dimanche, 11 février 2007

Les mercenaires de l'opinion (3)

Observez ce qui s'est passé dans les plus grands quotidiens de Paris au sujet d'une maison de disques. Cette maison ayant cru de donner sa publicité à une maison antagoniste des précédents, ceux-ci ont décidé de fermer leurs colonnes à cette maison.
Passe pour la publicité. Ceci regarde deux industries : qu'elles se débrouillent entre elles. Mais ce qui est immonde c'est que, sur ordre, les critiques de disques de ces quotidiens ont accepté de ne pas parler des productions de ladite maison. Cela est une lâcheté sans doute et déshonore ceux qui ont accepté semblable mot d'ordre. Mais ils répondront à juste titre qu'entre leur moyen de subsistance et une riche firme ils ont préféré se sauver d'abord, ce qui est leur droit strict, et ensuite que, quand bien même ils auraient voulu lutter, ils auraient été vaincus, aucune disposition légale n'obligeant le journal à insérer leurs articles ou lui défendant de le mutiler.
Le typographe peut se défendre. On le brime, on ne le paye pas, il refuse de travailler, le journal ne paraît pas.
Il n'en va pas de même pour l'écrivain. Qu'il refuse de travailler, quatre agences feront son travail assistées de plus de tireurs à la ligne bénévoles que n'en peuvent contenir les salles de rédaction.
Car le métier des typographes s'apprend, demande un apprentissage... le métier des journalistes est malheureusement tombé au niveau du dernier gendarme venu, et s'ils faisaient grève, M. Chiappe n'aurait qu'à déléguer sa brigade « d'inspecteurs à tout faire », et il la déléguerait, et le travail serait fait par ces fonctionnaires de la même façon qu'ils distribuent le courrier ou conduisent les autobus.

Robert Desnos

Les commentaires sont fermés.