jeudi, 14 septembre 2006
Éris
Éris se lève énervé chaque matin. La veille, il s'est couché énervé parce qu'il n'avait pas encore trouvé son sujet d'énervement du lendemain ou parce qu'il y a eu trop de bruit sur son blogue. Mais comme il a mal dormi durant la nuit, un nouveau sujet d'énervement se propose à lui lorsqu'il parcourt la presse entre le café et les croissants. Il va donc faire preuve de son nouveau sujet d'énervement puisque c'est parce qu'il est énervé qu'on le lit et s'il ne pouvait s'énerver encore dans un billet, cela l'énerverait plus et il lui faudrait dire qu'il ne peut pas s'énerver.
Les lecteurs d'Éris l'énervé ne lisent jamais ses billets précédents, ne vont jamais recouper ses déclarations d'un billet sur l'autre, ils attendent seulement le billet énervé de huit heures du matin et alors ils peuvent se livrer à leur logomachie pendant la journée : c'est leur défouloir du jour. Mais si Éris leur fait défaut un jour, ils sont malheureux et ils errent comme des âmes en peine en essayant de faire vivre un malheureux fil sans aucun rapport avec leur propos pourvu qu'un sujet d'énervement se présente. Bref, on est dans un monde d'énervés qui attend tout d'un messie énervé et qui ne pourrait plus rien dire de vraiment énervé sans lui.
Lorsqu'un nouveau billet arrive, il est interdit de commenter celui de la veille : on continue dans l'énervement du jour à partir du moment indiqué par le grand prêtre de la secte de l'énervement. Chacun tente de se placer au plus près de lui, de faire croire qu'il est dans le secret des dieux, de promettre des révélations inédites sur des choses honteuses, de déclarer que personne n'a compris quoi que ce soit, d'affirmer qu'ils ont le secret des temps à venir, ce qui fait beaucoup de sujets d'énervement puisque tout ce beau monde s'énerve aussi mutuellement en essayant de plastronner face au maître des lieux dont on attend chaque matin la parole comme s'il était une pythie de la République. Et puis tout ce bruit finit par ressembler à du brouhaha, sans aucun sens. Mais Éris continuera encore à choyer ce bruit qu'il dénonce et il fera encore demain un nouveau billet énervé.
19:59 Publié dans Les caractères des blogues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : internet, blog, web, humour



Commentaires
Mais si Éris leur fait défaut un jour, ils sont malheureux et ils errent comme des âmes en peine (…)
Le retard insupporte le supporter abandonnique…
Quant à l’emploi récurrent de « énervé* », il va finir par m’INNERVER !
* latin enervare, couper les nerfs
Écrit par : MiniPhasme | vendredi, 15 septembre 2006
Il se passe une chose étrange chez Éris aujourd'hui. Il ne publie d'habitude qu'un billet par jour et les lecteurs se ruent pour se défouler dans ce billet. Mais voilà... son ami Cléante a écrit un billet et surtout un article dans le Mercure au sujet de la mésaventure survenue à Alceste dans le Journal des Jésuites. On demande des comptes à Éris qui se fait le petit télégraphiste de Valère, qui répond chez Cléante et qui ouvre soudain un nouveau billet du jour, ce qui prend au dépourvu les habitués du salon qui ne savent plus où on peut exactement s'énerver (dans le premier billet du jour ou dans le deuxième ?) Comment faire si on doit suivre deux ou trois conversations différentes sur le même sujet dans le même blogue avec les mêmes intervenants ? Bref, on s'énerve en rond.
Écrit par : Dominique | vendredi, 15 septembre 2006
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