samedi, 31 mars 2007

Antigone, présidente

Quand je lis ce genre de propos, je me demande comment l'on pourrait encore confier des responsabilités à quelqu'un qui ne connaît même pas le sujet dont il parle :

"Quand on refuse d'enseigner Antigone au fils d'ouvrier ou à l'enfant d'immigré, on ne fait pas la politique qui permet à chacun de conquérir l'estime de lui-même, on fait la politique du nivellement, de l'égalitarisme et de l'assistanat".

Antigone est une de mes vieilles copines. Pas l'Antigone de Sophocle que j'ai découverte plus tard et qui n'est pas celle à laquelle le futur Conducator faisait allusion, mais l'Antigone d'Anouilh. J'avais déjà lu de manière personnelle tout Anouilh avant le lycée, mais ce n'est qu'en terminale que j'ai pu l'étudier, avec aussi L'Écume des jours, l'Herbe rouge, Intermezzo, la Guerre de Troie n'aura pas lieu, Rhinocéros. Notre professeure estimait alors que c'était des œuvres difficiles d'accès, je lui suis reconnaissant de m'avoir fait découvrir alors Giraudoux que je n'aurais pas cherché aussi rapidement. C'était il y a plus de vingt ans et il n'y avait pratiquement aucun programme de lettres en lycée, juste des suggestions de textes ou de thèmes. 

Ensuite, j'ai croisé régulièrement la route d'Antigone. D'abord, c'est un texte que l'on trouve fréquemment dans les séries  achetées par les lycées professionnels. Je le sais pour avoir enseigné soit en lycée professionnel, soit à côté. D'autre part, avec la réforme Bayrou des programmes il y a dix ans, on doit étudier en classe de troisième une pièce de théâtre contemporaine et on doit travailler l'argumentation, notamment par l'organisation de débats d'opinion. C'est une pièce qui permet de croiser les deux contraintes. Il y a quelque temps, j'entendais le cours qui se déroulait à côté de ma salle, et puis en entendant les explications sans que ma collègue prononce un seul nom, j'ai reconnu la pièce et la scène. J'ai moi-même étudié des extraits de l'Antigone d'Anouilh soit pour l'argumentation, soit pour le dispositif théâtral. Enfin, il n'existe strictement aucune obligation d'étudier cette œuvre à aucun niveau, elle figure parmi les lectures possibles parmi les 200 ou 300 textes répertoriés dans les documents complémentaires aux programmes de troisième ou de lycée. 

Un autre point, c'est de savoir ce que veut dire enseigner. On n'enseigne pas un texte, on le présente, on expose ses thèmes, sa construction, ses éléments principaux (décor, temps, personnages, idées), ses thèmes, on tente d'introduire à l'œuvre, de la faire lire ou de la partager, on explique un passage difficile ou important, on précise des enjeux, on tente de faire réagir sur un mot, un geste, une image (au sens le plus large), on essaye de dégager une opinion personnelle de la part des élèves, une sorte de morale. Mais on n'enseigne jamais un texte ! La littérature ne s'enseigne pas comme la grammaire, on peut enseigner certains points stylistiques, rhétoriques, narratologiques, dramaturgiques, historiques, mais on n'enseigne pas un texte : le texte est ce qui nous échappe, on ne l'enferme pas, il ne se réduit pas.

