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samedi, 26 mai 2007
Quand même
Je suis quand même un drôle de type, non ?
Cette phrase de Nicolas Sarkozy à Michel Onfray m'avait frappé. Il n'y avait rien de nouveau dans la rhétorique de la question forcée, j'en ai déjà parlé : c'est un topos du discours sarkozyen qui fonctionne de manière assez mécanique. En revanche, c'est la locution adverbiale quand même qui avait titillé mon esprit. Parce qu'elle revient souvent chez Sarkozy, cette locution. Et je vois plus qu'un tic : une manière de penser.
Revenons sur le contexte : il s'entretient avec un philosophe engagé politiquement dans un autre bord et prônant l'athéisme, l'épicurisme, tout le contraire de son idéologie. Sur le moment de le quitter, il se retourne et lance cette phrase alors qu'il a bien vu que les positions restaient divergentes, antagonistes. Mais il faut forcer quand même... Obtenir quand même quelque chose comme un semblant d'approbation, au moins sur le fait qu'il n'est pas tout à fait un homme ordinaire. Dans ce contexte, quand même représente le gain minimum escompté de l'entretien : au moins un semblant d'image.
Normalement, quand même a une valeur concessive et est synonyme de malgré tout. Or malgré tout conserve un sens négatif et montre bien trop l'opposition à ce tout. Lorsque Sarkozy dit “Nous consulterons, puis nous réformerons quand même” (citation approximative, de mémoire, le sujet était soit la justice, soit le service minimum), la phrase est tendue dans un sens volitif, prospectif, mais surtout elle évacue les obstacles en ne conservant que la valeur positive et s'il y a opposition avant ou ensuite elle ne peut être comprise dans ce discours. En outre, cela permet d'éviter la confrontation avec le tout et d'apparaîre comme trop totalitaire, justement.
Il y a également une valeur renchérissante de l'expression qui est comprise par même. Cette valeur se retrouve dans une expression voisine tout de même : “C'est tout de même un monde !” (= c'est incroyable). La valeur renchérisssante de quand même est alors un renforcement, une sorte de superlatif caché. C'est ce que l'on trouve dans la première phrase où il aurait pu dire : un bien drôle de type, vraiment un drôle de type, etc. Mais — et c'est là où on s'avise que quand même est piégé —, ces expressions n'ont absolument aucun rôle interjectif alors que quand même ezt dit avec une intonation ascendante, sans disjonction avant, à la différence des autres locutions concessives ou oppositionnelles (cependant, pourtant...). Quand même est soudé phonétiquement à ce qui précède et permet de mettre en relief ce qui suit, le thème est donc ce qui succède à la locution. Sur un autre plan, on peut se demander si dans la locution de sens logique, mais à valeur interjective, il n'intervient pas un élément émotionnel qui doit agir sur l'interlocuteur, puisque les interjections sont d'abord la traduction d'émotions vagues.
Nous avons donc plusieurs aspects différents dans quand même : effacement de l'opposition, effacement de tout sens négatif (comme le recommandent les conseillers en communication), effacement du temps, emphase du prédicat, hyperboles dissimulées sous une apparence de mots anodins et banalisés (il faudrait recenser les quelque chose de Sarkozy), appel aux émotions et aspect jussif vis-à-vis des destinataires. Cela commence quand même à faire beaucoup.
15:11 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, politique, jeunespopulaires, ps, royal, langue française



Commentaires
Cette inflation des "quand même" me fait penser aux sempiternels "n'est-ce pas" de Le Pen, autre grand poseur de questions forcées. Mais il faut avouer que Nicolas 1er fait ça encore mieux.
Ecrit par : Irène | samedi, 26 mai 2007
Il y aurait aussi la ponctuation du non ? faussement interrogatif, comme le montre le billet de Laurent Bazin qui a assez bien transcrit le flux du discours.
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/medias/20061209.OBS2220/le_post_interdit.html
Ce non force moins que le quand même, à mon avis, et il est du même niveau que n'est-ce pas? Mais il invite*quand même* chacun à être de son avis parce que cela semblerait de la simple évidence, alors que logiquement et rationnellement, ben non... On ne peut adhérer à quelqu'un qui vous dit que la seule solution passe par lui et par lui seul.
Ecrit par : Dominique | samedi, 26 mai 2007
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