samedi, 10 juin 2006
La glace sans tain (2)
Découvrir
La fortune de ce mot est digne d'attention.
Surprise au lit, je découvre les jambes d'une femme endormie.
Fouillant le sol, je découvre une mine d'or.
Harvey, je découvre la circulation du sang.
Policier, je découvre une bande de faux-monnayeurs.
Astronome, je découvre la cause des marées.
Je me découvre un calcul du foie.
Je me découvre un talent de comédien.
Je me découvre un goût très vif pour le mensonge.
Marin se découvre voleur, mais Élise adultère.
Prisonnier, je découvre le moyen de quitter la prison.
Freud enfin, je découvre le complexe d'Œdipe.
Cette succession de découvertes peut donner à penser. L'on passe sans trop de peine ni de difficultés d'un penchant que j'aurais à mettre nue telle jambe de femme au fait de creuser la terre pour rencontrer de l'or.
Il faut un peu plus d'audace ou d'adresse pour atteindre dans leur atelier secret les fabricants de monnaies fausses. Plus encore pour affirmer dans mon foie la présence d'une pierre ainsi que la course du sang dans les profondeurs de mon corps. Plus encore s'il s'agit de l'étrange pouvoir de la lune, pouvoir occulte que je ne puis voir et toucher comme la jambe nue, la pierre ou le métal.
Ensuite, je risque de payer un peu trop cher ma témérité. Car le talent de comédien, le goût du mensonge, le vol de Marin, l'adultère d'Élise, le complexe d'Œdipe et le moyen de quitter ma prison, je ne suis pas sûr que je me défende réellement de les traiter comme je faisais de la femme, de l'or et des marées. Il ne faut nullement me forcer pour e faire consentir à l'existence d'une femme, d'un métal précieux, d'un phénomène astronomique. Ce consentement va de soi, au point qu'il cesse d'être et que l'existence de telle femme, de tel trésor, je la tiens pour réellement indépendante de mon existence propre. Ils sont, que je sois ou ne sois pas.
Paul Nougé
22:02 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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