vendredi, 07 septembre 2007

L'arc d'Ulysse

Voici le retour des jeux littéraires et artistiques de fin de semaine. Les toiles ne sont pas décrites avec grande précision, mais de manière massive. L'auteur est un critique et historien d'art réputé et reconnu. Qui est le peintre ? Qui est l'écrivain ? Un indice : le texte a été écrit peu après la mort du peintre.

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Comme sa haute stature, ses yeux clairs, ses formidables éclats de rire, ses longs silences et ses déclarations passionnées, rien dans sa démarche n'était banal ni vulgaire. Il abordait les choses et les hommes, et surtout l'art, de très haut, avec une tension, une énergie, qui l'engageait tout entier. Ses tableaux fortement maçonnés, composés de larges tonalités écrasées, emboîtées, sourdement animées, valaient par leur puissante organisation, dans des gammes restreintes, leur apport tonique, généreux, où les sentiments n'avaient pas cours. C'était l'arc d'Ulysse que nul ne peut tendre, sauf le héros. Sa contribution au Salon de mai frappait chaque année, au milieu des essais, des "tentatives", des caprices, par la franchise, la solidité, l'ampleur des moyens et la délicatesse des tons. Rien n'y manquait pour élever la peinture au-dessus de la facture et de l'ingéniosité décorative, où l'on s'attarde si souvent aujourd'hui. Les formules se brisaient entre ses mains ; dans ses dernières toiles, on a vu - parfois avec étonnement - surgir de ces segments beiges et gris des horizons marqués de rouge, des paysages, des bouquets massifs et même des nus d'une autorité singulière. Chaque forme, chaque élément ne comptait qu'à son tour ; et c'était pour qui suivait l'artiste, une magnifique attente qu'il ne pouvait décevoir.       

Commentaires

"Les toiles ne sont pas décrites avec grande précision, mais de manière massive"

Ah...

Ah ?

Écrit par : Frédérique | vendredi, 07 septembre 2007

La description des oeuvres me fait penser au peintre RD.

J'ai bon ?

Écrit par : 32janvier | samedi, 08 septembre 2007

Eh bien, ça ne me fait penser à rien du tout, je ne vois rien. Il y a juste « les sentiments n'avaient pas cours » qui m'évoque vaguement Braque, mais je ne peux tout de même pas voir Braque partout sous le prétexte que je ne l'aime pas !

Écrit par : lamkyre | samedi, 08 septembre 2007

Vous avez tort pour Braque... Doublement tort, puisque ce n'est pas lui. Un indice : c'est un peintre aimé par Alice M.

Écrit par : Dominique | samedi, 08 septembre 2007

Paul Klee ?

Écrit par : 32janvier | samedi, 08 septembre 2007

Cela peut s'apparenter à Klee par certains traitements et sans la rigueur Bauhaus de beaucoup de ses oeuvres de la première période, mais c'est un auteur plus tardif. Et puis c'est un peintre français, enfin si on veut...

Écrit par : Dominique | samedi, 08 septembre 2007

J'aurais bien dit Nicolas de Staël...

Écrit par : Frédérique | dimanche, 09 septembre 2007

Nicolas de Stael ?

(désolée si ça part une 2ème fois, mon ordi débloque)

Écrit par : Frédérique | dimanche, 09 septembre 2007

C'est bien Staël. On reconnaît en gros sa manière, sans qu'un tableau précis soit décrit. Et pour notre auteur, précisons qu'il fut un universitaire, un académicien, et qu'il écrivit dans la presse, notamment dans un quotidien de référence.

Écrit par : Dominique | dimanche, 09 septembre 2007

Ouaiiis, pour une fois que je trouve...

Pour l'auteur, le seul nom qui me vient, ignare que je suis, est celui de Bertrand Poirot-Delpech.
Mais il était bien jeune quand de Staël est mort.
Le texte ne me semble pas celui d'un jeune homme de 25, 26 ans... Mais bon... quelle belle plume, déjà, si c'est lui (que je n'ai pas lu d'ailleurs).

Écrit par : Frédérique | dimanche, 09 septembre 2007

Il abordait les choses et les hommes, et surtout l'art, de très haut, avec une tension, une énergie, qui l'engageait tout entier.

L'Aigle foudroyé, tel était le titre, il me semble, de la biographie que lui a consacré Laurent Greilsamer, un livre qu'on ne lâche pas facilement même si pour soi la peinture reste quelque chose de relativement étranger.

Je ne connaissais pas ce tableau-ci (j'en ai vu un certain nombre, en photos, ma moitié étant très portée sur ce peintre-là), mais il est effectivement très de Staël.

Quant à l'auteur du texte, si on n'était pas ici j'aurais pu dire "Revel", mais ce n'est pas possible. Et puis, même si c'était un amateur plus qu'éclairé, je ne crois pas que stricto sensu on puisse le qualifier de "critique d'art", non ?

(Au fait, von Stael, en allemand, ça devrait prendre un tréma ou pas ?)

Écrit par : Siganus Sutor | dimanche, 09 septembre 2007

Bon, Siganus... réglons la querelle au sujet de Revel. C'est un auteur que j'estime beaucoup, qui avait une belle plume, qui savait un peu les choses élémentaires comme la littérature, la cuisine, la peinture, et surtout l'art de causer, en plus pas conformiste pour un sou, parce qu'il a publié des tas de réfractaires. C'est pourquoi je ne me serais pas montré si dur à son sujet dans nos échanges privés, parce que je pense qu'il a gâché son talent dans la politique et que son anticonformisme l'a emmené très loin de ce qu'il était. Mais je distingue le Revel du début et le Revel de la fin. Je pourrai citer du Revel, juste pour vous faire bisquer, mais ce sera le Revel que j'aime : drôle, saugrenu et généreux. Celui des années 50-60.

