« Ptéropodes | Page d'accueil | Faire profession des voitures »
mercredi, 23 mai 2007
La tête du chef

Les symboles :
— La bibliothèque comme De Gaulle, Pompidou, Mitterrand.
— La station debout, à la différence de Mitterrand qui ouvre les Essais de Montaigne. Mais de Gaulle s'appuie sur un livre. Et Pompidou reprend ce geste qui en fait remonte loin puisqu'on le trouve en premier chez Thiers,puis chez Fallières sans discontinuer depuis 1906 comme en témoignent les autres photographies. Celle de de Gaulle est la première en couleur. Là, rien, juste un homme les mains vides et les bras ballants.
— Giscard avait abandonné le grand cordon de la Légion d'Honneur et le cadre solennel de la bibliothèque pour un fond sobre avac seulement le drapeau français comme décor. Mitterrand a gardé cet esprit puisque le cadre de sa photo par Gisele Freund est resserré comme pour la photo de Giscard par Lartigue et qu'il n'arbore aucun insigne comme Giscard. On est loin de la majesté des portraits gaullo-pompidoliens. Giscard est en buste, Mitterrand à mi-corps alors que les présidents précédents sont presque en pied. Portrait à mi-corps aussi chez Chirac, mais cette fois avec en fond le jardin, ce qui se voulait comme une sorte de dépouillement des ors de la République.
— Les signes monarchiques ne sont plus présents depuis Giscard, il les a fait disparaître dans le drapeau qui sera d'ailleurs aussi la couverture de Deux Français sur trois et de Démocratie française en jouant sur les couleurs. Mitterrand revient sans le décorum, mais avec malgré tout le livre comme objet sur lequel on médite et non plus comme objet sur lequel l'autorité s"appuie tout en le laissant fermé. Chirac évacue la référence aux livres et donne une image à la fois plus zen – le Japon est d'un grand intérêt pour lui –, mais malgré tout historique avec le cadre du palais à l'arrière-plan. Dépouillement comme pour Giscard et Mitterrand, mais inscription dans la tradition malgré tout et puis décentrement un peu à l'américaine puisque cela fait songer aux allocutions des présidents étatsuniens dans le jardin de la Maison Blanche.
— Rien de tel chez Badinguet : retour à la bibliothèque et de nouveau à un cadre ouvert, comme pour Pompidou et de Gaulle. Mais on est en plan américain comme pour Chirac. L'orientation du regard est étrange. De Gaulle et Mitterrand ont un regard frontal et semblent nous parler directement. Pompidou est de trois-quarts et tourne la tête vers sa droite (ce qui est normal dans son cas), mais il tend aussi son regard vers le haut et ce regard se perd dans la forêt de ses sourcils ; ce phénomène se retrouve chez Giscard qui semble chercher la présence d'un drapeau européen dans le ciel et chez Chirac qui paraît à la fois nous regarder et puis se tourner vers un ailleurs. Dans le cas de Napoléon V, on a une sorte de torsion incroyable puisqu'il se tourne vers sa gauche tout en restant de profil comme s'il venait de se retourner et cela crée d'incroyables boursouflures du veston. C'est un peu une reprise de Pompidou, mais avec des suppressions et puis une inversion.
— Ce qui est proprement fabuleux chez notre Conducator, c'est d'avoir posé les drapeaux français et européens au beau milieu de la bibliothèque. Bon... Chirac avait pris l'habitude de les mettre comme fond à ses interventions télévissées (je laisse mon erreur de frappe), mais cela ne se passait pas dans le cadre de la bibliothèque et ce n'était pas pour une photo destinée à toutes les mairies. Je ne sais pas, mais si j'avais un drapeau chez moi comme le demandait Ségolène, je ne le rangerais pas dans la bibliothèque ou le bureau. C'est totalement incongru, d'autant que les couleurs et les tons jurent, mais cela fait penser aux allocutions solenneles des présidents américains qui ont la bannière étoilée des deux côtés. Simplement ici, c'est sur un côté et on se demande ce que cela vient faire dans le décor. On a l'impression d'un collage Giscard (pas d'insignes, un drapeau) et d'un collage Pompidou (corps et regard non frontaux, bibliothèque).
