dimanche, 10 juin 2007
Durabilité
Alain Juppé est aujourd'hui de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables avec un s, ce qui fait que je me pose quelques questions sur les mots qualifiés par durables. Il existe bien une écologie durable selon un rapport d'une commission sénatoriale et il y a eu des rencontres internationales en ce sens, mais l'expression m'a l'air d'une forte redondance. Pourrait-il y avoir une écologie éphémère, provisoire, destructrice ? Oui, en un sens ; le terme écologique n'étant pas une option idéologique précise au départ. J'avais été un peu surpris quand Ségolène avait évoqué aussi lors de sa campagne une sécurité durable (donc sans les effets purement médiatiques de l'ancien agité de la place Beauvau), or il semble que ce concept existait déjà dans d'autres pays et était déjà bien répandu.
Durable est devenu un cliché à la mode. Je passe sur les statistiques de l'enseignement ou de l'éducation durables, de la littérature ou de la poésie durables, du cinéma ou de la musique durables. Durable s'oppose à jetable que l'on avait souvent employé auparavant pour désigner tout ce qui peut rejoindre vite la poubelle, mais je me demande combien de domaines n'ont pas été envahis par ce poncif. Tiens ? Voulez-vous connaître le cochon durable (faisant moins de lisier, je suppose) ? On a aussi la vache durable...
14:42 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, écologie, verts



Commentaires
et "développement durable", c'est pas un oxymoron ?
Ecrit par : Daria | dimanche, 10 juin 2007
C'est une idée qui est en effet soutenue par certains écologistes et altermondialistes partisans de la décroissance
http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9veloppement_durable
La contradiction linguistique et logique a déjà été remarquée.
Ecrit par : Dominique | dimanche, 10 juin 2007
Logiquement, dans un système fermé, c'est en effet intenable. Sauf à chercher des ressources hors de la planète Terre, un développement économique indéfini est impossible.
Il vaudrait sans doute mieux, pour être précis, parler de l'exploitation durable des ressources.
Mais il n'est pas nécessaire que "développement" soit compris uniquement dans son sens économique. Le développement humain est un concept qui n'est aps forcément lié (du moins en théorie) la production de biens matériels.
http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9veloppement_humain
Au fait, s'affranchir des limitations planétaires, certains y travaillent effectivement aujourd'hui, soit pour extraire des ressources énergétiques et minières supplémentaires du système solaire (panneaux solaires en orbite, minerais des astéroïdes ou de Mars), soit pour des projets du genre "parasol spatial", visant à réduire l'effet de serre en... bloquant une partie des rayons solaires qui arrivent au sol.
http://www.santemagazine.fr/accueil/navigation-principale/ecology/dossiers-ecologie/peut-on-refroidir-artificiellement-la-terre.html
Ecrit par : Irène | dimanche, 10 juin 2007
Le développement durable… J’y baigne professionnellement depuis 1992, année où la conférence de Rio a consacré l’expression (en anglais, of course) « sustainable development » proposée par la Norvégienne Bo Harlem Brundtland. Il s’agit en gros d’un mode de développement qui, dépassant les égoïsmes et les appétits pour des profits immédiats, n’hypothèquerait pas le développement des générations futures. Un mode de développement qui aille au-delà de l’économisme pur et dur (économie ultralibérale) en prêtant une attention forte aux aspects environnementaux et sociaux et en faisant la part belle à la participation systématique du public au processus décisionnel. Un nouveau paradigme, kwâ... Dans un premier temps, la presse spécialisée, les associations, les instances internationales, Union européenne comprise, ont fait preuve de paresse intellectuelle et se sont contenté de la traduction « développement soutenable ». Dans le monde francophone, on a mis un certain temps pour voir que « soutenable » était un anglicisme et que rendre tout bêtement l’anglais « sustainable » par ce mot renforçait l’opacité du concept. En anglais, le terme comporte l’idée de mesure, de seuil à ne pas dépasser. La traduction « durable » a ensuite connu quelque succès vers 1995, puis a quasiment éliminé le calque « soutenable » aujourd’hui.
Des pollueurs que je crois plus retors que niais, ont essayé de faire accroire que qualifier une pratique de « durable » leur donnait le droit de poursuivre de longues années encore (dans la durée) des pratiques dommageables pour l’environnement.
Une anecdote, pour la FRSEA de Bretagne, syndicat agricole que le terme « écologie » fait souvent voir rouge, même dans sa simple acception scientifique, il était impensable que l’expression « développement durable », au sens que la conférence de Rio lui a donné, puisse figurer dans un document contractuel que l’Etat lui demandait de signer, en vue de la reconquête de la qualité des cours d’eau de la région. Le jésuitisme de l’Etat a connu un summum ; on a remplacé « durable » par pérenne. Et voilà lancée une « charte régionale pour une agriculture pérenne » (sic)…
Bon, les esprits évoluent et je peux vous dire que, sur le terrain, les pratiques changent. On va doucement vers plus de… durabilité. Ah, ce jargon !
Et la gouvernance –dans son sens raffarinien par exemple-, qu’est-ce que vous en pensez ?
Ecrit par : Corentin | dimanche, 10 juin 2007
En tout cas il y a quelque chose qui risque de devenir "durable" c'est le résultat des élections et ma tristesse à les entendre commenter...
Finalement, le marronnier du bac paraît presque délectable...
Ecrit par : Rosa | lundi, 11 juin 2007
Oui, après des minstres recylables (PS devenus UMP), nous aurons des ministres durables.
Ecrit par : Feuilly | lundi, 11 juin 2007
Je doute que les minitres recyclés deviennent durables.
Ecrit par : Rosa | lundi, 11 juin 2007
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