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samedi, 17 février 2007

Cochonnailles

Je lis ceci dans un quotidien réputé sérieux :

Les pieds labellisés Sainte-Menehould ont fait le régal de Louis XVI. 

Il s'agit d'une pure calembredaine ! On la trouve rapportée sur beaucoup de sites et cela fait partie des légendes champignaciennes. Mais rétablissons les faits : d'abord, la recette du pied de porc à la Sainte-Ménehould n'avait pas dépassé les limites de l'Argonne à cette époque. On possède une chronologie extrêmement précise de l'équipée de Louis XVI vers les frontières et de tous les déplacements des troupes qui devaient l'appuyer. Passons sur le premier arrêt très connu à Menou où Drouet le reconnaît, ce n'est qu'une simple halte durant laquelle personne ne mange. Louis XVI est arrêté à Varennes, il y passe la journée et la nuit le 22 juin, ce moment est fort agité à cause de différents mouvements de troupes plus ou moins favorables au roi et de manifestations populaires de gens venus par exemple de Clermont : la famille royale ne dort pas de la nuit pour la deuxième fois. Le 22 au matin une sorte de caravane très lente le reconduit à Paris, mais s'arrête en fait à Sainte-Ménehould où une foule hostile l'accueille : Louis XVI pensait un moment passer la nuit à Sainte-Ménehould car les femmes étaient épuisées et le dauphin avait de la fièvre, mais Bodan un des officiers de La Fayette le supplie de poursuivre jusqu'à Champignac tellement il y a de preuves d'une situation intenable en ces lieux, et c'est là que se produit l'assassinat du comte de Dampierre d'abord tué à coups de feu, puis son le corps est dépecé, déchiqueté, et ses restes sont exhibés sous les vitres du carrosse. Les magistrats de Champignac venus en intermédiaires reculent eux-mêmes face à l'émeute qui tourne à la folie, Madame Royale parle dans ses Mémoires de cannibales... Cela décide Louis XVI à ne pas rester un instant de plus au milieu d'une foule en furie et le cortège arrive à Champignac vers onze heures et demie du soir, bien plus vite que lors du trajet de Varennes à Sainte-Ménehould. Là, la ville est plus fidèle et les troubles sont moindres.

Comment Louis XVI au cours de sa fuite aurait-il pu songer à manger des pieds de porc alors même que la recette n'existait pas vraiment et qu'il était dans une situation intenable, encore plus à Sainte-Ménehould qu'à Varennes ? Il faut chercher l'origine de la légende chez Alexandre Dumas qui raconte que ce penchant pour le pied de cochon a perdu Louis XVI et que en voulant en manger, il aurait montré son visage à la lumière dans une salle : pourtant le premier arrêt n'a duré qu'un quart d'heure et s'est déroulé en plein air, la nuit. Cette baliverne de Dumas (qui n'en était pas à une près) était simplement destinée à mettre en valeur la noblesse de ce plat en le rendant digne d'un roi et responsable du sort d'un roi. D'ailleurs Dumas ne reprend pas cette absurdité ailleurs, que ce soit dans son récit de voyage la Route de Varennes ou son roman inachevé sur cet épisode. Mais le mets de roi, et surtout d'un roi qui va y perdre sa tête, cela fait tellement plus chic que de dire qu'Alexandre Dumas avait apprécié le plat (quant à Hugo, il n'en touche pas un seul mot alors qu'il avait voyagé auparavant exactement sur la même route que Dumas).

Commentaires

Voilà qui est dit, et cochon qui s'en dédit !

Écrit par : danield | samedi, 17 février 2007

Au temps d'Alexandre Dumas, ces pieds étaient devenus si connus qu'on a dit, au lieu de "jouer un pied de cochon" (=un mauvais tour), "jouer un pied de Sainte-Menehould" :

RIFOLET, le retenant, et très-animé. Ah ! tu crois m’avoir joué un pied de Sainte-Menehould, toi ? (Duvert, Le Plastron, 1839, Théâtre choisi, III, 359.)

RIFOLARD […] Vous m’avez joué un pied de Sainte-Menehould ; ça étouffe le sentiment… (Michel et Fontaine, Rifolard, 1840, 28.)

PAMELA. Médecin ? Ainsi, vous m’avez joué un pied à la Sainte-Menehould ? vous m’avez joué un pied, quoi ! (Duvert, Un docteur en herbe, 1847, Théâtre choisi, IV, 171.)

BALTIMORE. Sucrier, donner un soufflet à un inconnu !... qui vient le relancer chez moi !... ce n’est pas limpide ! Je flaire un pied de Sainte Menehould, et j’ai besoin de nettoyer cet imbroglio. (Varin et Montagne, Une giroflée à cinq feuilles, 1859, 8.)

Écrit par : Pierre Enckell | samedi, 17 février 2007

Désormais, le pied de porc est à la Sainte-Scolasse et sert à nourrir les poulpes.

Écrit par : lamkyre | samedi, 17 février 2007

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