jeudi, 15 février 2007

La soie brodée

La soie brodée, elle est incomparable

elle ne ressemble ni à la soie écrue, ni au satin brillant

mais aux étoiles sur la montagne, avant le lever de la lune

une pièce de quarante-cinq pieds

c'est une cascade jaillissant d'une source

merveilleuse de mille reflets irisés

étendue, c'est une vapeur, une neige de bambous en fleurs

qui la tisse, et qui la portera ?

les femmes du torrent de Yue la tissent pour les belles du Palais

l'empereur exige de nouveaux modèles, il donne le délai :

on tissera lorsque les oies sauvages franchiront les monts en automne

on teindra dès que le printemps s'annoncera au sud du fleuve

on taillera des blouses larges à longues manches

on taillera des jupes

on mouille la soie pour la repasser au fer chaud

on la découpe aux ciseaux

d'une élégance exquise, les tons changeants brillent dans l'ombre

en bougeant la tête, on voit s'iriser des fleurs miroitantes

une robe printanière vaut mille pièces d'or !

les danseuses les mouillent de sueur, elles collent dans la poussière

on n'y pense pas

on les traîne par terre, on marche dans la boue

on ne s'en soucie pas

pour tisser la soie, les ouvrières travaillent, filent

leurs mains sont douloureuses à force de serrer

elles piquent, mille fois s'informent, ce n'est jamais fini

chanteuses et danseuses du palais Chaoyang

si vous voyiez le temps qu'il faut pour faire ces robes

votre cœur serait ému de pitié. 

 

Bai Juyi 

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