jeudi, 18 mai 2006
Désambiguïsation des possessifs
réfléchi de troisième personne.
On connaît une hésitation pour les adjectifs possessifs lorsque le sujet et le pronom complément d'objet second d'un verbe le possesseur sont à la même troisième personne. Ainsi la phrase peut présenter une équivoque :
— Elle (Il) lui raconta son histoire.
— Martine (Paul) lui raconta son histoire.
Quelle histoire ? Celle du sujet ? Celle de lui (qui peut représenter un être masculin ou féminin) ? Une autre histoire d'un tiers, mais qui était réclamée par « lui » ? On ne sait.
Pour lever l'ambiguïté, la langue à recours à « l'adjectif propre » qui par son insistance peut être distinctif lorsque les deux personnes sont de sexe différent :
—Elle lui raconta sa propre histoire/ son histoire à elle.
— Il lui raconta sa propre histoire/ son histoire à lui.
On comprend alors que l'histoire est celle du sujet. La première formulation reste toutefois un peu équivoque. Mais comment faire pour indiquer qu'il s'agit de l'histoire du destinataire des propos ?
On est contraints d'inventer l'adjectif possessif composé. On part de la base s-(+on/a/es) considérée comme marque de la possession :
— Possesseur masculin singulier, objet possédé masculin singulier : sonnui. (On supposera une assimilation retrograde de la consonne par une anticipation due à la phonétique prospective et fictionnelle.)
— Possesseur masculin singulier, objet possédé féminin singulier : sonelle.
— Possesseur féminin singulier, objet possédé féminin singulier : saelle, qui deviendra par simplification selle selon la loi de Dumeszeig toujours dans le cadre de la phonétique fictionnelle.
— Possesseur féminin singulier, objet possédé masculin singulier : salui.
Arrêtons-nous un instant et examinons les exemples :
— Shéhérazade raconta au Sultan selle histoire. Cette histoire est celle que Shéhérazade connaît et peut seule raconter.
— Shéhérazade raconta au Sultan sonelle histoire. C'est l'histoire que l'époux réclame tous les soirs.
La langue devient nettement plus claire et limpide.
— Possesseur masculin singulier, objet possédé pluriel : sesseux. oujours l'assimilation encore de la consonne.
— Possesseur féminin singulier, objet possédé pluriel : sesselles, par analogie de forme la consonne est devenue sourde.
Cela ne me satisfait guère car on ne distingue pas encore assez entre les objets possédés pluriels féminins et masculins. Je propose donc de former un adjectif féminin pluriel qui se placerait à côté de « ses », désormais réservé au seul masculin : on utilisera évidemment le e caduc marque du féminin car le « a » atone en finale absolue doit s'amuïr : sesse. La consonne ne pouvait que rester sourde en cette position.
Il convient donc de surcomposer afin de marquer que l'objet est féminin pluriel ou masculin pluriel :
— sessesseux : objet possédé masculin pluriel ;
— sessesselles : objet possédé féminin pluriel.
Les combinaisons sont déjà plus riches et on peut les étendre aux autres personnes du possesseur singulier messeux, messelles, memesseux, memesselles, etc.
Reste le très grave problème des possesseurs multiples avec « leur(s) », terriblement ambigu. Mais je renvoie cet exercice à une autre communication, dans les prochains jours, afin de ne pas lasser
l'auditoire. On peut lire la proposition de Jean Fontaine ici.
15:15 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
Le bruxellois a emprunté aux langues germaniques leur génitif : « Albert son père » = « le père d'Albert ». Une formulation qui serait rapidement compréhensible aux Bruxellois (déjà un point de départ) serait donc :
- Shéhérazade raconta au Sultan elle son histoire.
- Shéhérazade raconta au Sultan lui son histoire.
mais j'imagine que si Vaugelas était encore vivant, il s'en retournerait dans sa tombe.
Écrit par : Pierre Hallet | vendredi, 19 mai 2006
PH : Le bruxellois a emprunté aux langues germaniques leur génitif : « Albert son père »
Est-ce vraiment dit sous cette forme-là en bruxellois, et non pas plutôt "à Albert son père" ? Je pose naïvement la question car, ici au sud du Rhin, j'ai souvent constaté que les germanophones évitaient soigneusement d'utiliser le génitif dans la conversation orale - d'autant plus en dialecte -pour le remplacer par cette forme dative "dem Bertie sin Vater" : "à l'Albert son père".
Mais du coup, la phrase "Shéhérazade raconta au Sultan son histoire" ne signifierait plus que "Shéhérazade raconta l'histoire du Sultan" et on ne saurait pas à qui.
On pourrait alors écrire la deuxième proposition comme ceci : "Shéhérazade raconta au Sultan au Sultan son histoire", ce qui allège tout de suite un texte autrement plutôt rébarbatif.
Écrit par : Ponte Facto | samedi, 20 mai 2006
L'exemple de Shéhérazade est particulièrement instructif. Au cours des « Mille et une nuits », elle raconte l'histoire d'un calife qui, déçu de l'infidélité des femmes, fait tuer au matin celle avec qui il a passé la nuit.
Mais il y en a une qui parvient à échapper à la mort en lui racontant de belles histoires...
Écrit par : Stéphane De Becker | samedi, 20 mai 2006
Écrire un commentaire