vendredi, 07 juillet 2006
Entretien exclusif
Nous avons pris rendez-vous avec une célèbre écrivaine.
Q : Chère Amélie, d'abord une question fort importante : pourquoi ce nouveau chapeau ridicule et grotesque ?
R : C'est un hommage littéraire. J'ai voulu me placer sous le signe de Flaubert : la rigueur, la pureté et l'exactitude du style. C'est pourquoi j'ai demandé à Christian Lacroix de me fabriquer la casquette de Charles Bovary. Il a accepté avec enthousiasme ce défi, mais maintenant je dois rouler en décapotable.
Q : Ce livre est votre quarantième roman.
R : Non, pas du tout, c'est le deux cent nonante-neuvième. Maintenant, j'écris vingt romans par an, mais je n'en publie jamais qu'un à la fois. Excusez-moi, il faut que j'aille vomir, je manque d'inspiration si je ne vomis pas.
Q : Reprenons, ce roman fait 120 pages en corps 14, il est divisé en 50 chapitres qui laissent au début et à la fin un blanc équivalent chaque fois à une page. Est-ce que j'ai eu comme exemplaire de presse une édition pour les mal-voyants ?
R : Absolument pas, j'ai voulu aller vers l'épure, vers l'essentiel. Comme le sujet du livre se déroule au Japon, il fallait une présentation très zen.
Q : Ce qui est moins habituel, c'est que pour une fois vous avez écrit une centaine de lignes de récit et de description, la part du dialogue se réduit fortement dans ce roman. Est-ce un tournant stylistique ?
R : J'ai tenu compte des remarques des professeurs et des inspecteurs pédagogiques lorsque j'ai participé au Couilloncourt des lycéens : ils ne peuvent pas bâtir de séquences pédagogiques avec seulement des dialogues. Alors je me suis adaptée à mes lecteurs, ou plutôt à ma cible et à ma niche de marché comme dit mon attachée de presse.
Q : La plus longue phrase fait dix mots, c'est exceptionnel chez vous ?
R : Malheureusement, c'est un accident. Je vous promets que cela ne se reproduira plus : j'ai supprimé de mon dictionnaire électronique tous les que, qui, dont, lequel. Mon traitement de texte les donne alors comme des mots inexistants. C'est fascinant de voir qu'on peut forger des fantômes. Pardon, mais je vais encore vomir et je suis à vous.
Q : Une rentrée littéraire sans un roman d'Amélie N., ce n'est pas une rentrée littéraire, tout comme pour un Noël sans film de Walt Disney, un été sans la rediffusion du Gendarme de Saint-Tropez, un journal de Jean-Pierre Pernaut sans la météo, un automne sans beaujolais nouveau, un 14 Juillet sans Poivre d'Arvor, une bénédiction urbi et orbi sans latin. Pourquoi cette prédilection pour l'automne ?
R : Le responsable marketing pense que c'est la meilleure période pour toucher notre clientèle : les commandes de livres, pardon les listes de textes pour le bac se font en septembre en général. Et puis ainsi je peux être invitée dans tous les talk-shows qui commencent et qui ont besoin d'invités déjà connus mais toujours déjantés.
Q : Venons-en au sujet de votre livre. Votre personnage principal est un champion de sumo de 350 kilos, Nicéphore Ishiguro, qui se révèle être l'assassin de sa mère, une restauratrice spécialisée dans les McDonald's. Cela montre la profonde unité de votre thématique : le Japon, la culpabilité et l'obésité.
R : Oui, mais je me suis profondément renouvelée puisque j'introduis un élément politique dans l'histoire. Je vais vomir un instant.
Q : .Parlons justement de cet élément politique. Pourquoi avoir fait de ce personnage le fils caché d'un président de la république d'un pays européen peu identifiable ?
R : Je voulais d'abord en faire le fils naturel du roi des Belges, mais ma famille m'a dit que ce n'était pas bien et qu'il existait un délit d'outrage au roi. Comme mon ancêtre est le créateur de la Belgique, je ne pouvais pas aller aussi loin dans la provocation, mais je reste quand même une rebelle.
