vendredi, 19 octobre 2007

Interdiction de lire des blogues

Le ministère de l'Education nationale incite les établissements à se pourvoir de chartes ou de contrats auxquels les élèves doivent adhérer afin d'avoir accès aux ressources du fameux troisdoublevé. Ce sont des textes modulables à partir d'un modèle fourni par le service TICE du rectorat, ou pompé sur celui d'un autre rectorat, un peu comme les différentes netiquettes qui sont bricolées à droite et à gauche sur la Toile suivant des modèles antérieurs. Cependant, j'ai tiqué sur une de ces chartes vue dans un établissement où j'ai séjourné. L'accent est mis sur l'utilisation pédagogique de la Toile dans le cadre d'un lieu d'enseignement, c'est normal et il n'y a rien à redire. Mais là où j'ai eu du mal à en croire mes yeux était la formule : "Je m'engage à ne pas lire de blogs ou de carnets d'information". (Notons au passage l'emploi peu fréquent de carnet pour blogue).

J'avais déjà vu une charte dans un autre établissement où l'élève s'engageait à ne pas publier de commentaires sur un blogue (et aussi dans les forums ou les salons de clavardage, ce qui est mélanger un peu tout et n'importe quoi*). Cependant, là, on dépasse les bornes de la bêtise en matière réticulaire : un blogue est seulement un outil guère différent d'un site, si ce n'est qu'il permet (le plus souvent) de répondre publiquement à l'auteur ou au commentateur. La même fonction existe aussi dans les sites de photos, de vidéos, d'articles de presse en ligne. Mais c'est supposé être plus sérieux pour les rédacteurs de cette charte. 

Ainsi, des élèves de collège n'auraient pas le droit de lire les commentaires sur les images par M. KA de la Boîte à images ou par André Gunthert, de Schneidermann sur les images de télévision, sur les statistiques de mots par Jean Véronis, sur le bon usage des dictionnaires et des correcteurs orthographiques par la Grande Rousse, sur la typographie et le design par Peter Gabor, et j'en passe de ces blogues culturels qui parlent de musique classique ou de jazz, de cinéma d'art et essai ou d'ethnographie, d'héraldique ou d'histoire locale, de récits de vie familiale dans le temps ou d'exploration d'un lieu exotique. Comment peut-on penser que l'outil blogue n'est pas pédagogique ?

Il y a des enseignants un peu plus intelligents qui font de leur blogue un outil de liaison avec leurs classes. D'autres personnes, pas forcément enseignantes, donnent des informations utiles, précises, claires, motivées, sourcées, originales sur des blogues, et non par le biais d'une page personnelle ou d'un ajout à WikiPedia et l'un de ses clones. Parfois le texte d'un écrivain n'existe que sur un seul blogue, comme cela peut être le cas ici. Mais non ! le blogue n'est pas pédagogique dans la tête des auteurs de la charte, puisque les blogues sont tous des Skyblogs et des MySpace tenus par des adolescents. Alors que si l'on se rend dans les discussions en ligne d'un journal ou de WikiPedia accessibles d'un clic, on peut parfois trouver bien pire que sur un blogue tenu par une personne qui répond de ses écrits !

La première exigence, ce serait de demander de ne pas participer aux discussions en ligne, mais alors cela pourrait aussi interdire de poser des questions légitimes dans un forum ou un blogue où certaines personnes peuvent répondre à des interrogations comme "pourquoi les dinosaures ont disparu" ou "comment doit-on accorder le participe passé". C'est la matière de certains blogues. Pas de tous, loin de là, pas toujours, mais cette condamnation des blogues comme source me semble à condamner : apprendre à manier cet outil serait cent fois plus intelligent et plus pédagogique. On veut se prémunir contre les dérives et en fait on ne fait rien contre puisqu'on se contente bêtement d'interdire sans faire appel au sens critique et sans donner les moyens d'accéder à l'information ou à la trier.

Je croyais que ce genre de formules était réservé à des pays très démocratiques comme la Tunisie, la Syrie, la Birmanie, la Corée du Nord, la Chine, l'Iran, Cuba...