Ce qui est intéressant dans le propos de départ, c'est justement la formulation en contradiction complète avec les enjeux de la pièce d'Anouilh. J'ai découvert plus tard qu'Anouilh était devenu une sorte de vieux réac au lendemain de la guerre et qu'il avait un petit peu sombré dans les geigneries anti-gaullistes lorsqu'il écrivait dans l'Aurore. Il pose les enjeux de manière un peu biaisée : soit assurer la permanence de l'État et faire en sorte que le monde temporel revienne à un ordre, soit assurer la permanence de lois spirituelles, morales, idéelles et accepter que le désordre temporel permette un autre ordre, celui de sa conscience. C'est fort contradictoire, parce que Créon et Antigone représentent tous deux des traditions et des devoirs situés sur des plans différents, mais on peut y voir un écho de ce qui s'est déroulé lors de la Seconde Guerre mondiale. On ne peut lire l'Antigone d'Anouilh sans avoir à l'esprit que le débat en question est aussi un débat sur Pétain ou de Gaulle et qu'il est faussé à la base parce que la pièce a été produite en pleine occupation et au moment des rafles d'enfants juifs (ce qui pourrait avoir un écho avec l'actualité récente de la rue Rampal). Or, même si Anouilh n'a pas collaboré au sens strict, il n'en a pas moins produit une œuvre très ambiguë qui pouvait se lire comme une justification de la politique de Vichy aussi bien qu'une sorte de manifeste de résistance. Et cette ambiguïté fait l'intérêt du texte. Et par cette ambiguïté, il fait en sorte qu'on ne peut pas enseigner son Antigone. Parce qu'elle est où la morale ? Et puis dans quels termes les choix sont-ils posés ? Poser ces questions, c'est enseigner. Mais dire qu'on doit enseigner Antigone, c'est imposer un arbitraire absolument insupportable et c'est aller contre l'esprit même d'Anouilh. C'est le mépris de l'enseignement, de la littérature, de toute forme de révolte justifiée par une idée supérieure. C'est Antigone que l'on enterre vivante, entre quatre murs, une nouvelle fois. Antigone, c'est la figure qui s'oppose aux récupérations. Antigone ne veut pas être enseignée. 

Commentaires

Très bien. Mais moins bien pour la référence : je ne trouve pas ces propos sur le site du JDD auquel vous renvoyez...

Ecrit par : Pierre Enckell | samedi, 31 mars 2007

Dominique, je le sens aussi comme ça. Je faisais étudier très souvent Antigone à mes èlèves de troisième. A chaque fois le même phénomène : au début ils n'aiment pas, trouve ça un peu louffoque (le prologue), puis une fille au moins s'identifie à Antigone, lit et en parle avec émotion, et cela entraîne toute la classe. Bien sûr il y a les tenants de l'ordre, mais la description du métier de "cuisinier" par Antigone les éloigne bien vite de la défense de Créon.
Finalement c'est à chaque fois l'émotion qui domine dans la lecture du texte, et les thèmes les plus récurents sont le bonheur, le suicide, faire quelque chose de sa vie, aller jusqu'au bout de ses idées. Tous s'attachent à Antigone et regrettent sa mort. les indifférents à la pièce sont rares. Et comme le programme d'histoire de 3e s'y prête, ils font le lien avec résistance ou collaboration, ils comprennent très bien.
Voilà encore un moment de ma vie de prof dont je me souviens avec émotion.

Ecrit par : clairon | samedi, 31 mars 2007

Alors donnons cette dépêche AFP qui contient les propos en question :
http://fr.news.yahoo.com/30032007/202/securite-et-identite-nationale-nicolas-sarkozy-enfonce-le-clou.html

Ecrit par : Dominique | samedi, 31 mars 2007

Cette histoire me rappelle un cours d'IUFM. On dit beaucoup de mal des IUFM, mais il ne s'y passe pas que des couenneries. Notre inspecteur nous a raconté une visite qu'il avait faite dans une école militaire. Il passe dans une première classe et il entend une leçon sur “la Mort du loup”. On comprend le choix de ce texte qui doit être aussi évident dans le contexte que “If” de Kipling en Grande-Bretagne... Il passe dans une seconde classe, nouvelle leçon sur “la Mort du loup” et à peu près à la même strophe. Il passe dans une troisième classe, et c'est encore Vigny qui sort, avec les mêmes explications sur les figures... Il voulait nous dire par là que nous avions une liberté pédagogique, que nous ne devions pas faire la même chose à la même heure, que notre but n'était pas d'enfermer les élèves dans un seul modèle, une seule référence, une seule morale écrite en rouge et en capitales à la fin, que la diversité des approches ou des références est plus pertinente que la volonté de vouloir aligner tout le monde en colonnes militaires marchant au pas, que le but de l'enseignement c'est d'émanciper et non pas de réduire, qu'il peut y avoir aussi un partage des connaissances hors de la classe, qu'il n'y a plus d'échange entre les élèves s'ils ont tous exactement le même formatage. Et puis... son exemple de “la Mort du loup” était savoureux puisque c'est aussi une grande figure de la révolte contre l'ordre établi, contre le nivellement par la masse (même si dans un esprit militaire, on peut croire que c'est aussi le respect face au devoir suprême). Le loup de Vigny est contre les jets de gaz lacrymogènes par des policiers devant les écoles !

