mardi, 17 avril 2007
Les pieds-bleus (3)
Lalumière a cherché son porte-mine toute la matinée, il fumait par tous les trous qu'il pouvait et on en a tous bavé comme c'est pas permis. Il disait qu'il valait mieux ne pas être sur son chemin. Dans la classe, on est tous sur son chemin, pas moyen de s'écarter. On s'est ramassé une pluie de doigts pour n'importe quoi et une dictée de trois kilomètres, il a fait pleurer des filles, tiré les petits cheveux qu'il trouvait, et vidé son rouleau de sparadrap.
Il nous a fait dessiner de mémoire la carte de France avec les fleuves, les montagnes et les villes, pendant que Laclope est parti chercher un autre rouleau à la pharmacie. Un large. Il frappe sur les doigts avec sa règle en fer à chaque erreur qu'il voit, il marche sans bruit dans les allées et nous tombe dessus par-derrière.
S'il savait ce qu'on en a fait de son foutu porte-mine, on serait morts à l'heure qu'il est. C'est son porte-mine de directeur. Le maire lui a offert quand il a été nommé, c'est pour ça qu'il y tient comme à la prunelle de ses yeux et qu'il nous chie des ronds de pendule.
Claude Ponti
19:35 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, autobiographie



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