Commentaires

"je m'engage à ne pas lire de blogues" ???
Mais c'est à la fois surréaliste et moyenâgeux !

Ecrit par : Alice M | samedi, 20 octobre 2007

tu as le droit de voir des films pornos et de la violence gratuite tous les jours à la télé, tu as le droit de porter un string dès 12 ans mais pas les blogs horreur.

Ecrit par : peuples.net | samedi, 20 octobre 2007

Du calme Dominique !
Si on ne peut plus avoir 5 ans de retard sur un sujet aussi évolutif qu'internet !

Bon, un enseignant devrait avoir appris à s'informer ...

Ecrit par : Pilou | samedi, 20 octobre 2007

> "pourquoi les dinosaures ont disparu"

Euh... Apparemment les dinosaures n'ont PAS disparu... Non ?

Ecrit par : kst | samedi, 20 octobre 2007

Ben non... ce sont des oiseaux, nos zozieaux. Mais la question peut être posée par un nenfant, non ?

Ecrit par : Dominique | samedi, 20 octobre 2007

Je parlais des dinos à palmes... (zacadémiques)... ;-)

Ecrit par : kst | samedi, 20 octobre 2007

Mais ce sont aussi de drôles d'oiseaux pour pondre ce genre de circulaires... qui ne donnent pas vraiment des ailes...

Ecrit par : kst | samedi, 20 octobre 2007

Ce billet figure dans la Vigie de Rue89
http://www.rue89.com/2007/10/20/interdiction-de-lire-des-blogs
Je ne l'y ai pas mis par moi-même, je remercie donc le Courageux Anonyme qui l'a fait.
C'est la partie du site où des lecteurs peuvent signaler des extraits de dépêches ou de blogues qui leur semblent intéressants. Il bénéficie déjà de 423 vues et de 4 votes tous totalement positifs depuis hier soir (j'ai vu bondir aussi mes stats d'un coup).

Ecrit par : Dominique | dimanche, 21 octobre 2007

Cher Dominique
Vous avez eu l'amabilité de me remercier, avec d'intéressantes remarques, de la citation que j'ai faite de votre page, en manière de clin d'oeil, sur mon blog destiné à un public d'étudiants d'université. je vous retourne donc la politesse. Bien sûr, comme de tout outil, c'est le maniement des blogs (et autres ressources informatiques) qu'il faut apprendre aux "jeunes", au lieu de poser des interdictions qui ne prouvent que deux choses, d'abord l'ignorance crasse des censeurs, et aussi, cette tendance accrue à substituer l'interdiction à tout effort préliminaire de compréhension. On interdit d'abord, on réfléchit après, si on a le temps (l'expérience montrant qu'on n'a jamais le temps, en fait). Du reste, l'interdiction est aussi vaine qu'elle est ridicule. La vérité s'est exprimée par la bouche d'un de mes étudiants de 1ère année d'université, me disant à peu près : "ils n'ont pas encore compris que quand on est né après 1985, on ne conçoit pas la vie sans internet...". Personnellement, ce que je trouve délicat n'est absolument pas propre aux "jeunes" usagers des blogs et autres: c'est l'extrême violence des échanges, sur quelque sujet que ce soit d'ailleurs, qui se laisse souvent libre cours dans les "commentaires" et "réponses", y compris sur les plates-formes des sites les plus sérieux (grands quotidiens, par ex.) - comme si toute tribune ouverte à la discussion devait servir de défouloir à la haine de l'autre. Supposant que la plupart des auteurs de ces commentaires sont des citoyens majeurs et vaccinés, je trouve assez désolante, et inquiétante, l'image ainsi donnée (... aux fameux "jeunes", justement) de la confrontation des opinions. N'est-il pas possible de critiquer une idée, ou de faire valoir un désaccord, sans se traiter de noms d'oiseaux et se vouer mutuellement aux gémonies? Au bout du compte, l'enjeu ne me paraît absolument pas de savoir s'il faut ou non "interdire" l'accès aux blogs, mais de réfléchir à l'exemple que la société dans sa moyenne donne d'elle-même, dans sa propre pratique, à la jeunesse qu'elle prétend former; si c'est à son image, en tout cas à cette image-là, ce n'est pas très reluisant. On en revient toujours, donc, à la question de la responsabilité - et pour apprendre à quiconque, a fortiori aux jeunes, à se responsabiliser, il faut commencer par s'appliquer à soi-même la leçon, non?
En tout cas, votre blog que j'ai découvert hier est un modèle d'intelligence et de qualité (si, si, vraiment...): bravo!

