mardi, 30 mai 2006
Silence dans les rangs !
Cette histoire se passe durant mon service militaire. Je ne voulais pas le faire, je n'ai pu y échapper et finalement c'est mon esprit qui a triomphé de mon corps.
Je me suis retrouvé dans une section où un aspirant fana-mili et futur engagé jouait les sadiques aux petits pieds quand il enfilait ses gants de cuir et nous refusait nos gants de mauvaise laine si nous ne marchions pas vraiment au pas. Il nous demandait aussi de scander un chant de guerre d'une rare intelligence : « Qui c'est les bons ? C'est la xième section ! Qui c'est les cons ? Ce sont les autres ! »
Je passe sur bien des épisodes cocasses parce que j'étais vraiment un très mauvais soldat. Au cours d'une nuit en stage commando dans la petite Sibérie souabe, je perds mes lunettes. Et sans mes lunettes, je ne vois plus à dix mètres. J'étais déjà nul comme défenseur de la patrie, me voilà invalide de guerre ! Je rentre donc triomphalement dans un camion qui ne peut dépasser les trente kilomètres à l'heure sous peine de couler une bielle ou de faire sauter le radiateur. On se croirait dans un film afghan sous-titré. Mais le pire allait venir : il faisait une température de moins 20° et j'avais pris froid.
Ce n'est pas venu d'un coup, mais peu à peu ma voix s'est cassée, des crises de toux m'ont pris, puis cela a été plus violent en deux ou trois jours. Je me trainais en pyjama, enfin ! le survêtement réglementaire bien sûr, et j'avais envie de me jeter la tête contre les murs quand je commençais à suffoquer : je n'avais plus eu de crises d'asthme depuis mon enfance et celles-ci étaient d'une telle force que j'étais complètement désorienté. Se coucher, être debout, se tenir contre quelque chose, cela n'a plus de sens alors. On est pris et on ne peut plus être. Aux rapports, on tentait de me cacher derrière les rangs impeccables de kaki, mais j'avais du mal à rester encore au garde-à-vous ou encore dans le rang parce que j'ai des bouffées soudaines.
J'étais un peu inquiet : allais-je pouvoir rentrer chez moi en permission ? C'est possible car l'administration militaire est obscure et mystérieuse. Le dimanche, je consulte un médecin ami de ma sœur qui me donne quelques médicaments après avoir entendu les quelques sons obscurs qui sortaient de ma gorge et qui me donnaient une allure de pythie. Je retourne à la caserne faire mon devoir républicain et puis je dois alors me retrouver parmi une masse invraisemblable de prétendus éclopés ou invalides qui sont là depuis deux mois parfois ! Quand mon tour arrive, l'aspirant me propose d'aller en hôpital militaire et je fais tout de suite non, non, non ! Pas question d'aller dans ce lieu pire que les prisons ou la caserne ! Je connais la réputation de ce genre d'endroits et ce qui s'y fait. Il ne peut me proposer que des aspirines. Je guérirai tout seul, mais pendant un mois je n'ai pu parler vraiment. Je savais déjà que je n'aimais pas du tout l'armée, mais je ne pensais pas que c'était aussi viscéral et que cela me renvoyait à de vieilles angoisses très profondes.
21:22 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
la réputation des hopitaux militaires est surfaite! on y est plutot bien soigné et l'attente y est moins longue qu'ailleurs. Je is ça pour les civils, maintenant je ne sais pas comment ça se passe pour les trouffions mais c'est étonnant qu'on les soigne moins bien que les autres?
Écrit par : higgins | mercredi, 31 mai 2006
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