lundi, 30 octobre 2006
CCN3
Normalement, on écrit l'ordre d'un souverain en chiffres romains : Louis XIV, Napoléon Ier. Cette règle typographique est combattue de manière argumentée par quelques personnes comme Pierre Hallet, avec lequel je me suis disputé à ce sujet, mais il faut bien constater que l'usage tend à imposer les chiffres arabes. Je l'avais déjà constaté lors de l'élection du nouveau pape et c'était souvent lié à l'abréviation JP2, B16 (on dirait un nom de bombardier). De toute manière, il arrive souvent que les chiffres romains ne soient pas compris, combien de George Vé et d'Henri Yves ?
En Champignacie, il existe un centre culturel Napoléon III où se déroule entre autres un festival de l'opérette et un des chansonniers. C'est dire le niveau. Déjà, culturel et Napoléon III, pour moi c'est un oxymore ! Je veux bien qu'une partie de ma région tire sa richesse du glorieux passé militaire de Napoléon-le-Petit, mais enfin on ne peut pas considérer l'opérette comme un genre majeur, novateur, frondeur et subversif, même si Offenbach... d'accord.
Alors, ce fameux centre culturel est régulièrement abrégé en CCN3 dans les blogues, les forums sur des sujets profondément champignaciens dont se contrefichent les neuf dixièmes de mes lecteurs. Pourquoi ? D'abord, parce que c'est plus court. Ensuite, parce qu'on lit tout de suite le chiffre alors que CCNIII ferait penser à une société (compagnie créole de Nimportnawak pour l'intelligence innovante dans l'informatique), une commission administrative un peu obscure (conseil consultatif national sur l'internet interactif et international). Que CCN3 soit aussi une protéine n'effleure personne.
Mais voilà, l'Oignon (pour ne pas le nommer) vient de franchir un seuil : il évoque le centre culturel Napoléon 3, cela sans aucune abréviation. Je sens que cela risque fort de devenir la norme. Je le déplore, car on se coupe d'un passé.
12:15 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : langue française, presse, média, médias, journalisme



Commentaires
"Je sens que cela risque fort que cela devienne la norme."
Euh...
Écrit par : Papotine | lundi, 30 octobre 2006
Je suis allée voir votre lien sur la protéine et voici ce que j'y lis :
"CCN3/NovH est un des membres fondateurs de la famille des protéines CCN (Cyr61, Ctgf, Nov) qui sont des régulateurs de croissance cellulaire et de différenciation"
Ma foi, croissance cellulaire et culture, ça ne devrait pas être si incompatible que ça, hmm ?
Écrit par : Papotine | lundi, 30 octobre 2006
Est-ce si grave ? Les Hongrois le font depuis longtemps, et avec leur syntaxe, ça donne 2. Lipót (comme on a Nagy-Bócsay Sárközy Miklós) mais on trouve aussi II. Lipót (Léopold II...)
Écrit par : Ouadou | lundi, 30 octobre 2006
Ce n'est pas grave, la civilisation ne mourra pas de cela, mais c'est un peu dommage de voir s'éloigner la compréhension d'un monde ancien ou bien la simple lecture de références bibliographiques, d'inscriptions qui figurent un peu partout. Chaque année, je constate un peu plus que mes élèves ne sont pas capables de lire les chiffres romains, parce que c'est repoussé d'année en année ou jugé comme déjà acquis (et alors ce sont les élèves de milieux favorisés culturellement et quelques musulmans débrouillards, un peu curieux qui maîtrisent ça).
Écrit par : Dominique | lundi, 30 octobre 2006
"et quelques musulmans débrouillards un peu curieux qui maîtrisent ça"
Qu'est que l'appartenance religieuse vient faire dans l'histoire ?
Car mise en relation avec "les élèves de milieux favorisés culturellement" on ne parle pas de religion ici.
Il y donc une association que j'ai du mal a comprendre... Vouliez-vous dire les blancs ? Les chrétiens ? Qui eux ne seraient donc ni débrouillards, ni curieux puisque bien ils sont tellement favorisés qu'on a rien à leur apprendre...
Écrit par : pierrem | lundi, 30 octobre 2006
Je veux dire que fréquemment ce sont les petits jeunes issus de l'immigration qui se montrent les plus avides de culture européenne classique, qui sont demandeurs de latin, et le plus souvent ce sont eux qui ont la meilleure connaissance des références bibliques, contrairement à la très faible minorité qui suit encore des cours de catéchisme catholique.