Ecrit par : FP | dimanche, 21 octobre 2007

Je souscris à vos propos, je suis moi-même horrifié parfois par les commentaires déposés à la suite d'articles sur des sites d'information dits sérieux comme Le Monde ou Libération, alors que la tenue des blogues de ces mêmes journaux est bien plus responsable. Je l'ai dit plusieurs fois ici ou ailleurs quand j'ai vu une sorte de peur médiatique se créer autour des blogues (qui disent n'importe quoi et colportent les rumeurs, comme on le sait grâce à Laurent Joffrin ou Alain Duhamel, ces grands penseurs). Cela me rappelle le pire des forums Usenet (connus surtout par ceux qui ont débuté sur la Toile quand il n'y avait pas encore d'ADSL) comme fr.soc.politique ou fr.soc.religion.

Un blogueur peut être responsable, un lecteur ou commentateur de blogue aussi. Le blogue, c'est pour une moitié ses lecteurs, car comme le disait Montaigne "la parole est à moitié à celui qui parle, à moitié à celui qui écoute". On construit donc son lectorat et si mon blogue vous semble de qualité, c'est aussi grâce aux gens qui le fréquentent ou qui reviennent irrégulièrement. Les trolleurs et les fachos ne sont pas restés longtemps (ce qui ne m'empêche nullement de livrer des plaisanteries de temps à autre, parce que l'on peut s'amuser aussi).

Il y a une sorte de peur irrationnelle autour des blogues qui sont pourvus de tous les fantasmes (nazisme, pédophilie, anorexie, suicide, drogue, virus, viagra, pornographie, jeux vidéos, islamisme terroriste...) exactement comme lorsque la Toile a connu son accès au grand public il y a dix ans (et alors j'ai entendu des choses délirantes sur Internet, le grand méchant diable, de la part de personnes pourtant un peu intelligentes). La frontière s'est déplacée depuis, on n'est plus au temps où un principal me déclarait sans rire qu'Internet était un univers dangereux où les gangsters opère dans la plus totale impunité. Ce sont maintenant les blogues qui sont désignés comme la zone de non-droit et l'éditorial grotesque et tartuffesque de Laurent Joffrin au sujet de la rumeur d'un certain divorce présidentiel vient confirmer la chose (comment parler de la rumeur sans en parler apparemment et en l'attribuant à d'autres qu'aux journalistes). Cela retombera et les mêmes fantasmes se reporteront sur un autre outil de la Toile.

Un blogue n'est que ce que l'on en fait. Je doute que des jeunes soient particulièrement émoustillés ou choqués par les propos de Bilger, membre du parquet de Paris et fort peu progressiste, ou de Rosenszweig, juge pour mineurs à Bobigny. Pourtant, ils écrivent bien des blogues et donnent des informations très ciblées que l'on aurait du mal à trouver ailleurs. Et ils ne sont pas du tout du genre à parler de leur dernier délire avec leurs potos ou de la tof de leur amstaff ou du dernier tube de Tokio Hotel. Les blogues sont divers, comme la presse ou les livres sont divers. Il y a des blogues de toute sorte, certains sont plus personnels, celui-ci est surtout langagier et littéraire (et parfois un peu politique, scientifique, artistique, culturel ou humoristique s'il y a un intérêt). Mais ce mélange des genres et des niveaux de langue dérange...

En tout cas, l'écriture de mon blogue m'a fait plus réfléchir que bien des années d'étude ou d'enseignement, parce que je suis revenu sur elles aussi par ce biais.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 21 octobre 2007

"Ce billet figure dans la Vigie de Rue89
http://www.rue89.com/2007/10/20/interdiction-de-lire-des-blogs
Je ne l'y ai pas mis par moi-même, je remercie donc le Courageux Anonyme qui l'a fait. "
Merci pour le merci...
Maintenant, tu sauras que le courageux anonyme n'est pas si anonyme que cela...