Ecrit par : Dominique | samedi, 31 mars 2007

Vous évoquez la rafle des enfants juifs inspirant Anouilh. La pièce fut donnée le 4/02/44, les enfants juifs furent eux , raflés à Louvecienne le 22/07/44 . Mais la pièce fut écrite en 1942, donc avant ces événements.
Anouilh a trouvé son inspiration , je pense, dans l’acte fou et courageux de Paul Collette, tirant sur Laval et sur je ne sais plus qui. Deux fois , deux actes qui nécessairement appelaient la mort, et Antigone chercha à deux reprise à ensevelir son frère Polynice.
Vous parlez rapidement de la guerre de Troie de Giraudoux, ces deux œuvres se « complètent ».J’ai du mal à lire l’une sans penser à l’autre.
La guerre de Troie n’aura pas lieu est donnée en 1935, Giraudoux est pacifiste mais voit clair, la seconde guerre ne pourra être évitée , à cause des hommes politiques,de leurs mensonges et de leurs manipulations ; la guerre de Troie aura lieu , les hommes ne pourront rien empêcher. Voilà nous sommes en 1942, en pleine guerre , Créon et Antigone s’opposent, le premier collabore, incarne le pouvoir à contre cœur, il a fait un choix qu’il juge plus difficile que la révolte inutile de Antigone ; cette dernière semble sortir de la Troie de Giraudoux, elle dit non , elle se révolte parfaitement consciente de son destin , mais son sacrifice rachète la lâcheté de ceux qui n’ont pas su refuser plus tôt, dire non pour éviter la guerre.
Antigone est un merveilleux modèle, ardente et pure, merci de l’avoir évoqué. Quant à l’enseigner… enseigner c’est aussi montrer , désigner, ne jetons pas la pierre.

Ecrit par : arcadius | dimanche, 01 avril 2007

Les premières rafles d'enfants juifs ont eu lieu les 16 et 17 juillet 1942 à Paris et c'est le 16 juillet qui a été choisi comme date du souvenir. Pourquoi le 16 juillet ? L'ordre a été signé le 13 juillet, mais il était impossible de réquisitionner les cars et les policiers le jour de la fête nationale ou son lendemain (ils avaient été déjà assez occupés)... Si l'on regarde plus en détail, on voit que les premières arrestations ou rafles de juifs se sont produites à partir du 14 mars 1941, mais cela ne concernait encore il est vrai que les adultes juifs masculins, d'origine étrangère (ou ayant obtenu la nationalité française à une date récente et donc déchus de leur nouvelle nationalité, ce qui aurait été le cas du père de Perec s'il avait survécu). Les premiers convois vers les camps de la mort seront en mars 1942, soit juste après la première de la pièce d'Anouilh. L'un des gros problèmes de Vichy, c'était de savoir ce qu'il fallait faire des enfants, les Allemands n'en voulaient pas, mais Vichy a insisté pour ne pas séparer les familles, prétendument par souci d'humanité, et alors on a arrêté les enfants avec les parents. D'où le retard pris dans l'affaire, mais il y a bien eu des arrestations nombreuses et des rétentions ou détentions avant la date symbolique du Vel' d'Hiv'. La chronologie est implacable et elle est rappelée ici :
http://www.memorialdelashoah.org/

Ecrit par : Dominique | dimanche, 01 avril 2007

Un très beau texte de Jean Rouaud au sujet du même discours.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3260,36-889164,0.html

Ecrit par : Dominique | mardi, 03 avril 2007

« Quand je lis ce genre de propos, je me demande comment l'on pourrait encore confier des responsabilités à quelqu'un qui ne connaît même pas le sujet dont il parle : »

Les récentes et moins récentes bourdes, fautes et erreurs des anciens Présidents de la République et des actuel(le)s candidat(e)s à cette fonction devraient vous inciter à prendre un peu de recul et à considérer que, décidément, rien n’est parfait en ce bas monde politique !
Je m’étonne que vous exigiez soudain de ce seul candidat une omniscience que vous ne demandez à aucun(e) autre. Il me souvient qu’il y a peu encore vous vous éleviez, et en quels termes, contre ceux qui, prenant prétexte des bévues répétées de Mme Royal, la jugeaient incompétente…
Aujourd’hui, vous adoptez cette même attitude que vous jugiez hier totalement stupide, ridicule et méprisable.
Votre billet et vos commentaires passionnés et passionnants se suffisaient à eux-mêmes ; quel dommage que votre sectarisme fielleux vous ait conduit à employer des mots inutilement blessants (Conducator, pourquoi pas Führer ou Duce, c’est vraiment n’importe quoi) qui, s’ils avaient été écrits par d’autres à propos de Mme Royal par exemple, vous auraient fait pousser des cris d’orfraie.
J’espère que vous n’aurez pas l’aplomb, cette fois-ci, de m’accuser de mêler la politique à un débat que vous ne vouliez que littéraire…

