mercredi, 29 novembre 2006

Sauvons-nous des éditorialistes !

Le brillant éditorialiste du Nouveau Bobobservateur qu'est Jacques Juillard vient de commettre deux superbes bourdes en prétendant sauver la grammaire. Comme son journal devient une maison de retraite pour journalistes totalement dépassés, il se doit de ronchonner en vitupérant contre une époque qui n'existe pas et en rappelant une époque qui n'a jamais été.

Les inventeurs sont avant tout des nommeurs, dit Nietzsche, et l’on ne voit pas très bien en quoi la substitution des "déterminants" à l’article,

 On n'a jamais substitué le déterminant à l'article. D'ailleurs quel article ? le défini, l'indéfini, le partitif ? Ces articles ont une fonction de déterminant dans la phrase, ce n'est pas leur nature. On parle de déterminants depuis les débuts de la grammaire latine, mais la fonction de déterminant peut être assumée par d'autres mots ou groupes de mots comme pour les déterminants du nom : les adjectifs possessifs, démonstratifs, indéfinis, numéraux ordinaux et cardinaux. Si le jeune Jacques Juillard n'a jamais entendu son enseignant de français ou de latin parler de déterminant, voire de proposition subordonnée relative déterminative, c'est qu'il a dû être sacrément inattentif en classe et qu'il réinvente sa grammaire du passé... 

de "groupes propositionnels obligatoires ou non" au classique complément circonstanciel, etc. ajoute à la connaissance de la langue.

L'inattention de l'élève Juillard se vérifie quand on voit qu'il confond une préposition et une proposition. La proposition est un groupe de mots organisés autour d'un verbe dans le cas de la proposition verbale, autour d'un sujet et d'un verbe pour une proposition indépendante. La préposition introduit un nom ou un verbe en relation avec un mot précédent. On est confus de devoir rappeler des notions aussi élémentaires, dignes d'un élève de sixième... Le fait de parler de groupe obligatoire ou non n'a rien de surnaturel : la grammaire traditionnelle distinguait déjà il y a cinquante ans les compléments circonstanciels qui se rattachent directement au verbe et qui ne peuvent être supprimés ou déplacés (je pars à Paris) de ceux qui se rattachent à la phrase et qui sont effaçables ou permutables (demain, je pars ; je pars demain). Rien de nouveau. En quoi le mot préposition serait-il plus barbare que celui de circonstance ? Et qui dit que l'enseignant ne trouve pas des mots plus simples pour le dire, exactement comme cela se fait depuis Jules Ferry ? qui dit qu'il est prisonnier de son manuel et des mots de son manuel ou de son programme ?

Deux exemples, deux erreurs, deux approximations, deux mensonges, cela fait beaucoup dans un article qui n'offre rien de plus concret. On peut allègrement disserter de la grammaire en se fondant sur des souvenirs totalement faux et sans même regarder concrètement ce qui se fait sur le terrain, dans les salles de classe, ce à quoi ces mots se rapportent, comment et surtout pourquoi ils sont utilisés. Mais bon... vaticiner sur des nouveautés pas nouvelles, c'est la mode du temps et cela fait croire que l'on est encore anticonformiste alors que l'on ronchonne sans raison.

Commentaires

Heureusement qu'on peut lire aussi dans le même magazine cet avis divergent :
http://permanent.nouvelobs.com/societe/20061129.OBS0845.html

J'ai l'impression que JJ est devenu une vache sacrée et qu'on lui laisse raconter n'importe quoi... Ou alors, l'Obs n'a plus de ligne éditoriale et donne un coup à gauche, un coup à droite !

Écrit par : Irène Delse | jeudi, 30 novembre 2006

Les prises de position de Juillard me déroutent de plus en plus, j'en avais pris conscience notamment lors de la seconde guerre d'Irak. Il a viré au conservatisme depuis quelques années sans qu'on s'en aperçoive vraiment, mais au fond c'est son droit. En revanche, ce qui est vraiment étrange au Nouvel Obs, c'est ce système de baronnies qui permet de ne plus avoir de vraie ligne éditoriale : une fois qu'une personne est admise dans cette cour, elle devient parfaite et intouchable, chacun de ses amis lui renvoie l'ascenseur (c'était surtout amusant avec tous les historiens qui y pigeaient à la grande époque de Furet, cela l'est encore avec le clan BHL, et on a toujours droit aux éloges hyperboliques de toute la rédaction sur le dernier recueil de radotages de Jean Daniel).

Écrit par : Dominique | jeudi, 30 novembre 2006

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