Ecrit par : Olivier | dimanche, 21 octobre 2007

Ah ! je peux donner une indication alors : le collège en question porte le nom d'un membre de l'Institut... Et notre ami Frédéric y avait été muté lors de sa première affectation, ce qui l'indignait fort.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 21 octobre 2007

Donne nous l'adresse de cet établissement qu'on aille directement leur dire ce qu'on pense de leurs méthodes ... dictatoriales.

Ecrit par : La Zieuteuse | lundi, 22 octobre 2007

Je ne le donnerai pas en public, parce que je pense que c'est avant tout une maladresse de rédaction et une ignorance de la réalité de la Toile, bien plus qu'une volonté dictatoriale. Cela illustre en fait les préjugés en vigueur et une forme de peur irrationnelle : les sanctions qui ont été prises contre des élèves qui avaient dérapé sur leur Skyblog lorsqu'ils ont insulté des enseignants auraient été plus légères si cela ne s'était pas passé sur la Toile, mais sur une table de classe ou sur un mur. Rappeler que l'accès à la Toile est d'abord éducatif dans un établissement scolaire est une bonne chose, mais il faudrait un minimum de discernement dans certaines prohibitions, d'autant que l'actuel ministre de l'Education nationale avait lui aussi un blogue (et on trouve tout un ensemble de blogueurs dangereux ayant été à la tête de ce ministère, Djâck, Mélenchon, Jospin, Flllon, Chevènement...)

Deux jours après, il convient de faire le point sur ce billet. Il a entraîné plus de 1 400 visites à cette heure dans Rue89, 9 votes tous positifs et seulement une quinzaine de commentaires. Le billet a été en tête des annonces de la Vigie de Rue89 pendant toute la journée de dimanche.
D'autre part, il a été repris ou cité par :
* Jean Véronis http://aixtal.blogspot.com/ (il a cité d'autres fois mes textes parmi ses lectures) ;
* Quinquabelle http://quinquabelle.blogspot.com/2007/10/on-marche-sur-la-tte.html
(mon site figurait déjà parmi ses liens) ;
* François Prost qui a répondu ici http://francoisprost.hautetfort.com/archive/2007/10/20/mauvais-esprit.html
* Byrsa Online http://byrsa.blogspot.com/2007/10/interdiction-de-lire-des-blogs.html (un Alsacien !)
* KytoKySp http://55-r-fsh-p8.blogspot.com/2007/10/interdiction-de-lire-des-blogues.html
* Vigilance citoyenne
http://vigicitoyen.canalblog.com/archives/2007/10/21/6613313.html
* Prof en campagne
http://www.profencampagne.com/article-13225244.html

Je n'ai pas connu de nombre de visites aussi élevé depuis l'épisode de la bravitude de Ségolène Royal où mon billet pourtant très court et sans vrai contenu reste celui qui détient le record de lectures. Ici, c'est un autre record : celui de la diffusion, notamment par la reprise du texte en lien sur Rue89. Je n'ai jamais eu auparavant de billet diffusé sur neuf sites ou blogues, deux ou trois étant le maximum. Cela me pose des questions : le contenu du billet était de nature à susciter l'intérêt puisque j'y parle de blogues, d'éducation et de censure, mais sur un fait archi-local où en réalité la bêtise et l'ignorance sont plus à l'oeuvre que la volonté dictatoriale (mon ironie n'est pas passée auprès de tout le monde vu certaines réponses, je dois préciser que ma comparaison avec la junte birmane ou le comité central du PC chinois était juste un effet de style). Mais enfin... cela me laisse songeur à propos des mouvements d'amplification sur la Toile ; si le texte n'avait pas été sur Rue89 qui compte bien plus de visites que ce modeste blogue, il n'aurait pas eu un tel écho. Cela ne veut pas dire que je méprise les gens qui m'ont cité, je tiens à les remercier une fois de plus.