Ecrit par : oliduplessis | mardi, 03 avril 2007

Il se discrédite de lui-même par son racisme anti-allemand par exemple :
http://www.bigbangblog.net/breve.php3?id_breve=313

Ecrit par : Dominique | mardi, 03 avril 2007

Lamentable également ce rapprochement entre les rafles d'enfants juifs durant la guerre, et cet incident pitoyable qui s'est produit récemment Rue Rampal.
Je suppose que tous ceux qui y ont été raflés ont été déportés et gazés dès leur arrivée au camp du Struthof ?
Heureusement que vous êtes là pour nous délivrer des informations que les médias corrompus nous cachent !
Vous êtes vraiment d'une honnêteté rare !

Ecrit par : oliduplessis | mardi, 03 avril 2007

J'ajoute qu'il faut être particulièrement stupide et inculte pour s'imaginer que Gracq ait pu écrire un roman patriotique avec Un balcon en forêt. Cette simple déclaration va à l'encontre de l'œuvre, des positions et des amitiés de Gracq. Ce n'est pas parce que ce roman se passe dans les Ardennes durant la guerre qu'il peut être mis sous la bannière de l'UMP.

Ecrit par : Dominique | mardi, 03 avril 2007

Ça devient vraiment du n’importe quoi à tous les étages et ce Jean Quatremer est vraiment un jean-foutre ! A aucun moment, Sarkozy ne prononce même le nom « d’Allemand », et je ne vois pas qu’il « balance à la face des Allemands le génocide des Juifs »
Si dire « les Français n’ont pas commis de génocide, il y a eu des collabos mais aussi des Justes, il faut aimer la France et en être fier parce qu’elle a inventé les Droits de l’Homme » c’est insulter les Allemands, tourner les films « Shoah » ou « le choix de Sophie » c’est quoi ? On ne doit plus parler d’Yzieux, ou alors seulement quand ça en arrange quelques-uns ?
Où voyez-vous là-dedans du « racisme anti-allemand » ? Et les Allemands constitueraient une race supérieure dont on ne saurait parler, même à demi-mots ??? Quand, dans votre billet ci-dessus vous faites finement allusion aux rafles d’enfants juifs, êtes-vous en train de « balancer les déportations et les chambres à gaz à la face des Allemands » ?
Je ne sais pas qui est en train de se discréditer en ce moment, mais rapporter des propos en les interprétant, ça s’appelle de la manipulation et cette pratique odieuse de basse politique n’honore pas son auteur. Et relayer cette ignominie est d’une médiocrité à vomir !
Une fois encore, je précise que, si j’ai une (petite) préférence pour Sarkozy et Bayrou, ce qui est encore mon droit, je n’ai ni haine ni mépris pour ses adversaires que je respecte car, comme le dit Mme Royal, ils sont tous des acteurs du débat démocratique. Hélas ! je m’aperçois que les petites attaques personnelles bien ignobles et bien insidieuses sont souvent le fait de ceux-là mêmes qui, prétendant défendre des valeurs de tolérance républicaine et de démocratie, n’en sont pas à une outrance près.

Ecrit par : oliduplessis | mardi, 03 avril 2007

Vouloir nier le travail de repentance et de mémoire de l'Allemagne depuis soixante ans, c'est à mon avis faire une sortie de la plus grande imprudence d'un point de vue diplomatique. Vouloir nier la part de la France dans la solution finale et la manière par laquelle Vichy a été au-delà des exigences nazies, a devancé les attentes et a fait pression pour que plus de personnes soient déportées, c'est presque proche d'une forme de négationnisme. Vouloir dresser l'un contre l'autre les deux passés, c'est oublier tout ce qui fait le prix de la construction européenne. Bref, ce n'est pas digne d'un futur chef d'État.

