jeudi, 22 novembre 2007

A propos du roman (3)

Je ne sais si l'existence des biographies romancées est un honneur pour le roman, et n'est pas plutôt un péril pour l'histoire, mais que signifie ce genre hybride, sinon une tentative pour donner aux personnages historiques les dimensions, la liberté et l'efficacité des héros de roman ? Que cherche l'auteur d'une biographie romancée quand il me donne sur son héros des détails empruntés à la vie quotidienne, quand au lieu de prendre le récit à son début, il me jette en plein dialogue, c'est-à-dire en pleine obscurité, et cherche à brouiller artificiellement les pistes ? Que cherche-t-il, sinon à me donner l'impression de la vie, de la présence ? Présence qui reste toute matérielle, le plus souvent, car il faut, hélas, plus que du talent pour nous donner l'impression de la vraie présence, celle qui faisait dire à Du Bos que "Natacha est l'esprit de la vie" et qui lui fait dire de Thomas Hardy qu'il est habité par ce "sens de la vie en général, qui chez le grand romancier est quelque chose d'autre et quelque chose de plus que le sens de la vie des personnages qu'il crée." On voit par là que le roman vise à tout autre chose qu'à faire illusion comme semblent le croire les auteurs de vies romancées, en utilisant quelques recettes faciles, et que s'il part lui aussi de cet "homme apparent" que Valéry désigne aux romanciers et aux politiciens comme thème commun de leurs exercices, il ne s'arrête pas forcément à lui.

Paul Gadenne

Gadenne parle de la seule Natacha qui a marqué et qui marque encore des millions de lecteurs dans le monde, celle de Tolstoï et il fait référence au début de Guerre et Paix tout en discussions obscures, à demi-mots et pleines de menaces ou d'espoirs.

Commentaires

Les chapitres X à XIV, livre I er, de Guerre et Paix sont parmi les plus beaux de toute la littérature. A mes yeux, bien entendu.
Natacha y est déjà resplendissante, toute entière, héroïne majeure et sublime, admirable et si humaine, les mots me manquent...! Bien sûr que Natacha est la vie! Et Tolstoï un magicien !
Dominique, vous saviez, en parlant de Guerre et Paix, que je devais craquer: c'est réussi, je m'y remets cet hiver!

P.S.: il y a paraît-il une reprise en ce moment à la télé. Inutile de vous dire que je boycotte (et même doublement : j'ai deux télés!).

Écrit par : leveto | jeudi, 22 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.