Je suis assez sceptique vis-à-vis de la mise en vitrine par certains blogueurs sur des sites d'information agrégée comme AgoraVox ou Bellaciao, même si je les lis comme d'autres choses. Je n'ai pas envie de compétition au nombre de visites, même si cela me fait plaisir d'être lu. Je ne suis pas persuadé que toutes les lectures soient faites selon la raison et qu'elles déboucheront sur la lecture d'autres billets qui me paraissent plus importants. Je doute énormément comme à chaque fois que je vois des chiffres énormes.

Ecrit par : Dominique | lundi, 22 octobre 2007

Dans la même rubrique, on peut signaler la dernière sortie de Finkie : la solution aux problèmes d'inattention des enfants à l'école ? Couper l'école du Net ! Il paraîtrait que les ordinateurs ne servent qu'à ceux qui sont déjà formés...

Bref, plutôt que d'apprendre aux enfants à faire un bon usage des ordinateurs et du réseau, il faudrait les enfermer dans un cocon non-technologique et faire uniquement des exercices avec un livre et un tableau noir. Génial.

Il y a vraiment des dinosaures, parmi les gens qui pontifient sur l'éducation.

Ce qui est ironique, c'est qu'à l'époque de Jules Ferry, et même plus tard, d'autres rétrogrades critiquaient l'école de leur temps au motif qu'apprendre à lire et à écrire n'était pas utile pour les petits paysans, que l'éducation risquait de leur chauffer le cerveau et leur donner des idées au-dessus de leur condition, par-dessus le marché, et que c'était donc un ferment de troubles sociaux !

Ecrit par : Irène | lundi, 22 octobre 2007

Ah, oui, et avec le lien, c'est mieux, évidemment...
http://www.pcinpact.com/actu/news/39596-Alain-Finkielkraut-ecole-fracture.htm

Ecrit par : Irène | lundi, 22 octobre 2007

Vous déformez la pensée de Finkie. Quand il dit que les ordinateurs ne servent qu'à ceux qui sont déjà formés, je crois qu'il dit qu'il faut être bien persuadé que l'ordinateur ne va pas résoudre tous les problèmes, que seuls ceux qui savent chercher la solution pourront la trouver. Certains élèves m'ont déjà rendu des copies "tapées à l'ordinateur", qui s'étonnaient quand leur note était inférieure à la moyenne "mais, madame, c''est tapé à L'ORDINATEUR" !! Internet, ce n'est qu'un moyen, pas un remède miracle. Je ne dis pas non plus qu'il faut "couper l'école du net", c'est une provocation à la Finkie, mais je comprends qu'il en ait marre qu'on considère Internet comme la solution à tous les problèmes de l'école.

Ecrit par : Alice M | lundi, 22 octobre 2007

Il y a un fil ouvert dans Rue89, avec un lien vers l'émission et un extrait sonore :
http://www.rue89.com/2007/10/22/pour-finkielkraut-il-faut-supprimer-le-net-dans-les-ecoles

Ecrit par : Dominique | lundi, 22 octobre 2007

Si Finkielkraut s'imagine que l'on considère l'internet comme une panacée pour l'école, c'est lui qui se fait des illusions... À force de vouloir "provoquer" et être décomplexé, on finit par dire n'importe quoi.

Ecrit par : Irène | lundi, 22 octobre 2007

Hum... Finkielkraut ne délire pas : il existe bien une idéologie autour du e-learning et elle a été mise en place de manière très officielle par la commission européenne, en accord avec la plupart des syndicats et des partis. Voir par exemple
http://users.skynet.be/aped/Analyses/Articles/Reding.htm
http://users.skynet.be/aped/Analyses/Articles/Lisbonne.html
http://users.skynet.be/aped/Analyses/Articles/ensprofint.html
La montée en puissance des compétences dans les programmes éducatifs est une des étapes vers un enseignement sans enseignants et une formation au long de la vie, via une carte à puces rechargeable. Cela se heurte encore à des disciplines non modélisables telles que la philosophie (que l'on tente depuis longtemps d'éliminer de l'enseignement), mais l'idée est en cours de route depuis bien vingt ans et elle passe par un enseignement de plus en plus formalisé et réduit comme le montre le socle commun de compétences. Il existe déjà en Flandre des écoles sans aucun enseignant, sauf une personne qui allume les ordinateurs et maintient le parc. Les élèves y sont tous très sages puisque la relation frontale est évitée et que chaque élève suit son propre rythme sans contact avec les autres. Ce monde de science-fiction à la Alphaville est déjà une réalité, je l'ai vu dans un reportage d'Arte. Les marchands de logiciels dits éducatifs se frottent déjà les mains, car ils n'auront plus seulement la main sur le parascolaire. On estime que c'est l'un des marchés les plus rentables à venir avec le secteur de l'assurance sociale à privatiser aussi.