— Mais ce qui est particulièrement horrible dans cette photo du Guide Suprême, c'est surtout l'éclairage digne des photos officielles des pays de l'Est et en pariculier de la Roumanie. Giscard, Mitterrand et Chirac ont employé des artistes, le Grand Timonier a pris lui un photographe de la presse people, spécialisé dans les starnarquadémies, et il verse alors dans le plus kitsch. Notons aussi qu'il n'a pas vu la place du petit cœur du livre exposé, ce qui fait de très grandes oreilles à Mickey. Je conseillerais Photomaton la prochaine fois, ce sera encore mieux.
11:20 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, politique, jeunespopulaires, ps, royal, humour



Commentaires
Je prédis un brillant comeback à cette chanson de Bill Baxter :
http://www.frmusique.ru/texts/b/baxter_bill/petitavecdesgrandesoreilles.htm
Ecrit par : Irène | mercredi, 23 mai 2007
Je crois que ce portrait est rempli de messages subliminaux :
les grandes oreilles, c'est fait pour prendre les électeurs du centre, parce qu'ils seront sensibles au fait que le Génie de Neuilly-sur-Seine a de plus grandes oreilles que Bayrou dont c'est pourtant l'attribut, il s'agit de dépouiller le Modem jusqu'au bout.
Ecrit par : Dominique | mercredi, 23 mai 2007
Ce n'est pas la seue photo du monsieur où l'on remarque des boursouflures du veston. Porterait-il un gilet pare-balles ?
Ecrit par : Pierre Enckell | mercredi, 23 mai 2007
@ Pierre : Je crains que la vérité soit beaucoup plus simple. Le costume est trop large pour lui. Il porte des costumes Dior, sont taillés pour des corps filiformes, alors que lui est assez trapu par rapport à sa stature. Voir ce fascinant article sur le style de celui qui n'était alors que candidat, mais portait déjà le costume de façon très formelle, un peu comme une armure :
http://mode.blog.lemonde.fr/2007/04/30/sarkozy-est-il-bien-habille/
Ecrit par : Irène | mercredi, 23 mai 2007
L'article est intéressant, mais cet homme n'est plus habillé par Dior maintenant, mais par Prada (voir le Canard enchaîné d'aujourd'hui, page 8), et l'effet est toujours le même.
Ecrit par : Pierre Enckell | mercredi, 23 mai 2007
Son oreille droite ne parvient pas tout à fait à cacher un livre bizarrement présenté, comme chez les marchands de livres anciens, afin de mettre en valeur le premier plat de la reliure.
De quelle bibliothèque prétentieuse s'agit-il, et qui lit ces livres ? Celui qui réussira à déchiffrer un titre sur la photo aura gagné.
Ecrit par : Pierre Enckell | mercredi, 23 mai 2007
Tout le monde sait que
http://www.stellamadison.com/images/AFF-DIABLE-PRADA.jpg
Ecrit par : Dominique | mercredi, 23 mai 2007
Ah, c'était donc ça... Et pour répondre à Pierre : c'est la bibliothèque de l'Elysée, normalement.
Ecrit par : Irène | mercredi, 23 mai 2007
Le problème soulevé par Pierre est néanmoins intéressant : à quoi sert la bibliothèque de l'Élysée ? Normalement, tous les présidents ont déjà une bibliothèque personnelle s'ils sont des honnêtes hommes (Mitterrand en avait plusieurs, celle de Sarkozy doit être plus que réduite), alors pourquoi conserver dans un lieu prestigieux des livres que personne ne va sans doute ouvrir ? J'imagine un conseiller du nouveau président demandant les ouvrages les plus consultés, on lui répondra :
— Oh ! en 1898, le secrétaire général avait un urgent besoin des contes moraux de Marmontel. En 1901, c'est le directeur du cabinet qui a demandé l'Histoire d'Angleterre de Guizot. En 1903, le président a réclamé de toute urgence les lettres du chevalier de Méré à Pascal parce qu'il voulait les copier pour une réponse.
— Est-ce que vous avez la Princesse de Clèves ?
— Oui, bien sûr, dans une édition d'époque, enfin d'une époque... Pourquoi ?
— Est-ce qu'on vous l'a empruntée ?
— Ah ! c'est le dernier ouvrage qui est sorti. Le président précédent l'a demandé lorsque l'actuel président en a dit le plus grand mal.
Ecrit par : Dominique | mercredi, 23 mai 2007
Hilarant.
Beaucoup de choses appartiennent à la Nation, qui ne servent à rien. Du prestige, du toc, du tape-à-l'oeil. Richesses nationales...
