mardi, 06 juin 2006

Le sentiment géographique (2)

À condition de se porter – c'est un rêve – lisant dormant, dormant lisant suffisamment à l'ouest (suffisamment est la méthode), d'auprès à du côté, d'auprès des mots à du côté du songe des mots, d'auprès du Forez à du côté du Forez songé, là (cet ici des pastorales, cette zone heureuse qui n'est jamais là), dès les premières illusions d'herbe que l'endormissement fait jaillir quand l'esprit bat la campagne, s'entendront (Monsieur d'Esguilly lisait grandeur nature et nous à quelle échelle ?), amplifiées de la cavité chantante des corps assoupis, les voix villages – quand bredouille le dormeur une foule s'extrait des ruelles –, les voix villages perdus réduites à leurs expressions les plus égarées – les noms de lieux, vidés par la nuit de leurs lieux, qui bêlent – citant quoi de Cervières ? de Chalmazel ? de Feurs ? de cette terre inconnue contre les monts ?

Michel Chaillou 

Commentaires

Je retombe chez vous par hasard, ayant cité Michel Chaillou chez moi. Juste un petit bonjour...

Écrit par : Didier Goux | jeudi, 31 juillet 2008

J'ai été voir, vous parlez surtout de Magris - une lecture vieille de vingt ans comme celle de Chaillou, pour moi. Mais il y a d'autres dimensions que géographiques dans ces deux livres aux thèmes fort éloignés (mis à part la rêverie sur un cours d'eau) : le passage du temps, la présence du passé et donc le sentiment de l'histoire, et puis la construction d'une littérature identifiée à un petit pays où l'on retrouve toujours les mêmes figures ou à une sorte d'empire fort divers selon que l'on aille vers la source ou l'estuaire. Chez Chaillou, cela se combine à un songe sur un genre qui abusait des songes, les bergeries et pastorales, comme la rêverie d'Eric Rohmer aussi sur l'Astrée qu'il a dû recréer ailleurs parce que le Lignon n'était plus ressemblant à son rêve. Urfé a enfanté une grande partie de la littérature romanesque ou lyrique française, mais le sentiment géographique n'est pas le même que chez Magris : la diversité et le mouvement ne se trouvent qu'en un lieu fort circonscrit, comme il se doit dans une esthétique baroque. Et c'est ce petit territoire parcouru par une rivière et ne faisant pas même un département qu'explore Chaillou ensuite, un tout petit territoire relié à une histoire mythologique des premiers Mérovingiens, alors que Magris brasse des foules de peuples, de cités, de langues, de religions et que sais-je encore. On ne peut imaginer deux livres aussi différents. Et l'idée du "sentiment géographique" est fort ambiguë.

Écrit par : Dominique | jeudi, 31 juillet 2008

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