Écrit par : Dominique | lundi, 30 octobre 2006
"ce sont les petits jeunes issus de l'immigration"
Je comprends bien et je ne doute pas des qualités de la majorité silencieuse des minorités . Mais je pense qu'il ne faut justement pas les enfermer dans une culture par exemple musulmane. Je pense que c'est réducteur et complètement faux. Certains médias outre-atlantique n'ont pas hésité à faire le rapport entre l'islamisme et nos émeutes en banlieues... Mfff ! Le "choc des cultures" ne veut pas dire grand chose, vous le montrez bien.
Au fait, ils ont quels age vos élèves ?
Écrit par : pierrem | lundi, 30 octobre 2006
C'est curieux comme à chaque fois que quelqu'un ose commettre le crime de lèse-laïcité en parlant de musulman pour désigner quelqu'un, c'est l'expression "issu de l'immigration" qui se propose à chaque fois en alternative.
Les chiffres romains et la bible n'ont rien d'étranger à la culture de l'immigré père de M. Sárközy de Nagy-Bócsay par exemple.
Ça me rappelle le "1er préfet musulman" qu'on a vite rectifié en "1er préfet issu de l'immigration". Le préfet en question était pourtant tout simplement un "immigré" (né en Algérie, arrivé en France à l'âge adulte), pourquoi ce "issu"? C'est simple, "issu de l'immigration" est désormais en France un euphémisme admis de tous (ou presque) pour qualifier les "non-blancs" (qui pourra être aussi perçu comme un euphémisme, mais je ne trouve rien de mieux).
Désolé pour le hors-sujet
Écrit par : Yom | lundi, 30 octobre 2006
Pfff... Quand un de mes élèves est amazighen (cas le plus fréquent), dois-je le qualifier d'arabe ? quand il est kurde (cas le plus fréquent), dois-je dire qu'il est turc ? Ce qui unit cet univers qui va de l'Andalousie aux confins du Pamir ou du Turkestan, c'est l'islam. On peut parfaitement être de culture musulmane sans être croyant, exactement comme on peut être de culture européenne sans parler une langue dite européenne, par exemple comme les Hongrois qui ne sont européens que depuis quinze siècles. Il s'agit simplement de conventions de langage, provisoires et révocables.
Écrit par : Dominique | lundi, 30 octobre 2006
Techniquement, de l'Andalousie au Pamir, c'est ce qu'il est d'usage de désigner comme "Terre(s) d'Islam" (cf. les expositions du Louvre ou autre) et qu'on nommait plus anciennement "Monde islamique" (mais ça n'est plus trop dans les moeurs). C'est plus large que le "Monde arabe" et moins vaste que le "Monde musulman" (qui va du Sénégal à l'Indonésie).
Ensuite, il s'agit de savoir si la "culture" est encadrée par l'ethnie, l'organisation historico-socio-artistique (même si l'ensemble a été remis en question par la colonisation puis la mondialisation... l'ensemble étant valable au moins jusqu'au XVIIIème siècle) ou par la religion.
De plus il semble qu'il y ait une nuance entre "immigré" (de culture étrangère) et "issu de l'immigration" (dont la culture est une des formes de la culture du pays d'accueil).
J'ai l'impression que même si c'est "politiquement correct", l'expression "issue de l'immigration" corresponde le mieux pour qualifier cet "avidité de culture classique" (dans la mesure où cette "culture classique" est perçue comme une des composantes de la "culture française", ce qui me semble aller vite en besogne).
Écrit par : the masked one | lundi, 30 octobre 2006
Yom, le "y" de Nagy-Bócsay est la marque du génitif... en français on traduit par "de" et on a donc "de Nagy-Bócsa"
Écrit par : Ouadou | lundi, 30 octobre 2006
George Vé et Henry Yves... J'adore !
Écrit par : Irène Delse | lundi, 30 octobre 2006
Ah, mais attention, il y a à Lausanne un cinéma George Vé, hommage à Georges Vuille, autrefois grand monsieur du cinéma de la belle paysanne qui fait ses humanités...
Quant à Offenbach, je suis un fan absolu, c'était un très grand musicien. Un peu comme un vrai clown doit être très habile pour maîtriser ses pitreries.
Écrit par : Ponte Facto | lundi, 30 octobre 2006
Je n'ai pas dit de mal d'Offenbach, surtout pas pour quelqu'un qui a été féroce envers ses contemporains et qui a fait des airs que chacun peut fredonner immédiatement ou qui sont des merveilles de loufoquerie ! Mais Offenbach seul ne peut sauver l'opérette malgré son génie, alors que Bach, lui, aurait pu sauver toute la musique classique.
Écrit par : Dominique | lundi, 30 octobre 2006
Effectivement. À noter qu'il s'agit en fait d'opéra-bouffe...
