jeudi, 28 septembre 2006

Vrac francophone

Le sommet de la francophonie apporte son flot d'articles. On trouve dans l'Express un entretien avec la ministre française, Brigitte Girardin, le propos est convenu, creux et rempli d'autosatisfaction à la fois. Même tonalité chez Abdou Diouf dans le Petit Journal, le journal des Français à l'étranger. Le fait que la francophonie est devenue une sorte de monstre qui a plus des visées politiques que linguistiques ne les dérange pas. On préférera à ces discours informes et mollassons le libre propos de Cerquiglini qui souhaite une réappropriation de la francophonie au sens linguistique par les Français.

Le sommet est dominé par la question du Liban et le président Lahoud a très mal pris le fait qu'on ait invité son Premier ministre et non lui : il accuse Chirac de lui en vouloir. Le Figaro s'en fait l'écho comme le Monde ou Libération, Dans les journaux arabes, on accuse aussi Harper. Mais parallèlement, le président Gbagbo boycotte le sommet et envoie son Premier ministre, d'autant que Chirac demande des élections plus honnêtes en Côte-d'Ivoire. Il y a là un curieux mélange des genres, d'autant que le Soudan a demandé à devenir observateur et que cet autre conflit doit être évoqué.

Bien entendu, on retrouve le mythe de la Roumanie francophone et francophile, ici et . Cela repose sur une vision très partielle et partiale de l'histoire roumaine...

Chirac annonce aussi une charte pour l'accueil des étudiants étrangers, mais ce qui n'est pas dit c'est que les conditions pour obtenir un visa ont été durcies depuis deux ans, notamment en imposant un examen linguistique dont les frais sont à la charge des étudiants. De la même manière, on demande aux autres pays de ratifier la convention pour la diversité culturelle, et on oublie la charte européenne des langues minoritaires et régionales qui n'est toujours pas ratifiée par la France. On a l'impression d'un double discours où les belles paroles tiennent lieu d'actes.

 

Commentaires

Ce mythe de la Roumanie francophone ne cesse de me surprendre. Pour avoir discuté avec plusieurs roumains, la plupart ne parlant pas français, j'ai l'impression que la place du français en Roumanie était (et est toujours) comparable à celle qu'elle avait par exemple en Italie ou d'autres pays d'Europe du Sud. Ionesco et Cioran, comme Beckett, ont écrit en français, essentiellement parce qu'ils vivaient en France.
Tiens, pourquoi l'Italie n'adhérerait pas à la Francophonie ? Après tout, étaient parfaitement francophones, le fondateur de la langue italienne moderne, Alessandro Manzoni, les fondateurs de l'Etat italien moderne, Cavour et Victor-Emmanuel de Savoie. Le français reste la 1e langue étrangère pour les italiens de plus de 50/60 ans, parlé de la plupart des intellectuels de cette génération et la 2e pour les plus jeunes. C'est même une langue officielle d'une de ses régions autonomes. En Italie, le basculement du français vers l'anglais s'est fait dans les années 1970/80, en Roumanie un peu plus tard vers les années 90, pour des raisons faciles à comprendre.
D'ailleurs, ont aussi une grande tradition francophone, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Russie, l'Argentine, la Grande-Bretagne, les États-Unis... le monde entier dans une certaine mesure, étant donné le statut international du français jusqu'à il n'y a pas si longtemps.

A mon avis, la seule francophonie significative, qui ne soit pas liée à son noyau d'origine ou à la colonisation est celle des communautés juives sépharades et chrétiennes des pays arabes. Mais, sauf au Maghreb et au Liban, où elle a été renforcée par la colonisation, cette tradition francophone est aujourd'hui moribonde, survivant à peine en Egypte. Ajoutons-y aussi le Luxembourg. Ailleurs, ce sont les plus ou moins beaux restes du rayonnement passé de la langue française.