Ecrit par : Dominique | lundi, 22 octobre 2007

Bien sûr que Finkie ne délire pas ! il suffit de fréquenter le milieu éducatif pour voir qu'il est loin de dire "n'importe quoi" !
Quand j'entends des expressions du type "cours clés en mains" pour désigner un site ou une vidéo agrémentée d'un questionnaire, censés remplacer un cours avec un prof, une personne qui serait là avec la classe (et avec la vidéo et le questionnaire aussi, pourquoi pas), je me pose des questions... on parle d'autogestion, auto-apprentissage... sauf que pour apprendre à parler une langue, quelle qu'elle soit (y compris la sienne, et celle du corps, des yeux, indissociable de la présence)... il vaut mieux être là ensemble, ici et maintenant.

Ecrit par : Alice M | lundi, 22 octobre 2007

Peut-être que ce lien pourrait être expédié à l'établissement dont il est question, http://www.educnet.education.fr/articles/blogs.htm ? Deux passages de cette page me semblent pertinents:
1- «Le gouvernement n'entend pas interdire les blogs mais simplement apprendre les règles aux élèves».
2- «Après avoir souligné l'intérêt pédagogique que peut présenter l'usage des « blogs », la note rappelle les règles... La note revient aussi sur les actions mises en place depuis un certain temps par le ministère pour éduquer les élèves aux règles de l'internet : généralisation du brevet internet informatique (B2i) qui "comporte un chapitre sur les droits et devoirs des internautes" ; obligation d'une charte d'usage de l' internet, annexée au règlement intérieur des établissements, qui précise le respect du droit d'auteur et de la vie intime (la révision pour la rentrée 2005 devrait inclure un paragraphe spécifique sur les blogs).»

L'éducation nationale n'est pas en cause donc...

Ecrit par : Mario Asselin | mercredi, 24 octobre 2007

D'accord, le "tout numérique" est l'une des tendances lourdes de l'éducation en Europe, et cela prend le relai de ce que je voyais déjà en 1987 dans cette fac de droit marseillaise où j'étais venue manifester contre Devaquet : pas d'enseignant dans la salle, cours par vidéo...

Heureusement que ce n'est pas non plus la seule tendance. J'ai eu la chance l'année suivante de tomber dans la section scientifique d'une fac "de gauche", plutôt en pointe dans les pratiques éducatives, et qui pensait autrement l'introduction de l'ordinateur dans les cours et l'interactivité. Aux classiques cours magistraux étaient associés des TD et TP, et c'est dans ceux-ci que l'ordinateur entrait en jeu, avec une machine pour un ou deux étudiants (selon les cas) et un enseignant de la matière concernée qui connaissait bien l'outil informatique et qui était présent à la fois pour former aux logiciels utilisés et faire le lien entre les techniques et les contenus, expliquer la pertinence de la modélisation informatique d'un phénomène électrique, par exemple, ou l'utilité d'un tableur pour le traitement statistique des données. Bref, l'interactivité à la fois humain-machine et humain-humain.

Ce que je reproche à Finkielkraut, et à d'autres idéologues de l'école d'antan, ce n'est pas de s'opposer à cette autre idéologie qui veut remplacer l'humain par la technique, mais de tout mélanger et de jouer les alarmistes. Rejeter sur l'ordinateur les problèmes d'attention des élèves de ZEP et vouloir "débrancher l'école", c'est un peu court !

Ecrit par : Irène | mercredi, 24 octobre 2007

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