu de l'accusation à la fois précise et vague. Ah ! cela me rappelle les Catilinaires ! Qui a vraiment intérêt à se servir d'un climat d'insécurité pour être tous les soirs au journal de vingt heures ? Qui entretient le climat d'insécurité en utilisant des formules hyperboliques ?
Je m'arrête là dans ce grand moment de tartuferie journalistique parce que le style Acrimed est profondément lassant, mais je donne un autre extrait quand même :
Les positions ultras ne desservent pas simplement leurs initiateurs mais toute une profession qui n'a peut-être pas grand-chose à y voir.
C'est tellement grandiose de médiocrité : accuser quelqu'un et puis dire qu'on ne l'accuse pas. Mais n'oublions pas qu'il y a des conducteurs de trains parmi nos lecteurs ! D'autant que c'est suivi de :
Même si les équipements attaqués obligent à un minimum de connaissances des systèmes de sécurité adoptés sur le rail français.
Tout le monde trouvera ce qu'il souhaite lire dans ce brouet...
12:45 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, grève, ump



Commentaires
Waouhh ! C'est du lourd, là…
En tant que (bientôt ex) soutier de la PQR, je suis habitué à lire des éditos réacs et pathétiques en Une de mon journal. Lesquels éditos ne correspondent en rien à l'opinion de la rédaction, puisque écrits par des gens sans lien avec elle
(Je ne sais pas si c'est pareil pour l'Union, chez nous ils sont presque tout le temps rédigés depuis Paris par de vieilles momies déséchées que plus personne ne lit).
Mais un comme ça, on n'a jamais eu… Du grand art !
Écrit par : Le Charançon Libéré | jeudi, 22 novembre 2007
Chabaud est le rédacteur en chef-adjoint du journal et il est fort actif. On le retrouve donc à la manoeuvre pour tout ce qui est de la titraille des articles nationaux et internationaux, de l'angle des articles principaux. Il sévit plus régulièrement depuis quelque temps pour les éditoriaux, mais avant il y avait bien pire ! et Chabaud était juste la sorte de tisane tiédasse que l'on offrait de temps à autre pour compenser les flots de bile éditoriaux de la semaine (il faisait alors office d'une sorte d'Alain Duhamel de la cambrousse). Il hausse le ton par ses imprécations dans la lignée de son prédécesseur plus que forcené et puis il continue en même temps sa petite mélasse faussement centriste et consensuelle (une cuillerée pour les grévistes, une cuillerée pour les usagers, et une grosse louche pour les notables). Cela sonne faux. Mais il doit y avoir une ligne à suivre...
Écrit par : Dominique | jeudi, 22 novembre 2007
une cuillerée pour les grévistes, une cuillerée pour les usagers, et une grosse louche pour les notables...
Sans oublier le tonnelet pour les culs-bénis.
Écrit par : Olivier | jeudi, 22 novembre 2007
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