lundi, 16 juillet 2007
L'assommoir de l'antonomase
Je lis aujourd'hui dans Libération un appel pour la signature par la France d'une convention internationale adoptée les Nations Unies. C'est intitulé "Pour un Kyoto des migrants". Le protocole de Kyoto était devenu par métonymie et antonomase le synonyme d'un accord international sur l'environnement. Maintenant, par métaphore, il devient synonyme de tout accord international.
On le voit quand on cherche les différents Kyoto demandés : certains ne demandent pas seulement des Kyoto spécialisés dans les déchets, les transports, l'agriculture, etc., mais aussi des Kyoto dans d'autres domaines que l'environnement, comme la culture. Le contenu même est évacué au profit d'un autre contenu.
Ce nom va de pair avec un autre assez récurrent ces derniers temps : un Grenelle. Quand on prend l'origine de l'expression, cela renvoie tout simplement aux accords de Grenelle, signés en 68 après la crise, par le patronat, les syndicats, le gouvernement. Et cela avait eu lieu rue de Grenelle, au ministère du Travail. On voit fleurir les Grenelle de quelque chose, comme le Grenelle de l'environnement qui n'a aucun sens à part celui d'une négociation entre plusieurs partenaires, mais ce ne serait pas la première. Je trouve ici un Grenelle de la formation, là un Grenelle de l'adolescence.
Ah ! et on pourrait encore s'amuser avec un Camp David, version qui met en présence des frères ennemis sur un terrain neutre. L'histoire est oubliée, mais le nom reste. De toute manière, tout commence par un Yalta (version négative du partage du monde)...
Résumons : un Kyoto veut dire niveau international, un Grenelle veut dire niveau national. Et au niveau européen ? J'ai trouvé un Maastricht de l'énergie ou un Maastricht de l'éducation. Le danger de l'antonomase, c'est que l'on ne sait plus trop de quoi on parle : de traités, de référendums, d'accords sociaux ou internationaux, de discussions informelles, de commissions remettant un rapport ? Derrière la figure des Grenelle et des Kyoto, on a en fait des hyperboles cachées, car dire que l'on va faire un Grenelle de l'environnement c'est se donner autant d'importance que les négociateurs de l'époque et placer le gain de chacune des parties aussi haut. C'est une manière de mentir, comme une autre.
16:36 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, langue française, média, médias, politique, ump



Commentaires
«C'est une manière de mentir, comme une autre.»
Oui, bien sûr. Et c'est aussi une manière de faire croire que tout va se régler juste parce qu'on se met autour d'une table. On oublie que les accords de Grenelle n'ont pas réglé tous les problèmes des travailleurs, pas plus que le protocole de Kyoto n'a réglé les problèmes climatiques ou écologiques ni que Maastricht n'a réglé les problèmes de l'Europe.
En fait tout se passe comme si l'organisation de telles réunions, dotées d'un nom ronflant, suffisait à régler les problèmes.
C'est du grand art de bonimenteur.
Ecrit par : leveto | lundi, 16 juillet 2007
Il y a aussi une quantité de Plans Marshall qui encombrent la communication politique.
Ecrit par : Pierre Enckell | lundi, 16 juillet 2007
Merci cher comte,
Il y a un moment déjà que ces antonomases me tapaient sur le système, peu s'en fallut que je ne réveillasse mes ardeurs claverines...
Mais je n'aurais pas pu faire aussi bien et aussi complet. En revanche j'aurais tapé ca en justifiant mon texte à gauche et à droite.
votre sectarisme dans la justification m'irrite... ;)
Blague à part, que reprochez vous à ce procédé numérique cher comte?
Ecrit par : Tang | mardi, 17 juillet 2007
L'espacement fixe des caractères, Tang !
Quand vous justifiez, le "traitement numérique" ne fait que rajouter des espaces entre les mots, c'est plutôt moche...
Ecrit par : Ponte Facto | mardi, 17 juillet 2007
J'ai déjà justifié deux fois ici mes justifications :
http://champignac.hautetfort.com/archive/2005/12/06/le-mirage-chinois.html
http://champignac.hautetfort.com/archive/2007/01/02/vric-vroc-vrac-et-autres-vrucs.html
Je l'ai fait aussi avec exemple à l'appui sur un autre blogue dont je ne peux donner l'adresse. Mais j'avais été soutenu alors par Dominique Autié qui est un homme de l'art, son blogue est en lien dans la partie Littérature. C'est Jean-Pierre Lacroux, un autre homme de l'art, qui m'avait poussé à agir ainsi (liens aussi dans la partie Typographie).
Ecrit par : Dominique | mardi, 17 juillet 2007
Je me doutais qu'il existait une raison profonde à ce choix... je comprends votre réerve: dans certains cas d efigure les espacements variables sont vriament inélégants... En réalité il est souvent possible de les schinter en modifiant la constructiond e la phrase masi cela affecte le style ce qui est fâcheux...
Néanmoins un texte non justifié nuit au design général du blog.... Il faut donc choisir entre le billet lui même et le blog...
Par ailleurs je trouve quand même plus lisible un texte justifié sous Word and co et enjoins mes drôles à adopter cette disposition. il est vrai que les documents officiels le sont tous...
En tt cas merci pour vos précisions
Ecrit par : Tang | mardi, 17 juillet 2007
En traitement de texte ou en pré-PAO, le problème est différent. On peut calibrer à peu près le nombre de signes par ligne, d'abord parce que l'on dispose déjà d'une réglette qui évite de se poser les questions de calcul, ensuite parce que si le dernier mot est trop long il est possible de le couper soit de manière programmable, soit à la main et en suivant les règles. L'alignement sera conservé à l'impression, car les attributs ne passeront pas par de nombreux intermédiaires. Mais les coupures manuelles ne fonctionnent pas bien en HTML. Il y a une différence ici entre la fenêtre d'écriture et la page qui sera affichée. Dans le système d'écriture WYSIWYG pour l'HTML, on ne peut pas prévoir non plus la dimension des écrans de celui qui va lire, les coupures risquent fort de ne pas bien passer : on peut se retrouver avec une ligne d'une longueur double si on ne fait pas de retour-chariot (voire avec des lignes de 3 000 signes comme je l'ai déjà vu sous Netscape), et le retour-chariot est fortement déconseillé parce qu'il crée une balise supplémentaire, qu'il modifie l'interlignage et qu'il va engendrer des problèmes lors de l'impression. La seule possibilité raisonnable sur la Toile pour un tel type d'édition me semble être la publication en PDF, mais cela suppose des compétences avancées et puis le PDF n'offre pas toutes les possibilités de l'HTML, il est plus rigide sur certains points mais il convient bien aux documents formels qui sont d'ailleurs destinés à l'impression. La typo de la Toile (blogues, sites ouaibe, wiki), ce n'est pas de la typo pour l'impression : il faut tout mouliner dans un texteur avant d'imprimer, d'autant qu'il n'y a pas de sauts de pages.
Ecrit par : Dominique | mardi, 17 juillet 2007
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