lundi, 11 juin 2007

Sur la mort de T. S. Eliot (3)

Ôte, Apollon, ta couronne,

pose-la aux pieds d'Eliot :

dans ce monde fait de corps,

borne d'immortalité.

 

La forêt se rappellera

la lyre et le bruit des pas.

Ne restera en mémoire

que ce qui niera la mort.

 

Se souviendront monts et vallées,

Et même Eole et les nuées.

Se souviendra et l'herbe grasse,

comme voulait le vieil Horace.

 

T. S., des chèvres n'aie pas peur !

La moisson n'est pas un malheur.

Si le granit ne le peut pas

la dent-de-lion se souviendra !

 

C'est ainsi que l'amour passe,

À jamais la nuit l'efface.

Les cris, les mots s'interrompent,

il vit toujours, bien qu'il s'estompe.

 

Tu nous as quittés. Mais nous autres

appelons royaume des ombres

ce pays qui nous est caché.

Notre jalousie a parlé.

 

Se souviendront monts et prairies.

Se souviendra tout ce qui vit.

Le monde, ce corps n'est pas vide !

Il se rappelle mains et lèvres.

 

Joseph Brodsky

Commentaires

Elle est un peu bizarre, cette traduction (du russe?). Il y a des strophes plus ou moins bien rimées, et d'autres non. Et parfois des quatrains en octosyllabes, et parfois d'autres qui sont moins scandés. Il me semble que le traducteur (qui m'est inconnu) aurait dû s'en tenir à un principe, et ne pas essayer çà et là, au prix de formulations mal venues ("des chèvres n'aie pas peur"!) d'écrire des vers français médiocres.

Écrit par : Pierre Enckell | lundi, 11 juin 2007

La traductrice - Hélène Henry - a sûrement tenté de respecter la longueur des vers des trois parties différentes et inégales de ce poème, numérotées de I à III. Je n'ai donné qu'une partie de la première, les deux autres sont complètes. Mais votre reproche portait sur d'autres points que sur cette construction un peu étrange. (J'ai donné la dernière partie plusieurs jours après, parce que les violents orages de ces derniers jours avaient coupé ma ligne téléphonique depuis vendredi.)

Écrit par : Dominique | lundi, 11 juin 2007

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