mercredi, 07 novembre 2007

La semeuse (1)

4b5114cd2c48d9732e40df16a1d260cd.jpgElle est la dixième épouse de l'émir du Koweit. Avec une parure de stylographes, elle rédige ses Mémoires. Il y a très loin la mer qu'elle ne voit pas. Alors elle orne ses marges d'arabesques qui veulent dire des vagues.

De cinq à sept heures, elle lit des vers de poètes persans. Demain, elle se voilera.

Je pars à sa recherche, dans les villes d'Orient. Au Caire, à Istanbul, à Beyrouth, je donne son signalement : "Une jeune Anglaise avec des cheveux clairs, des yeux encore fermés." Au pied des minarets, je joue du rebab à deux cordes. Je récite le Coran à des chiens infidèles.

Un jour, elle passe dans son carrosse princier. Les chevaux ont la queue tressée.

Il me semble que leur crinière est parfumée.

Elle s'éloigne. Moi, assis en tailleur devant un stylet et une tablette de cire, je lis les Vies parallèles.

 

Régine Detambel 

Je publie en même temps que le texte l'image du timbre qui figure en vignette dans le livre et qui a donné naissance à ce texte. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne sais.   

 

Commentaires

« Les cheveux ont la queue tressée. »

Lapsus significatif ?

Je ne dis rien du carosse qui a peut-être subi une rectification en 1990.

Écrit par : Sylvie | mercredi, 07 novembre 2007

Le carosse est de mon fait, je rectifie.

Écrit par : Dominique | mercredi, 07 novembre 2007

Je ne connais pas ce texte (de R. Detambel je n'ai lu que le Petit Eloge de la Peau, qui ne manque pas de charme), mais a priori, la référence à J. Amyot, sur le timbre, renvoie à sa traduction des Vies de Plutarque (d'ailleurs non pas sous le titre courant aujourd'hui de "Vies Parallèles", mais sous celui de "Vies des hommes illustres"): la première grande traduction française de Plutarque, celle dont Montaigne en particulier a nourri tout son imaginaire d'enfance et où il a puisé mille citations et allusions dans les Essais; Montaigne connaissait le latin comme une langue vivante, mais avoue lui-même ne pas maîtriser très bien le grec, d'où le recours à la traduction Amyot.

Écrit par : FP | mercredi, 07 novembre 2007

Oui, d'accord, j'avais compris (Amyot est aussi une des principales sources de Shakespeare pour ses pièces antiques, ce qui n'est pas rien et qui impose autant le respect), mais les scènes orientalisantes, je me demande d'où elles sortent à partir de cette gravure parce qu'à part la dernière phrase rien ne fait allusion à ce très grand traducteur, ou alors j'ai manqué quelque chose.

Écrit par : Dominique | mercredi, 07 novembre 2007

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