Q : Est-ce que vous ne craignez pas des menaces sur votre vie à cause de ce roman à clés ?
R : C'est extrêmement stimulant pour la création. Dominique de Villepin m'a invitée à une réception pour me remettre la médaille des Arts et Lettres, y aura-t-il du cyanure dans mon champagne ? Cela m'excite énormément. Je vais vomir encore un peu avant de partir.
09:05 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note



Commentaires
Amélie a oublié un accord dans sa quatrième réponse.
Écrit par : Sylvie | vendredi, 07 juillet 2006
Ça sort quand ? Ça sort quand ? Je veux ma dose annuelle de barbe à papa.
Écrit par : lamkyre | vendredi, 07 juillet 2006
Tu n'es pas tendre avec ton péché mignon Dominique !
Écrit par : ada- | vendredi, 07 juillet 2006
Félicitations. Je hais profondément tout ce que produit et représente cette personne.
Écrit par : Jacques Layani | vendredi, 07 juillet 2006
Mais moi, j'aime beaucoup Amélie Nothomb comme le remarquait Ada.
Écrit par : Dominique | vendredi, 07 juillet 2006
C'est une plaisanterie ?
Écrit par : Jacques Layani | vendredi, 07 juillet 2006
Pas du tout, je partage assez l'opinion de Benoît à son égard. Il y a beaucoup de déchet, mais tout n'est pas à mépriser.
Écrit par : Dominique | vendredi, 07 juillet 2006
Quellle est donc cette Amélie qui chevauche les mots avec fougue ? Nothomb peut-être Amélie Poulain ?
Écrit par : Doriane Purple | vendredi, 07 juillet 2006
Nothomb et (dito). J'aurai tout entendu.
Écrit par : Jacques Layani | vendredi, 07 juillet 2006
À chaque fois, je me promets que c'est le dernier...
Le premier tiers du livre m'entraîne dans un monde de personnages extraordinaires, captivants, je me dis alors que j'aime beaucoup cet auteur. Puis s'installe une sorte de routine, on commence à se demander où elle veut en venir, on a le sentiment d'attendre. On reste croché au livre, bien sûr, mais en ce qui me concerne, l'appétit n'est plus le même qu'au début où, pour rien au monde je n'aurais accepté d'être dérangé.
Petit-à-petit, cette attente se transforme en net sentiment qu'elle ne sait plus trop quoi faire de ses personnages. Et le livre finit en queue de poisson, comme le jouet délaissé d'un enfant gâté...
Je me promets de ne jamais plus y retoucher, mais chaque année je retombe dans le panneau. Difficile de passer à côté d'elle dans les librairies, quand c'est la saison. L'hameçon est là, avec son texte de couverture, les premières pages et clac ! en moins de temps qu'il n'en faut à la DGLF pour sortir un nouveau mot, votre Ponte Facto est ferré.
Sauf pour le dernier auquel j'ai résisté et tout le monde me prétend que celui-là, justement, est différent. Quelqu'un finira bien par le laisser traîner sous mon nez et, forcément, je le lirai. Mais je ne l'achèterai pas.
Écrit par : Ponte Facto | vendredi, 07 juillet 2006
Le dernier, si c'est de celui-là que vous parlez, /Acide sulfurique/, je l'ai commencé, mais je ne suis pas allée au-delà de la page 21, ça a l'air trop glauque.
Écrit par : Sylvie | vendredi, 07 juillet 2006
Dominique, vous devriez vous payez une bonne tartine sur le dos d'Amélie, comme Mauriès l'avait fait pour Duras avec son "Émily Q" par Marguerite Duraille.
C'est un pur plaisir !
(Et vu son succès, nul doute que vous trouveriez un éditeur, et plein de gens la détestant suffisamment pour en faire un... best-seller. Mais on continuera à vous lire, malgré votre succès.)
Écrit par : Benoit | vendredi, 07 juillet 2006
Vous avez oublié les fruits avariés... et avez-vous trouvé où se cache le mot "pneu" dans son dernier livre ? Je me suis bien marrée avec cette interviou littéraropipole.
Écrit par : Papotine | vendredi, 07 juillet 2006
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