samedi, 28 avril 2007

Le haut-fer (1)

Le porteur inclina son diable, lui imprima un mouvement de retrait et les bagages d'Hector Valentin se trouvèrent en équilibre sur le bord du trottoir à la hauteur du taxi en attente.

Hector fouilla dans sa poche et en sortit une pièce de monnaie qu'il glissa dans la main du porteur.

L'homme remercia à peine. Hector le regarda s'éloigner d'une démarche hésitante, traînant son diable d'un seul bras.

Hector se retourna. Le chauffeur de taxi était aux prises avec le premier bagage, une cantine en fer grise. Il avait visiblement l'ambition  de la hisser sur le toit de la voiture.

La cantine semblait soudée au bitume. Hector s'empara du deuxième bagage, une malle incolore, aux angles fatigués, ornée d'étiquettes fanées dont la plupart étaient déchirées.

Il souleva la malle et la propulsa sur la galerie de la voiture. Après quoi, il reprit la cantine en fer et le chauffeur de taxi la suivit des yeux lorsqu'elle s'éleva dans l'air pour rejoindre les cieux.

 

 

José Giovanni

 

Le texte est d'un très grand monsieur : un ancien condamné à mort. Il écrit simple, brut, clair. Bien sûr que l'on ne peut être que bouleversé par la rencontre de Bourvil et de Lino Ventura, ces deux monstres perdus dans le paysage des Vosges dans un film formidable que je me repasse souvent, bien sûr que je connais les paysages du roman et du film puisque ce sont ceux de mon enfance et que je pourrais me complaire en nostalgie idiote, mais il y a autre chose : Giovanni est un écrivain et un grand. Jamais un mot de trop ou à côté. Et pourtant, la poésie est aussi là.

Commentaires

C'est le verbe "propulser" qui me gêne un peu. Non pas son emploi familier, mais est-ce qu'il rend vraiment compte du mouvement en question, à vos yeux ?

Écrit par : Pierre Enckell | dimanche, 29 avril 2007

C'est une description behaviouriste et en fait cela anticipe les scènes avec la schlicht, le roman est construit sur des idées de mouvements où les hommes sont presque liés à mort aux machines, de va-et-vient entre le bas et le haut, de force brute qui devrait vaincre l'état de la nature et de la marche du monde parce que Hector apparaît d'abord ainsi : un homme qui pourrait déplacer les montagnes, il ne faut pas oublier qu'il revient du Canada par avion et qu'il est persuadé de la valeur de son énergie. Cela peut paraître comme une incorrection, mais je pense que cela s'inscrit dans le style presque mécanique du livre où on ne rentre pas dans les pensées des personnages, où les personnages sont seulement des êtres en action avec des gestes apparentés aux instruments, mais les machines se dérèglent aussi. L'ironie ne doit pas être négligée.

Écrit par : Dominique | dimanche, 29 avril 2007

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