vendredi, 29 septembre 2006
La patte avide du chat
Pour le jeu de fin de semaine, j'ai choisi un peintre peu connu, mais qui fut l'élève d'un autre bien plus célèbre. Le tableau qui est décrit porte un autre titre que celui qui lui a été donné par l'écrivain : ce dernier s'est trompé et il a attribué à cette œuvre le titre d'une autre toile du même peintre, avec le même type de personnage dans une autre pose. D'ailleurs, le second tableau (qui possède plusieurs titres, mais le titre en français dans l'original est le plus connu) a lui-même inspiré un troisième peintre célèbre, du même pays. Vous voyez que l'affaire est compliquée. L'écrivain ? Eh bien ! disons que tout le monde ne l'aime pas, par exemple une blogueuse qui est pourtant représentée en abîme dans le tableau. Je trouve la confusion intéressante car elle montre le détournement fréquent de notre auteur vers son idée centrale. D'ailleurs, le thème ou le second titre du deuxième tableau ne pouvait que lui déplaire.
C'est une vieille femme, les yeux fermés, les mains jointes, coiffe et guimpe blanches, manches rouges bordées de noir qui prie toute seule devant ce repas solitaire qu'elle s'est préparé à elle-même. Il y a deux pains, l'un intact et l'autre entamé, un pot de soupe, il est bien chaud, à côté de cette assiette blanche, un pichet, et attention ! sur le rebord de la table un couteau oblique, dont le manche surplombe le vide. Au mur dans un enfoncement les objets symboliques, chers à notre X, qui sont un sablier, deux livres, l'un fermé, l'autre ouvert, deux clefs, et une sonnette en qui je n'ai aucune peine pour ma part à voir symbolisée la Résurrection des Morts. Mais toute l'explication de la composition est dans le coin de droite en bas.
C'est presque invisible, un chat, qui de la patte attire à lui la nappe, déterminant ainsi, dans une direction accentuée par le couteau, un triangle dont l'évasement embrasse toute la composition, la géométrie lumineuse du bas correspondant au déversement ténébreux de la partie supérieure.
Ici donc, comme dans beaucoup de tableaux hollandais, il y a à la fois immobilité et mouvement, un état d'équilibre miné par l'inquiétude, dans l'espèce la patte avide du chat.
14:55 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : littérature, art, arts, peinture, écriture



Commentaires
Maes !
Un de mes tableaux favoris… Si drôle !
http://www.foodnews.ch/allerlei/30_kultur/galerie/personen/pages/Maes_Gebet_ohne_Ende.htm
Écrit par : MiniPhasme | vendredi, 29 septembre 2006
C'est bien Nikolaes Maes et ce tableau précisément. L'auteur l'avait rebaptisé la Rêverie, en le confondant avec un autre. Lamkyre a trouvé le nom de l'écrivain, mais elle l'a suggéré seulement en privé, donc on peut encore chercher. Demain, une petite suite sur les servantes rêveuses de la peinture hollandaise, avec les reproductions des tableaux en question.
Écrit par : Dominique | vendredi, 29 septembre 2006
Le tableau est parfaitement décrit, j'ai juste un vague étonnement à propos d'un des éléments, que je n'aurais jamais identifié comme une sonnette. Mais bien sûr, il est beaucoup plus difficile de voir un symbole de la Résurrection des Morts dans un entonnoir.
Écrit par : lamkyre | vendredi, 29 septembre 2006
Le fait que notre écrivain ait aussi transformé ce tableau en La Rêverie, en le confondant avec une autre toile du même peintre, n'est pas moins surprenant.
Écrit par : Dominique | vendredi, 29 septembre 2006
Hem... Je dois vous confesser que lors de ma visite au musée, j'étais passée [à la vitesse nippone] devant ce tableau, rebutée par le thème... sans avoir repéré ce chat facétieux !
Écrit par : MiniPhasme | vendredi, 29 septembre 2006
À y regarder de plus près, le "pain entamé" ressemble furieusement à une roue de gouda. On identifie aussi facilement une darne de saumon dans l'assiette. Quid du bidule jaune dans le plat blanc ?
Écrit par : lamkyre | vendredi, 29 septembre 2006
Cela ressemble pourtant bien à un pain chaland, et pourquoi est-ce que l'on aurait coupé les morceaux de fromage (si l'on peut nommer le gouda un fromage) avant de commencer la soupe ? Cela ne correspond pas à l'usage. Pour les machins qui baignent dans l'assiette blanche, ce sont sans doute des bettes ou des salsifis, enfin une racine de ce type puisque l'on ne peut supposer que cette digne dame achetait des frites McCain. Le second pain non entamé ne semble pas vraiment de farine, je pense plutôt que ce serait du lard.
Écrit par : Dominique | vendredi, 29 septembre 2006
"Pour les machins qui baignent dans l'assiette blanche, ce sont sans doute des bettes ou des salsifis, enfin une racine de ce type puisque l'on ne peut supposer que cette digne dame achetait des frites McCain. "
Pas des McCain.... des RÖSTI !!!!!!!!
Écrit par : Jean-Pierre Coffee | samedi, 30 septembre 2006
Le second pain, non entamé, pourrait être une sorte de tourte ou de pâté en croûte, en effet... Et en regardant bien, à côté du pain entamé, ce ne sont pas des tranches mais des petits pains individuels.
Que de pains dans cette composition...
Pour l'écrivain, après un petit tour sur Google, je me demande si ce ne serait pas Paul Claudel ?
Écrit par : Irène Delse | samedi, 30 septembre 2006
C'est bien Claudel. L'indice était le sablier, l'objet fétiche de Fuligineuse.
http://sablier.hautetfort.com/archive/2006/09/29/sabliers-funebres.html#c1533032
Laquelle avait dit du mal de Claudel.
http://sablier.hautetfort.com/archive/2006/06/11/c-est-la-faute-a-claudel.html
Le style le trahit cependant : il voit une soupe bien chaude, mais en fait il l'imagine, il croit voir une sonnette métaphysique là où il y a un objet domestique assez trivial, et il intitule le tout la Rêverie alors que c'est Une vieille femme en prière.
Écrit par : Dominique | samedi, 30 septembre 2006
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