mercredi, 31 mai 2006
Voix, de par le vert
Voix, de par le vert
du plan de l'eau écorché.
Quand plonge le martin-pêcheur,
la seconde vibre.
Ce qui est vers toi a levé
sur l'une et l'autre berge,
d'une foulée
se fauche en image différente.
*
Voix des orties en chemin :
Viens à nous sur les mains,
Qui est seul, et la lampe,
N'a pour lire que la main.
*
Voix, de nuit transsudés, cordes,
auxquelles toi-même la cloche tu
suspends.
Love-toi, monde :
la morte coquille au bout de sa nage,
sonnera ici le glas.
*
Voix, face auxquelles ton cœur
au cœur de ta mère se retire.
Voix du fût des gibets,
où vieux bois et bois vert leurs cernes
troquent, et troquent.
*
Voix, raclant, au poussier
qu'à la pelle aussi l'infini remue,
(cœur-)
glaireuse rigole.
Lance ici les navires, enfant,
que j'ai moi-même armés :
Comme à tribord la bouffée vire,
les bagues sont alignées.
*
Voix de Jacob :
Les larmes.
Les larmes à l'œil frère.
L'une, en suspens, bourgeonnait.
Là, nous logeons.
Respire, qu'elle-même
se délie.
*
Voix dans la profondeur de l'arche :
Les bouches
seules
sont cachées. Vous
qui coulez, entendez-
nous aussi.
*
Pas une
voix — un
murmure, tard, qui ne connaît pas les heures,
à tes pensées offert, ici, enfin
ici suscité : une
feuille comme fruit, aussi large que l'œil, en profondeur
écorchée ; cela
exsude ; cela
exsude, ne va pas
cicatriser.
Paul Celan
18:29 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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