lundi, 04 septembre 2006

Demeures du sommeil (2)

Mon père estimait que je devais vivre avec d'autres enfants ; il m'inscrivit comme externe dans un cours non loin de chez nous. C'était l'automne. Les jours de vent chaque arbre demeurait au sein de sa pluie d'or lorsque je marchais vers l'école. Je jouais à attraper les feuilles comme elles tombaient. Lorsque j'en attrapais une particulièrement belle, je la mettais dans ma poche. Mais lorsque je la regardais plus tard, ses couleurs s'étaient affadies déjà, et il ne me restait qu'une chose morte et chiffonnée, bonne à jeter.

Au début, j'étais heureuse à l'idée d'aller en classe. J'imaginais cela comme quelque chose de nouveau, de neuf et d'excitant. Mais ce n'était pas si excitant et bientôt cela cessa d'être neuf, pour devenir décevant et morne. À la fin du trimestre on monta une pièce de théâtre, j'y jouai un rôle important. Je pensais que ce serait excitant de jouer dans une pièce. Mais quand le jour vint, ce fut aussi décevant que le reste.

Après cela, tout ce qui arriva à l'école me sembla irréel ; une perte de temps, une partie sans importance de la morne journée. Je savais, sans en comprendre la raison, qu'il fallait que la journée soit sans importance. Je devais empêcher le monde diurne d'être important. J'attendais tout au long du jour le moment de rentrer à la maison rejoindre mon univers nocturne, cette réalité que je vivais dans la vie secrète de la maison.

 

Anna Kavan 

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