mercredi, 06 septembre 2006

Ariste

Ariste est un grand baron de la blogosphère qui podcaste à tout va en posant des questions fort impertinentes : il demande comment ça va aux ministres, à ses voisins, ses amis, sa concierge, son chien, la tortue de ses enfants, le canard en plastique jaune de la baignoire. Ariste rencontre Arnolphe, un baron de la télésphère qui songe à émigrer dans la blogosphère. Arnolphe prétend qu'il est toujours fort puissant malgré sa disgrâce à la cour, qu'il possède les moyens de faire encore des révélations inattendues sur des faits dont personne n'a jamais entendu parler par exemple sur la connexion entre des gens hauts placés, que tous ses semblables sont de parfaits crétins qui ne pensent jamais à enquêter : Ariste et Arnolphe tombent d'accord pour vilipender les autres gens de plume qui sont d'abord de sac et de corde pour eux. Arnolphe révèle alors son dessein : puisque l'on me bannit à la cour, je fonde ma propre cour avec ma télévision sur la Toile, et je vous donne le nom de mon domaine : leweb2arnolphe.com, ce qui est drôle et original. Puis Ariste va le clamer dans tous les couloirs de la blogosphère car il est fier de montrer qu'il est ami avec un baron aussi puissant et connu qu'Arnolphe. Valère passant par là entend la chose, regarde si le nom est réservé, voit qu'il est disponible, l'achète selon la règle du premier demandeur premier servi. Ariste découvre l'évidence : Arnolphe lui parlait de ce qu'il n'avait même pas songé à protéger. Il peste contre les usurpateurs qui osent prendre au pauvre Arnolphe la place qui lui était due – entre barons, on doit bien se soutenir. Comment oser faire du mal à son ami le baron Arnolphe qui a prouvé maintes fois sa grande probité intellectuelle ?

Commentaires

(J'ai trouvé un portrait de La Bruyère dans un vieux Classiques Larousse. Vous allez me dire s'il est ressemblant.)

La vie de La Bruyère fut simple et discrète. C'était un de ces célibataires paisibles et lettrés, qui aiment la solitude, préfèrent la société des livres à celle des hommes et se consolent des heurts de la vie par les joies de l'intelligence. C'est ainsi qu'il passa dans de modestes appartements parisiens la plus grande partie de sa jeunesse. Non qu'il ne fût pas ambitieux. Il avait le sentiment de son mérite, mais il était timide (de cette timidité que donne une longue vie studieuse), trop orgueilleux pour flatter et trop honnête pour accepter les compromissions. L'intervention de Bossuet et le désir d'un prince le tirèrent de sa retraite et le jetèrent dans le monde inquiet, frivole et avide, aimable et féroce des cours. Il ne s'y adapta jamais. Il y resta cependant, flatté d'abord, intéressé ensuite, désireux de plaire mais gauche, facilement irrité, chagrin, souvent blessé dans son amour-propre, souffrant des hauteurs des Condés et de leur entourage, comme de l'injustice d'une société qui n'appelle pas l'homme de mérite à la place qui lui est due. Telle est la secrète misère de La Bruyère, la source d'une amertume, d'une misanthropie, d'un pessimisme qui s'expriment ou se laissent entrevoir dans tant de pages des /Caractère/. Le chapitre /du Mérite personnel/ est à ce point de vue le plus précieux, et pour nos générations, plus curieuses d'âmes que d'art littéraire, ces confidences sont peut-être le plus grand attrait du livre. Et nous sommes d'autant plus touchés que, sous ces dehors sévères et amers, nous découvrons un grand fond de bonté et, chose rare alors, de la compassion pour les victimes de l'inégalité sociale.

René Ternois, Agrégé des Lettres

Écrit par : Sylvie | mercredi, 06 septembre 2006

Cela me rappelle une anecdote (fausse, bien entendu) rapportée par Paulhan dans les Fleurs de Tarbes. Une dame s'étonne en voyant un portrait peint deux ou trois siècles plus tôt et s'exclame : « Comme il est ressemblant ! »

Écrit par : Dominique | mercredi, 06 septembre 2006

Je me demandais si ce portrait de La Bruyère était celui de Dominique.

Autrement dit : en quoi reconnaissez-vous Dominique dans ce portrait de La Bruyère ?

Écrit par : Sylvie | mercredi, 06 septembre 2006

Les /Caractère/ sans /s/, bravo !

Écrit par : Sylvie | mercredi, 06 septembre 2006

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