vendredi, 30 juin 2006

Les horizons de la grande cité

Pour le grand jeu artistico-littéraire, j'ai choisi un écrivain célèbre pour ses critiques d'art. Mais comme je suis quelqu'un de fort malin, je n'ai pas pris un de ses textes sur les deux peintres dont il a le plus parlé, son ami d'enfance et son portraitiste. J'ai choisi un texte publié dans un journal, non repris en recueil de son vivant, et en plus sur un peintre fort oublié. Mais dans cet extrait, on voit une sorte de description autoréférente car cette matière se retrouvera dans d'autres textes.

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J'aime d'amour les horizons de la grande cité. Selon moi, il y a là toute une mine féconde, tout un art moderne à créer. Les boulevards grouillent au soleil ; les squares étalent leurs verdures et leur petit monde d'enfants ; les quais allongent leurs berges pittoresques, la bande moirée de la Seine, dont l'eau verdâtre est tachée du noir de suie des chalands ; les carrefours dressent leurs hautes maisons, avec les notes joyeuses des tentes, la vie changeante des fenêtres. Et, selon qu'un rayon de soleil égaie Paris, ou qu'un ciel sombre le fasse rêver, la ville a des émotions diverses, devient un poème de joie ou de mélancolie.

Ah ! Qu'ils ont tort ceux qui vont chercher l'art à des centaines de lieues ! L'art est là, tout autour de nous, un art vivant, inconnu. Je sais certaines échappées, dans Paris, qui me touchent plus profondément que les Alpes et les flots bleus de Naples. Les pierres des maisons me parlent ; il passe dans le brouillard des rues une voie amie ; à chaque trottoir, un nouveau tableau se déroule. Paris a tous les sourires et toutes les larmes.

Cet amour profond du Paris moderne, je l'ai retrouvé dans X. Je n'ose dire avec quelle joie. Il a compris que Paris reste pittoresque jusque dans ses décombres, et il a peint l'église Saint-Médard, avec le coin du nouveau boulevard qu'on ouvrait alors. C'est une perle, une page d'histoire anecdotique. Tout un quartier, le quartier Mouffetard est là, avec ses petites boutiques si curieuses de couleur, son pavé gras, ses murs blafards, son peuple de femmes et de passants. Au milieu de la place, un prêtre retient son chapeau qu'un coup de vent menace d'enlever ; la soutane vole, le noir de sa jupe, dans cet horizon gris, met une note si vraie et si singulière qu'un sourire monte aux lèvres.

Cette œuvre me va au cœur. Le grand ciel nuageux a l'odeur des pluies de Paris. J'y respire la vie de nos peurs, je me rappelle des après-midi attristés, de longues courses que j'ai faites à travers la ville, toute mon existence de Parisien. L'artiste a évoqué l'âge présent avec une émotion fidèle, et je suis reconnaissant de ce qu'il me fait revivre.

Commentaires

Zola... (Émile)

Écrit par : Ponte Facto | vendredi, 30 juin 2006

... qui critique Jonkind, non ?

Écrit par : Ponte Facto | vendredi, 30 juin 2006

Oui, je pense aussi à Zola.
Pour le peintre, on fait comment s'il est oublié ?!

Écrit par : lamkyre | vendredi, 30 juin 2006

http://www.cahiers-naturalistes.com/pages/Jongkind.html

Bravo Ponte Facto !

Écrit par : lamkyre | vendredi, 30 juin 2006

C'était vraiment trop facile. J'ai vu après que le texte complet était déjà en ligne.
http://www.cahiers-naturalistes.com/pages/Jongkind.html

Écrit par : Dominique | vendredi, 30 juin 2006

Oups, j'ai oublié un G...

Écrit par : Ponte Facto | vendredi, 30 juin 2006

Juste ! je viens de voir que google vous renvoie déjà le lien si vous entrez la première phrase de votre citation.

Je connaissais ce texte, ne me rappelais cependant plus bien le nom du peintre...

Écrit par : Ponte Facto | vendredi, 30 juin 2006

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