Le détournement d'Antigone et sa récupération, c'est plus qu'ambigu : qu'est-ce que l'on doit enseigner d'Antigone ? Si on expose la pièce, elle s'oppose à la politique actuelle de chasse aux immigrés clandestins réels ou fabriqués. Et on ne peut pas dire qu'il y aurait une morale d'Antigone vraiment favorable au Créon que représente le futur Conducator. Si on tente d'étudier (et non d'enseigner) la pièce, elle ne permet pas d'approuver la politique actuelle où on va arrêter des gens devant les écoles. Il est impossible de déclarer d'un côté que l'école doit rester un espace sacré et sanctuarisé et puis de bafouer cette exigence afin de créer des incidents de manière électoraliste. Antigone aujourd'hui refuserait les contrôles et les arrestations dans ces lleux. Et cette morale-là, elle ne s'enseigne pas, elle se découvre par les textes, par la confrontation des discours, par l'observation de l'histoire et de faits, pas par l'imposition absolue d'un sens unique. En outre, faire croire que l'on n'étudierait plus Antigone est mensonger, c'est stigmatiser les enseignants qui étudient justement Antigone, laquelle n'est pas le Conducator. On est dans le mensonge absolu alors et dans l'imposture.

Je ne poursuis pas sur le travail de faussaire littéraire du nègre de Sarkozy parce que cela devient franchement lamentable : Roaud, Gracq embrigadés dans cette farce nationaliste aux relents de plus en plus douteux...

Ecrit par : Dominique | mardi, 03 avril 2007

Il ne semble pas que Sarkozy ait nié la part de la France dans les déportations, en tout cas pas dans ce discours.
« … durant la guerre TOUS les Français n’ont pas été pétainistes, il y a eu AUSSI les héros de la France libre et de la résistance,… si CERTAINS Français ont dénoncé des Juifs à la Gestapo, D’AUTRES… les ont aidés »
Et s’il avait nié cette part de responsabilité, il n'aurait trompé personne, car chacun sait à présent qui étaient Bousquet et Papon, entre autres. Et en effet, ce n'aurait pas été digne d'un chef d'état. En tout cas pas plus que de féliciter la Chine pour la célérité de son système judiciaire...
Maintenant, il ne faudrait pas non plus passer d'une extrême à l'autre, c'est à dire de l'image gaullienne d'une France unanimement résistante à l'image actuelle d'une France unanimement collaborationniste et antisémite. Comme toujours et comme partout je pense, la vérité doit se situer quelque part au milieu...
Je ne vois pas non plus que Sarkozy ait contesté le travail de repentance de l'Allemagne. (Quelqu'un pourrait-il préciser ce point, peut-être ma version du discours est-elle tronquée ?)

A ce propos, si la volonté politique est et a été bien réelle, il ne faudrait pas embellir la vérité et s'imaginer tous les Allemands d’hier et d’aujourd’hui battant leur coulpe comme un seul homme. Je peux en juger de par ma propre expérience, et j’ai vécu suffisamment de temps dans ce pays, m’y faisant de nombreux amis, pour ne pas être suspect d’anti-germanisme ! Il m’est apparu, en gros, que pendant longtemps les Allemands se sont défaussés sur les SS, volontaires finalement pas très nombreux, responsables commodes de toutes les horreurs commises un peu partout où ils sont passés. Cela exonérait quelque peu la Wehrmacht, aux effectifs bien plus nombreux et surtout formée d’Allemands « comme tout le monde ». Je me souviens d’une exposition itinérante (en RFA) vers la fin des années 80 je crois, organisée par une instance (allemande) associative et non gouvernementale. Elle avait soulevé un véritable tollé et même quelques manifestations et contre-manifestations dont une à Sarrebruck. Pourquoi ce tollé ? Parce qu’on y voyait des documents photographiques sans équivoque qui montraient des ignominies et de crimes de guerre commis par des gens « comme tout le monde », en l’espèce des soldats de la Wehrmacht…
Il faut se souvenir aussi de l’attitude pour le moins équivoque des autorités judiciaires allemandes quand il s’est agi de chercher et de juger les criminels de guerre, posez donc la question aux époux Klarsfeld…Quant aux jeunes d’aujourd’hui, leur discours, c’est un peu « bon c’est vrai, c’est d’accord, mais on ne va pas nous casser les pieds éternellement avec cette histoire ».

Tout cela fait partie du passé, mais il me semblait utile, au-delà de toute polémique, de faire cette petite mise au point.

Ecrit par : danield | mardi, 03 avril 2007

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