mercredi, 26 septembre 2007
Désenfanter
Je ne trouve pas cela très sain ni très moral, et les affaires Camille Laurens-Marie N'Diaye-Marie Darrieusecq ou Mazarine Pingeot et Philippe Besson m'incitent plutôt à trouver une grosse part d'obscénité, de narcissisme et de vampirisation dans un sujet complexe. Que les faits soient malheureux n'excuse pas la bêtise..
Après deux ouvrages sur la disparition de son petit Lucas, Francine Vervick de Travecy entend proposer à l'Académie française de faire entrer l'adjectif « Désenfanté » dans le dictionnaire. Sa définition ? La perte d'un enfant par ses parents.
Je constate que l'auteure fait aussi sa publicité sur la Toile et que l'on peut aisément trouver une dizaine de blogues ou de forums relayant sa parole. Mais je constate aussi que le terme a été employé au moins deux fois dans la traduction de la Bible par Chouraqui, ce qui est une référence littéraire et linguistique un peu plus sérieuse...
Dans son argumentaire, l'écrivaine dit :« J'ai entrepris cette démarche voici une quinzaine de jours seulement quand j'ai entendu les nouveaux mots qui allaient entrer dans le dictionnaire. Des termes de la société moderne dont certains tiendraient presque du verland [sic] des jeunes. Bref, c'est sans commune mesure avec l'adjectif désenfanté, lequel s'il est retenu, permettrait de mettre un nom sur une situation plus répandue qu'on ne le pense et devrait faire bouger davantage les pouvoirs publics. Après avoir fait jouer mon carnet d'adresse sur Internet, j'ai déjà reçu une centaine de lettres et mails pour soutenir ma démarche. Notamment de Belgique, du Canada et des États-Unis. Car la langue de Shakespeare rencontre ce même écueil »,
On voit là toute la naïveté et l'incongruïté d'une démarche stupide et mal menée. L'Académie française n'a pas enregistré de mots de verlan dans son dictionnaire. L'Académie qui révise son dictionnaire depuis 1935 (!) en est actuellement à la lettre Q et il est trop tard ou trop tôt pour s'occuper de la lettre D, puisque les publications se font par fascicules. Certains mots en verlan ont été retenus par des dictionnaires appartenant à des sociétés privées comme le Robert ou le Larousse. Il en entre chaque année plusieurs dizaines. Il en sort autant... Cela se fait depuis qu'il y a des dictionnaires en français, soit au bas mot cinq siècles. Enfin, ce n'est pas parce qu'un mot n'est pas dans un dictionnaire (notons d'ailleurs que l'auteure pose avec un Larousse et non avec un exemplaire de la IXe édition du dictionnaire de l'Académie) qu'il n'existe pas et que la réalité décrite n'existe pas : c'est simplement un choix au milieu d'une réalité multiple, choix qui peut être revu s'il y a vraiment un usage courant ou littéraire (je doute de ce dernier cas, sauf pour les exemples de Chouraqui). Cela veut dire que le mot doit être accepté déjà par une large partie de la population. Mais là on est encore dans le tropisme compassionnel et victimaire à la Sarkozy : attirer l'attention sur soi par une situation digne d'une émission télévisée consacrée aux témoignages vécus. Bref, on est dans une forme de manipulation de la réalité et une certaine autocélébration pour faire valoir les plus-values de la mort d'un enfant.
Je m'attends à des représailles...
12:39 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langue française



Commentaires
Google Books/Livres/Print propose :
désenfanter 1 exemple
désenfanté 4
désenfantés 4
désenfantée 2
désenfantées 2
La citation en -é donnée comme datant de 1933 est sûrement postérieure. La mécanique de Google indique pour les périodiques la seule année de fondation.
Cela dit, la démarche de cette dame est en effet absurde.
Écrit par : Pierre Enckell | mercredi, 26 septembre 2007
Pathétique ?
Écrit par : 32janvier | mercredi, 26 septembre 2007
Pathétique sans doute, mais alors avec toute l'ambiguïté de ce terme, parce qu'il y a d'une part une démarche linguistique ridicule et vouée à l'échec, d'autre part sans aucun doute une personne qui souffre, enfin parce que l'instrumentalisation médiatique de ce deuil n'est pas la meilleure porte de sortie pour un fait réel. Faut-il pleurer ou rire ? Je ne sais...
Écrit par : Dominique | mercredi, 26 septembre 2007
J'ai entendu désenfantement par une amie... Désenfanter et désenfantement, et dérivés viennent spontanément chez celles qui ont subi ce malheur de perdre un enfant. C'est, du moins ce que j'ai appris au sujet des grupes de soutien psychologique traitant de cette horreur.
LE mot et profond. Il y a, dans l'esprit de ces femmes,une réaction de chair, comme si la mort était aussi charnelle que la naissance. Ce mot exprime une réalité particulière,un fait psychologique. Il se répand aprce qu'il est nécessaire et décrit bien ce que ressentent de malheureuses femme.Le désenfantement c'et la mort subie par la vive, par celle qui ressent come dans sa chair une chose inacceptable: la mort d'un enfant. Oui, c'et profonde et nécessaire!
De toute façon, il n'et pas de la langue d'imaginer qu'un mot apparaît sans nécessité.
Il n'y aucune raison de refuser "désenfanter":une réalité particulière demande qu'il soit prononcé. La langue, c'est tous les jours. Tout le temps.Et c'et ça... Rien que ça,mais tout ça... Désenfanter c'est devenir orphelin à l'envers... C'est un mot clair, précis, bien formé. Nécessaires.LEs raisons du refus ne peuvent être que puristes, dinc ostracistes et concernant les gens,les locuteurs, dans l'opinion que l'on a d'eux plutôt que la langue elle-même et son "système", pour causer chic...
Écrit par : orlando de rudder | jeudi, 27 septembre 2007
Les commentaires sont fermés.