lundi, 31 juillet 2006
En passant par la Suisse
En passant par la Suisse
La Suisse passe derrière la vitre
comme passe un poisson
un poisson multicolore
dans un aquarium ensoleillé.
De mon compartiment je regarde
triste
ironique,
irrité, un peu bête aussi.
De mon compartiment je regarde
et je prends des notes
en ajoutant ce que je vois
à tout ce que je sais, faux ou vrai, sur la Suisse.
Il ne fait ni chaud ni froid :
Tout est ici, je le crois bien, ma rose,
ni chaud, ni froid,
ni frais, ni tiède.
Une montre bien règlée,
un bracelet-montre de marque célèbre.
La Suisse est un pays-jouet
mêlé à des montagnes géantes,
des montagnes géantes, ma rose,
les montagnes de mon enfance,
du chocolat Tobler ;
un goût de lait dans ma bouche, qui vient de très loin.
La tristesse du souvenir de mon enfance
m'a noué la gorge.
Et voici les lacs, ma rose,
les lacs des prospectus touristiques
étincelants sur papier couché,
avec leurs fils d'argent, leurs voiles de mariées, leurs flancs escarpés,
et je m'étonne de la beauté de l'illustration.
La Suisse, d'autre part, ma rose,
ressemble à une taie
passée au bleu, repassée, ornée de dentelles
et fraîchement passée à l'oreiller,
c'est-à-dire que le poids de la tête d'un homme
ne l'a pas encore creusée ni froissée.
Tu sais, ma rose, qu'on appelle la Suisse
le coffre-fort muet
de l'argent que l'on a fait fuir
de quelque part, de quelque chose.
Et puis, ma rose,
il y a aussi l'affaire des espions et des vaches brunes.
Espions et vaches épanouis, bien à l'aise,
depuis que la Suisse est entrée
au paradis de la neutralité.
Les espions sont de toutes tailles
et sans doute de tous pays :
mais les vaches brunes, toutes du même format,
sont toutes suisses.
Nous approchons de la France :
En face de moi une jeune fille
lit un roman policier.
Le soleil a légèrement pelé sa peau rose,
ses cheveux en queue de cheval sont de la laine,
et dans ses yeux le ciel est très doux,
Guillaume Tell a posé sa pomme sur ses joues.
De mon compartiment je regarde la Suisse.
Ses villes doivent être ennuyeuses.
Ses sanatoriums sont peut-être fort gais...
Aurais-je voulu vivre
dans ces lieux que je vois,
parmi ces gens respectables ?
Peut-être après mes quatre-vingt-dix ans...
Pourquoi ai-je écrit de telles choses sur la Suisse ?
Peut-être pour avoir envié
le petit jardin au milieu du désert ensanglanté.
Les fleurs de ce petit jardin, ces fleurs,
n'ont-elles pas été,
ne sont-elles pas un peu arrosées
de notre sang qui coule dans le désert ?
Et dans les nuits paisibles, enneigées de la Suisse,
les étoiles ne brillent-elles pas
lavées par nos larmes ?
Nous sommes entrés en France, ma rose,
les maisons, l'air, les hommes ont changé.
Et voici, tout frisé,
telle une salade fraîche,
pas lavé, et même souillé de boue,
le printemps sur la terre de France.
Nazim Hikmet
17:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème



Commentaires
Houlala... Que de clichés ! Que d'abus ! Que de facilité dans ce pauvre texte !
De qui donc l'auteur espère-t-il être lu et compris ?
Tout y est, la vache, la montre, le coffre-fort, le chocolat (Tobler), l'argent, les espions (aïe, aïe. aïe), la neutralité... Bon, on pourrait admettre cette avalanche de clichés, mais... "La tristesse du souvenir m'a noué la gorge"... ça commence à bien faire.
Ne pourrait-on pas écrire semblables niaiseries au sujet de la Syldavie, par exemple ?
Courage, va, comme il faut un début à tout, va ! Et peut-être trouveras-tu un sujet !
Remi
P.-S. Au quel cas il serait bon de changer quelque peu le texte.
Écrit par : remi | lundi, 31 juillet 2006
Nazim Hikmet n'était pas n'importe qui et il n'écrivait pas n'importe quoi pour n'importe quelle raison.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nazim_Hikmet
Écrit par : Dominique | lundi, 31 juillet 2006
Que se passe-t-il ? Avez-vous supprimé le passage que j'aimais le mieux, ses interrogations de la fin : ce jardin au millieu du désert n'est-il pas le fruit du désert ? (il ne le formulait pas ainsi, mais ça allait dans ce sens).
Je trouvais étrange la fin du deuxième texte : ma rose, nous sommes en France, les maisons, les hommes, l'air ont changé.
J'essaie d'imaginer en quelle année il a pu écrire cela, car aujourd'hui il faut une sacrée imagination pour ressentir cela à la "frontière" franco-suisse...
Écrit par : Ponte Facto | mardi, 01 août 2006
Il y avait en fait une erreur de mise en page et j'ai commis une seconde erreur en supprimant la deuxième partie que je rétablis (je rédige hors de la plateforme et je fais une copie avant l'envoi).
Écrit par : Dominique | mardi, 01 août 2006
PF : La différence s'est certainement estompée, mais elle était frappante dans les années 50 encore. Et quand on faisait le tour du Léman en bateau, passé Bouveret, Saint-Gingolph paraissait crasseux.
Écrit par : Pierre Enckell | mardi, 01 août 2006
Enfer et damnation, j'ai oubiyé le 3ème l de milllieu... sans doute la fâcheuse tendance à prononcer miyeu.
Écrit par : Ponte Azerty | mercredi, 02 août 2006
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