mardi, 29 mai 2007

La petite famille

Mme la Directrice et moi prîmes, un jour, le “Tortillard”, le chemin de fer d'intérêt local.

Elle avait dit : “Nous allons à Paris tous les deux.”

J'appris dans ce train que mon père s'était mis en ménage avec Louise, ma demi-sœur, et que je n'avais plus de père.

Cette nouvelle sur le moment me toucha peu.

J'écrasais mon nez sur la vitre ; Madame faisait les grands yeux et m'ordonnait de cesser le jeu ; j'obéissais à moitié ; le p'tit train allait dans sa voie étroite entre les lacets du télégraphe, sous sa fumée ; j'étais bien aise ; aux courbes apparaissaient le mouchoir rouge du cou du machiniste ; j'avais le bout du nez noir ; des vaches, des hommes levaient la tête de leur travail ; le train sifflait, soufflait... ; je recevais un dernier avertissement.

À Paris, où elle se rendait fréquemment et, entre deux courses aux grands magasins, où elle se fournissait en corsages clairs et osés, Mme la Directrice s'était occupée de moi. Elle avait fait des démarches auprès de l'A. P.

L'Assistance Publique où elle me conduisait.

 

Henri Calet 

Commentaires

Quelles sont les oeuvres de cet écrivain ?

J'aime bien sa façon d'écrire.

Écrit par : Michèle | mercredi, 30 mai 2007

Une bio-bibliographie. http://perso.orange.fr/calounet/biographies/calet_biographie.htm
Les textes sont tirés de Trente à quarante, version Mercure.

Écrit par : Dominique | mercredi, 30 mai 2007

Merci Dominique.

Écrit par : Michèle | mercredi, 30 mai 2007

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