dimanche, 05 novembre 2006

Peinture rouge (2)

Et l'inspiration, l'inspiration qui est un puissant atavisme de la race abonde dans l'art de Maria Izquierdo. Elle n'est pas un de ces peintres dont on peut dire qu'il sait voir et peindre. Pareille faculté est des moindres chez un peintre véritablement inspiré. De Maria Izquierdo on ne peut pas dire qu'elle peint. Les formes et les couleurs naissent sous son pinceau avec une sorte de vivacité intérieure qui est une marque de sa prédestination. Les personnages y entrent sous la forme où ils avaient auparavant vécu ; les couleurs s'unissent à la vibration du spectre solaire de telle sorte qu'elles se correspondent en une harmonie plus qu'étrange : un rouge et un bleu accomplissent ce miracle de se renvoyer mutuellement leur mystère, le mystère né de la couleur.

Antonin Artaud

medium_izquierdo2.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce paragraphe-ci se retrouve en grande partie dans les Messages révolutionnaires.

Commentaires

"Le mystère né de la couleur" ! quelle belle chute. L'ordonnancement, la juxtaposition des couleurs, ce qui naît d'elle, lArtaud le dit à merveille. Mais je ne comprends pas très bien cette histoire "d'atavisme de la race" et de "prédestination".

Ecrit par : Papotine | dimanche, 05 novembre 2006

Il ne faut pas trop demander à Artaud d'être cohérent ou d'avoir une idéologie complexe ou subtile parce que ce n'est pas sur ce plan. C'est vrai que ces mots ont pris à son époque une connotation désagréable chez d'autres, mais c'était positif chez lui puisqu'il pensait que les autres peuples avaient conservé des vertus primitives qu'il fallait essayer de faire ressurgir et qui étaient seulement cachées. Cela rejoint ses réflexions sur le théâtre ou la poésie dite qui doivent faire appel à d'autres pulsions que le respect de l'écrit, à une expression corporelle totale venue des profondeurs de l'être, d'un inconscient collectif.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 05 novembre 2006

Les commentaires sont fermés.