samedi, 17 février 2007
La femme de Shangyang
La femme de Shangyang
son frais visage s'est fané, et ses cheveux sont blancs
des eunuques en habit vert gardent les portes du palais
depuis combien de temps est-elle enfermée à Shangyang ?
elle fut choisie pour le harem vers la fin du règne de Xuangzong
elle avait alors seize ans, maintenant elle en a soixante
des cent jeunes filles qui entrèrent en même temps qu'elle
plus une n'est vivante, elle est la dernière
« je pense au jour où, avalant mes larmes, je quittai mes parents
en me faisant monter dans le palanquin, ils m'adjuraient de ne pas pleurer
ils disaient : “tu recevras bientôt les faveurs de l'empereur”
mon visage avait la fraîcheur du lotus, ma poitrine était de jade
je n'avais pas encore pu voir l'empereur face à face
que déjà la concubine Yang me lançait des regards sournois
jalouse, elle me fit exiler en secret au palais Shangyang
et j'ai passé ma vie dans une chambre vide
loger dans une chambre vide
que les nuits d'automne sont longues
longues nuits sans sommeil où l'aube semble ne devoir jamais venir
la lumière de la lampe projette des ombres
et dans le silence de la chambre close
on entend la pluie tambouriner contre la fenêtre
à la longue, le printemps arrivait
et au printemps, assise seule, j'attendais que vienne le soir
les chants des loriots m'attristaient, m'exaspéraient
maintenant que je suis vieille
je ne jalouse plus les hirondelles qui nichent sous le toit
mais qu'il fait triste lorsque les loriots et les hirondelles s'en vont
printemps et automne se succèdent, je ne compte plus les années
du fond du palais, je contemple le clair de lune
je me promène de long en large, quatre à cinq cents fois
aujourd'hui, je suis la plus vieille femme du palais
de loin, l'empereur m'a donné un titre honorifique
mes souliers sont pointus et ma robe collante
mes sourcils longs et minces sont dessinés en bleu
si les gens du dehors me voyaient, ils riraient de moi
pourtant, c'était la mode du temps de ma jeunesse »
La femme de Shangyang
que d'amertume
malheureuse dans sa jeunesse
malheureuse dans sa vieillesse
malheureuse dans sa jeunesse comme dans sa vieillesse, et pourquoi ?
autrefois Liu Shang composa un poème
pour dissuader l'empereur de recruter les jolies femmes
et à présent
il y a le chant de la femme aux cheveux blancs du palais Shangyang
Bai Juyi
18:55 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes, chine



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