La bibliothèque de Sarkozy ? Rires.
Ecrit par : Jacques Layani | mercredi, 23 mai 2007
Noter également le grand angle, pour agrandir le sujet par rapport au fond (avec une déformation visible sur les étagères du haut). Faut-il qu'il y ait un "petit" complexe, chez cet homme...
Ecrit par : Irène | mercredi, 23 mai 2007
Ce type est un complexe vivant, c'est affreux. Il n'y a pas seulement cette question de petite taille (tout le monde s'en fiche, sauf lui). Il a aussi eu des problèmes avec son pôpa quand il était petit.
Ecrit par : Jacques Layani | mercredi, 23 mai 2007
L'article est intéressant, mais cet homme n'est plus habillé par Dior maintenant, mais par Prada (voir le Canard enchaîné d'aujourd'hui, page 8), et l'effet est toujours le même ( Pierre)
Tout est dans le paraître chez lui...
Ecrit par : Michèle | mercredi, 23 mai 2007
Euh oui... le grand angle, en effet, mais cela s'observe aussi latéralement plus bas aussi : les étagères ne sont pas droites, mais légèrement courbées, ce que les drapeaux masquent en partie pour la partie centrale. Je me demandais pourquoi je me trouvais tout d'un coup face à Al Pacino dans le bureau ovale et je viens de trouver ! Il a réussi à transposer la Maison blanche à l'Élysée, via Hollywood et Voici !
Ecrit par : Dominique | mercredi, 23 mai 2007
Je vous convie à lire le dernier billet (autopsie d'une photo ratée) de M. KA qui rejoint certains de mes propos esthétiques et les approfondit (sans toutefois aborder l'aspect cinématographique que j'ai esquissé ailleurs, parce que je suis persuadé que c'est une photo de film en plus d'un gros collage d'influences diverses...) On voit plus clairement chez lui la relation américaine, mais il faudrait la poursuivre à travers des photos de films sur le président des States.
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2007/05/23/autopsie-d-une-photo-ratee.html
Ecrit par : Dominique | mercredi, 23 mai 2007
On se demande pourquoi il a choisi un photographe de starlettes (Warrin)
Ecrit par : Michèle | mercredi, 23 mai 2007
Moi, c'est ce qu'il y a dans la bibliothèque de l'Elysée que je me demande.
Ecrit par : LOBO | mercredi, 23 mai 2007
Ce qui m'a d'abord frappé, c'est que ce garçon ne sait pas boutonner son veston correctement.
J'ai l'impression qu'on a là la toute première photo présidentielle de l'ère du numérique et du Photoshop. Les couleurs ont été très saturées, c'est absolument dégueulasse : la bibliothèque est presque orange, les bouquins en or massif et les cheveux de Sarkozy pas loin du roux. En revanche, l'éclairage en pleine tronche, c'était sans doute d'origine. On est loin du très beau travail de la lumière du portrait de Chirac (mon préféré avec celui de Giscard).
Ça sent en effet le grand-angle, mais attention, la bibliothèque est incurvée : ça se voit sur les portraits de De Gaulle et de Pompidou, sauf que le cadrage était mieux pensé chez eux. Ajoutez à ça la contre-plongée qui empêche d'avoir de belles verticales et vous avez une image qui se tortille dans tous les sens. Bon, et puis la composition est déséquilbrée, Sarkozy se tient au garde-à-vous, enfin c'est vraiment une moche photo.
Dans le genre « debout dans la bibliothèque », celle de De Gaulle est la plus réussie. Celle de Pompidou est très plate et symétrique. Ça tient à peu de chose : dans le cas de Pompidou, l'appareil est placé en face de la partie centrale de la bibliothèque ; dans le cas de De Gaulle, l'appareil est en face du montant de gauche. Pour bien le voir :
http://michel.balmont.free.fr/pedago/elogeblame/images/degaulle.jpg
Ecrit par : Alex | jeudi, 24 mai 2007
Et bien, cher champignacien, l'analyse est précise et digne, vraiment, mes félicitations...
Je vous rejoint sur tout, notamment sur le commentaire d'Alex, et j'ai beaucoup ri quand on a parlé des ouvrages empruntés à la bibliothèque élyséenne.
Ecrit par : TiStE | lundi, 28 mai 2007
Les commentaires sont fermés.