jeudi, 23 novembre 2006
Ségolène pille E. Leclerc
Ségolène entend parler avec les mots que les Français utilisent et comprennent, qui ont une réalité tangible pour eux. Cela donne ça :
"Si je dis "la vie chère" au lieu de "pouvoir d'achat", ce n'est pas un hasard, a-t-elle insisté avant d'expliquer en substance que, "la vie chère", tout le monde comprend ce que cela veut dire, tandis que le "pouvoir d'achat", lui, dépend de statistiques de l'Insee qui s'obstine à le voir en hausse."
C'est étrange, mais cela me fait songer au marketinge des hypermarchés E. Leclerc ce genre d'expression. On ne trouve pas ça dans le mainstream politique ou économique, mais justement dans des discours censés être populaires. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si E. Leclerc a récupéré des affiches de 68, il y a chez lui un vague fond qui utilisait déjà des expressions plus familières. Mais si Ségolène se fournit en idées chez E. Leclerc, la solution est toute trouvée : en avant pour l'ordre juste ! Cela peut être drôle : voilà une affiche pour la campagne électorale à venir.
14:50 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ps, politique, langue française, humour



Commentaires
Mon texte se voulait ironique, mais je pense que la thématique choisie et les termes pour l'exprimer méritent une réflexion supplémentaire.
a) Parler de lutte contre la vie chère plutôt que de préservation du pouvoir d'achat n'illustre pas simplement un clivage entre un langage techno-économique et le langage de monsieur tout le monde. Cela permet d'esquiver le reproche fréquent de conservatisme que fait la droite à la gauche (par une sorte de maligne inversion des rôles puisque c'est la droite qui entend défendre les privilèges acquis des plus puissants). On ne peut pas être en faveur de la vie chère, mais on peut reprocher aux défenseurs du pouvoir d'achat le fait de ne pas savoir faire des sacrifices en faveur des plus démunis ou de la nation. La rhétorique est donc offensive et non défensive, ce qui prend à revers aussi les syndicats les plus institutionnels. La meilleure tactique, c'est l'attaque et le fait d'imposer à l'adversaire les termes de son débat.
b) Parler de vie chère permet de ne pas cliver l'électorat car à quoi bon parler de défense du pouvoir d'achat à un RMiste ou à un petit retraité lorsque celui-ci ne peut s'acheter l'ordinateur, le lecteur MP3, l'écran plasma, le voyage en Grèce dont les prix ont été divisés ? La vie chère renvoie au quotidien, au prix du kilo de patates ou de poulet ou de café. C'est ce qui est nécessaire à tous contrairement au pouvoir d'achat qui inclut des biens et des services non indispensables, le petit surplus de luxe. La vie chère inclut aussi le coût des loyers (qui concernent quand même 45 % des foyers, soit en réalité plus de la moitié de la population) et des dépenses qui sont de moins en moins réglées par les plus démunis comme les assurances (le nombre de voitures sans assurance augmente chaque année). Le pouvoir d'achat est une notion vague quand la totalité et même plus des revenus disparaît dans les dépenses incompressibles.
c) Je plaisantais avec Leclerc, mais là je suis plus sérieux : Ségolène reprend un arsenal rhétorique du PCF lorsque celui-ci avait tenté d'échapper à l'enfermement dans sa participation au gouvernement de gauche vers 84-85. C'est à ce moment que le PCF a commencé à parler de la vie chère et plus du pouvoir d'achat, des gens* et plus des travailleurs ou des ouvriers. Les formules ont connu des hauts et des bas, mais disons que la tentative d'ouverture du PCF vers une société civile continue encore plus ou moins, que l'on retrouve un peu encore malgré la déjusquinisation, la déshermierisation et la déshuïsation du Parti quelques-unes de ces formules. Dans le grand Lego de Segolène, on a souvent mis l'accent sur le passé catho, le père militaire d'extrême droite, les ressemblances avec la Madone ou Jeanne d'Arc, et je suis frappé par le fait que l'on oublie qu'elle a assisté aux premières loges à l'agonie voulue du PCF : elle en reprend le discours en partie, du moins certains de ses mots à une époque précise lorsque le PCF n'a pas su utiliser ces mots-là de manière efficace. Les situations politiques ne sont pas tout à fait comparables, mais il y a la même volonté de se sortir d'une impasse rhétorique (conserver l'ancienne rhétorique et se conformer à l'image que l'adversaire fait de vous). Cela a échoué dans le cas du PCF parce que les relais n'étaient pas là et que le relouquage était de surface au début, mais il me semble que la leçon a été assimilée.
* C'est quand même un monde qu'on ne voit pas combien Ségolène est communiste lorsqu'elle parle des “gens” comme feu Robert Hue lorsqu'il voulait désenclaver le Parti !
Écrit par : Dominique | jeudi, 23 novembre 2006
C'est comment, en français, le mainstream ? :-(
Écrit par : Ouadou | jeudi, 23 novembre 2006
Le courant dominant, l'idéologie dominante, etc., mais mainstream est un tic du langage des publicitaires et des spécialistes de la com' pour éviter le terme qui serait trop blessant en français courant, donc je reprends (sans cautionner) puisque je parle de com'.
Écrit par : Dominique | jeudi, 23 novembre 2006
Ah, la rhétorique... n'étant ni avocat, ni prof, j'avoue avoir du mal à tourner des phrases autrement qu'après de besogneux brouillons écrits... tout le monde se copie, on finit par oublier d'où vient l'idée, la formule, le slogan... enfin, pour ce qui est de la mise en pratique, attendons de voir si l'on rase gratuit en 2007 ;-)
Écrit par : Ouadou | jeudi, 23 novembre 2006
Ségolène occupe une grande surface médiatique, n'est-il pas ?
Écrit par : filou | samedi, 25 novembre 2006
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