Bon... j'ai écrit un académicien, et vous comme Frédérique, pensez académicien français alors que l'institut de France comporte cinq corps ! Tous les membres de ces académies sont académiciens. Je récapitule : universitaire (et au plus haut rang), académicien, chroniqueur pour un célèbre journal du soir (entre autres), peut-être rédacteur dans l'Universalis ou la Britannica (mais là je n'ai pas vérifié). Bref, une sommité du monde de l'art.

Pour le nom de Staël, je me pose énormément de questions car le nom est passé d'Allemagne en Russie, puis en Suède et en France. La Suède a une ligature ae qui se prononce â (a long), mais elle se fait sans tréma et elle est différente de ae sans tréma allemand (ä comme autre graphie ou è français). Bref, je ne sais trop quoi en penser, sinon que l'on a affaire à un signe surajouté en français comme pour le tréma de Citroën (sitroune en néerlandais).

Écrit par : Dominique | dimanche, 09 septembre 2007

Ah mais Dominique, je n'avais nulle intention de vous chercher querelle. N'allez pas imaginer qu'on vous cherche noise quand ce n'est pas le cas. Je pense savoir dans les grandes lignes ce que vous pensez de Revel — ce que vous dites là, vous me l'avez déjà dit. C'était disons une manière de clin d'œil...

Vous avez écrit un académicien ? Cela m'avait échappé. Je n'ai cité le ci-devant Ricard que parce qu'il me semblait que dans son recueil "L'Œil et la Connaissance" (quand pourra-t-on italiquer chez vous ?) il parlait du grand Nicolas en le mettant parmi ceux qui comptaient. Mais il me semble maintenant que cela datait d'avant le suicide du peintre.
Quant à l'auteur dont vous parlez, un membre de l'Institut donc, j'ai la flemme de chercher...

Pour ce qui est du tréma, je ne sais trop que penser non plus. Sur les tableaux il semble y être, mais ne s'agirait-il pas là d'une francisation "artistique" du patronyme d'un aristocrate russe d'origine allemande ? Une anecdote qui me revient du livre de Greilsamer : pendant la guerre de Stael remonte en train de la zone nono, sans ausweis ni quoi que ce soit (comment aurait-il pu avoir quelque chose, lui le Russe devenu apatride ?) et, manque de pot, il se fait contrôler. Il s'attend au pire mais le soldat allemand, peut-être un officier, claque des talons et se fend d'une courbette en lui rendant ses papiers d'identité, tout en lui donnant quelque chose comme du "comte von Stael". En allemand me semble-t-il, langue que de Staël ne parlait peut-être même pas (et si ma mémoire vaut encore quelque chose, je crois que de toute la scène il se garde bien d'ouvrir la bouche).

Écrit par : Siganus Sutor | dimanche, 09 septembre 2007

Je me souviens de l'exposition, au centre Pompidou, en 2003. De mon émerveillement. Quelques tableaux restent dans ma mémoire : "le nu couché bleu", un grand tableau que j'avais admiré longtemps, je le trouvais si clair. Et puis les ateliers bleus, mélange d'un moment précis et intime et de l'essence d'un atelier, un atelier parmi des milliers, qui sent la peinture et la couleur bleue. Et puis aussi ces extraordinaires footballeurs du parc des princes ! il a peint le mouvement, la couleur, la nuit, les projecteurs, le jeu, les maillots des joueurs et surtout l'impression générale en trois dimensions, avec le son, les muscles, le mouvement, les clameurs, le froid du soir... tout cela se mélangeait et bougeait sur les toiles ! en plus ces toiles étaient très bien présentées, sur fond bleu nuit, c'est comme si on entrait dans le stade !
Ah et cet immense tableau "le concert" ! la musique rouge remplissait tout l'espace, toute la salle, elle nous entrait par les yeux !
Et puis bien sûr la mer, les mouettes, la lumière étaient là aussi... j'ai marché à travers l'exposition comme en visite en terre étrangère ; ça me rendait un peu ivre, j'en comprenais la langue, je crois. Des citations (son écriture était un paysage aussi) "Toute ma vie j'ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m'aider à vivre, me libérer de toutes les impressions, toutes les sensations, toutes les inquiétudes auxquelles je n'ai jamais trouvé d'autres issues que la peinture."
Ce lien ne rend absolument pas compte ni des couleurs ni des merveilles des tableaux, mais en donne une vague idée :
http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-destael/ENS-destael.html

Écrit par : Alice M | dimanche, 09 septembre 2007

J'ai découvert Staël d'abord dans un livre d'art qui était laissé à disposition des élèves de la classe d'arts pla où j'étais en lycée et que l'on pouvait consulter pendant qu'on cherchait son inspiration. Cela a été un éblouissement, comme la découverte de Rimbaud au même âge. Bien sûr, il y avait des tas de peintres qui me plaisaient, j'étais fasciné aussi bien par Picasso que par Braque ou Matisse et je m'essayais à la bédé, mais Staël exprimait un absolu, une peinture sans aucune contigence, sans aucun compromis, sans aucun calcul matériel. On doit prendre chaque oeuvre en soi.

Écrit par : Dominique | dimanche, 09 septembre 2007

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