Écrit par : Ponte Facto | lundi, 30 octobre 2006
à Dominique:
Je n'avais pas de problème avec votre musulman. En toute rigueur, il vaudrait peut-être mieux dire "de culture musulmane", à moins que vous connaissiez suffisamment l'élève pour connaitre ses pratiques religieuses réelles. Je ne suis pas chrétien, mais je n'ai aucun problème à admettre que je suis de culture chrétienne et même catholique.
C'est votre "traduction" politiquement correcte en "issu de l'immigration" qui me déplaisait.
à the masked one:
Cette culture classique est une composante de la culture européenne, c'est-à-dire de la culture de près de la moitié des immigrés de France. Elle est étrangère à la culture des polynésiens, des Guyanais autochtones, des enfants de comoriens venus en France avant 1976 ou algériens avant 1962 ou en 1962 (harkis) et autres qui ne sont en rien "issus de l'immigration".
D'ailleurs pourquoi se référer au processus qui a conduit les parents ou grands-parents à venir en France et ne pas dire tout simplement "d'origine étrangère".
Écrit par : Yom | mardi, 31 octobre 2006
Yom > Cette "culture classique" n'est justement pas l'apanage de la culture européenne. L'influence grecque antique en "Terres d'Islam" n'est pas à négliger, de même que la culture latine a eu son influence en Ifriqiyya et Al-Andalus. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai nuancé ma dernière parenthèse, mais il s'agissait surtout de rester dans la pensée de Dominique (et on ne peut pas partir dans une digression permanente, dans le cadre de ce billet laisser cette généralisation ne portait pas préjudice).
Pourquoi se référer au processus de la venue en France ? C'est une question de point de vue. "D'origine étrangère" insiste sur la phase pré-migratoire (que ça soit le fait d'une génération antérieure ou non), "immigré" et "issu de l'immigration" insiste sur la phase post-migratoire. Ensuite c'est une question de contexte, mais dans tous les cas on insiste sur la migration.
Ensuite, je disais qu'il y avait une nuance entre "immigré" et "issu de l'immigration", le second se colorant d'une idée "d'intégration" et par conséquent la première non (au risque d'être souvent utilisé avec l'idée du "manque d'intégration"). Dans le contexte de ce billet (enfants étant en France, scolarisés et ayant la nationalité française, donc le processus de migration ayant été effectué depuis plusieurs générations et marquant de par même le choix du latin, un volonté peut-être même caricaturale d'intégration), l'expression "issu de l'immigration" avait tout à fait sa place. Tout dépend du contexte, cette expression n'est pas spécialement "politiquement correcte", c'est son emploi dans des contextes où elle n'a rien à y faire qui l'est.
Enfin, la remarque sur la migration et les frontières politiques ouvre un large débat sur la citoyenneté dans les colonies, sur la prédominance des frontières politiques et des frontières culturelles. D'ailleurs Budapest c'est déjà "à l'étranger" (d'où une "origine étrangère"), on en revient au même problème. Mais vous soulevez un problème qui peut ouvrir un débat très intéressant. C'est malheureusement s'éloigner fortement de l'enseignement des chiffres romains...
Il y avait débat sur l'implicite des expressions utilisées par Dominique. Il y a d'une part confusion entre "islamique" et "musulman" (l'un se basant sur la notion de "Terres d'Islam" correspondant grosso-modo à l'ancien terme "oriental" et l'autre sur la religion) et d'autre part un refus de l'expression "issu de l'immigration" qui, à mon sens, a une signification propre collant plutôt bien avec ce contexte précis. Mais en dehors de ce débat, le choix de l'expression et de son implicite revient à l'auteur. Là où réside le "politiquement correct", c'est dans notre attitude à tous les deux de pinailler sur l'implicite d'une expression parce qu'elle touche à l'immigration. Si vous me permettez cette critique.
Écrit par : the masked one | mardi, 31 octobre 2006
Je crois justement que cette expression ne concerne pas l'immigration, c'est ce en quoi elle est piégée. Les "issus" sont nés en France et y ont toujours vécu, ils n'ont jamais eu aucun effort d'"intégration" à faire, quoi qu'on en dise. L'immigration concerne leurs ascendants, pas eux. Ils ont juste des origines (étrangères) et une culture familiale distincte de la majorité.
Cela dit, je veux bien admettre qu'il y a des motivations politiques derrière mon pinaillage et que je suis plus géné par l'utilisation du terme en général que par celle spécifique à ce billet... Restons-en là.
Écrit par : Yom | mardi, 31 octobre 2006
Merci Yom pour ces commentaires sur lesquels je vais réfléchir.
Écrit par : Dominique | mardi, 31 octobre 2006
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