dimanche, 17 juin 2007

La chouette aveugle (1)

Il est des plaies qui, pareilles à la lèpre, rongent l'âme, lentement dans la solitude. Ce sont là des maux dont on ne peut s'ouvrir à personne. Tout le monde les range au niveau des accidents extraordinaires et si jamais quelqu'un les décrit par la parole ou par la plume, les gens, respectueux des conceptions couramment admises, qu'ils partagent d'ailleurs eux-mêmes, s'efforcent d'accueillir son récit avec un sourire ironique. Parce que l'homme n'a pas encore trouvé de remède à ce fléau. Les seules médecines efficaces sont l'oubli que dispense le vin et la somnolence artificielle procurée par la drogue ou par les stupéfiants. Les effets n'en sont, hélas, que passagers : loin de se calmer définitivement, la souffrance ne tarde pas à s'exaspérer de nouveau.

Pénétrera-t-on un jour le mystère de ces accidents métaphysiques, de ces reflets de l'ombre de l'âme, perceptibles seulement dans l'hébétude qui sépare le sommeil de l'état de veille ?

Sadegh Hedayat 

Commentaires

Il me semble que "Les accidents métaphysiques" peuvent être perceptibles aussi à d'autres moments de conscience, dans les plis du temps...

Écrit par : Alice M | mardi, 19 juin 2007

très beau texte.

Écrit par : Michèle | mercredi, 20 juin 2007

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