L'objectif et le sens de cette organisation me parait tout sauf clair. Il est d'ailleurs assez significatif qu'en France la francophonie soit sous l'autorité du même ministère que la coopération et l'aide au développement, dont on voit mal ce qu'ils ont en commun en dehors d'être de possibles instruments du néocolonialisme en Afrique. Mais avec ces élargissements à des pays non-francophones, cela devient difficile d'y comprendre quelque chose.

Écrit par : Yom | vendredi, 29 septembre 2006

On peut se poser la question de l'absence de l'Italie en effet. Même si les communautés francophones ou occitanes ou arpitanes du Piémont ou du Val-d'Aoste sont en nette régression, l'Italie est un des pays européens où le français est une langue maternelle, le français est reconnu comme langue régionale dans le Val-d'Aoste. Il existe outre un baccalauréat bi-national, une licence de langue bi-nationale, et il y a encore cinq ans le ministère des Affaires étrangères finançait encore la diffusion des programmes télévisés publics vers l'Italie du nord où il existait un public important. Mais au fond, c'est d'abord le problème de l'Italie qui pourrait adhérer au moins comme observatrice, sa tradition francophone est un peu plus solide et ancienne que celle de nombreux nouveaux entrants. Bien sûr, si l'on fait intervenir toutes les minorités présentes dans différents pays, il faudrait faire entrer certaines possessions de la couronne britannique (hors Royaume-Uni) comme les îles anglo-normandes, et même certains États des USA comme la Louisiane, le Maine, le Vermont, le New Jersey, New York, voire la Floride.
http://www.cyberpresse.ca/article/20060116/CPVOYAGES/601140553/5274/CPVOYAGES

Mais cette organisation de la francophonie a toujours été mal comprise ou mal employée. Elle a été lancée sans la France, par des chefs d'État africains. Giscard, qui n'a jamais aimé sa langue même s'il fait partie de l'Académie, n'en voulait pas et il y a toujours fait obstacle. C'est Mitterrand qui l'a relancée, dans le désir de forger son propre réseau africain néo-colonial à la Foccart, et puis de s'entourer d'une aura culturelle indispensable à son règne. C'était très ambigu comme tout ce qui est mitterrandien. Chirac l'a dévoyée totalement en faisant une sorte de mini-ONU à son service et tout en pratiquant les bonnes vieilles traditions du colonialisme puisqu'Abdou Diouf était son candidat, imposé contre l'avis de tous (la France paye, donc elle exige, un peu comme les USA à l'ONU). Pendant ce temps, les subventions aux centres culturels français et aux Alliances francophones diminuent, beaucoup ferment. Bref, il n'y a pas lieu de parler de francophonie dans un tel cas.

Écrit par : Dominique | vendredi, 29 septembre 2006

Au sujet de la Roumanie, on cite sans arrêt les quelques noms d'écrivains roumains qui ont écrit en français. Mais quand on regarde dans le détail, Ionesco était de mère française et il a appris le roumain seulement à treize ans quand il est revenu en Roumanie.
http://www.alalettre.com/ionesco-bio.htm
Cioran lui était un vrai Roumain francophone, mais il a dû fuir la Roumanie à cause de son engagement auprès de la Garde de Fer. Tout comme Eliade, qui a écrit en fait en anglais la plupart de ses textes d'après-guerre et qui avait étudié dans les universités de l'Allemagne hitlérienne ou l'Italie mussolinienne.
Les autres, ce sont des nobles qui parlaient français comme presque toute l'élite européenne de cette époque qu'elle soit russe ou allemande ou autrichienne ou britannique : les Paléologue, Bibesco, Popesco, Constantinesco, Noailles, la mégère qui servait d'épouse à Morand... C'était une émigration de luxe, comme des Français qui vont s'établir à NY ou LA pour fonder leur start-up.
La troisième vague, ce sont les réfugiés politiques de la fin de l'ère communiste, qui n'étaient ni nobles, ni fascistes. Il n'y a guère Tanase à être passé au français comme langue d'écriture et à avoir eu un peu de succès.

Écrit par : Dominique | vendredi, 29 septembre 2006

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