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dimanche, 07 mai 2006

Roux-Combaluzier

Le mot ascenseur dans son sens actuel est relativement récent : 1867. Dans les années soixante du siècle suivant, des sociologues ont construit l'expression ascenseur social pour indiquer le fait que les enfants bénéficiaient d'une promotion dans les études, le travail, la richesse matérielle par rapport à leurs parents. L'emploi de cet objet comme comparant dans une figure montre que l'ascenseur avait pris une part importante dans l'architecture urbaine et c'est analogique d'autres expressions contemporaines comme renvoyer l'ascenseur (1913). L'expression est souvent un topos des discours politiques, l'utilisation permanente de ce terme a d'ailleurs valu à Azouz Begag le surnom d'Otis en banlieue lyonnaise.

À partir des années octante, il est devenu de plus en plus courant de filer la métaphore dans un sens négatif : l'ascenseur social est en panne, est bloqué, descend... Ou de procéder à des comparaisons : quand l'ascenseur social est en panne, les ascenseurs d'HLM ne marchent pas non plus, prenez l'escalier social plutôt que l'ascenseur social. Il y a un paradoxe pour le mot ascenseur puisque dans son sens propre il signifie monter ou descendre : « Prendre l'ascenseur pour descendre, quoique illogique (un ascenseur, par déf., servant à monter), est entré dans l'usage » (Thomas, 1956). En revanche, dans son emploi figuré, il ne signifie plus que « monter ».

Une étude de la fondation Jean-Jaurès le mois dernier a mis en avant une autre expression : le descenseur social. Ce terme a été un peu repris dans la presse – Nouvel Observateur, le Monde –, par l'homme à la moto. Il signifie alors non plus l'arrêt de toute progression, mais le fait que les enfants avec un niveau d'étude supérieur à leurs parents obtiennent des conditions de travail, de vie et de sécurité bien moindres. Le terme descenseur au sens propre existe bel et bien depuis 1876, mais il est rare et technique : personne dans la vie courante ne dit qu'il prend le descenseur pour aller au trente-sixième dessous. Il y a donc un hiatus entre les sens premiers et seconds, chacun ayant sa vie propre et une logique différente.

Commentaires

"Renvoyer l'ascenseur" au figuré en 1913 : quelle source ou quelle référence, s.v.p.?

Ecrit par : Pierre Enckell | dimanche, 07 mai 2006

Je viens de trouver un ascenseur-descenseur dans le Grand Robert !

1 Appareil qui sert à monter (et, en général, à descendre) des personnes aux différents étages d'un immeuble. (On dit parfois, pour préciser, ascenseur-descenseur).

Je ne l'avais encore jamais entendu !

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

Bang bang !
=> Le monte-en-l’air risque de se faire descendre !

http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe?mot=MONTE+EN+L%27air

Ecrit par : MiniPhasme | dimanche, 07 mai 2006

C'est le DHLF qui mentionne 1913 :
(att. 1913 [D.D.L.] puis 1958)

Que signifie D.D.L. ? Je n'ai pas trouvé de liste des abréviations.

Ecrit par : lamkyre | dimanche, 07 mai 2006

@P. E. : j'ai ouvert le DHLF qui donne cette première attestation (DDL), mais qui indique que l'expression est revenue en 1958, époque où cela doit devenir courant. La dernière date semble plus normale puisque les ascenseurs étaient rares dans les immeubles d'habitation, de commerce ou de bureaux avant.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 07 mai 2006

DDL : Datations et Documents Lexicographiques, que publie Bernard Quemada.

C'est tout ce que j'ai trouvé pour le moment.

(DHLF en deux volumes, page XX.)

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

Merci Sylvie. J'ai fini par trouver aussi : une note en bas de la page XIV de mon édition en trois volumes.
C'est dommage de devoir farfouiller comme ça alors qu'une petite liste nous faciliterait bien la vie.

Ecrit par : lamkyre | dimanche, 07 mai 2006

Lamkyre : « C'est dommage de devoir farfouiller comme ça alors qu'une petite liste nous faciliterait bien la vie. »

C'est une des raisons pour lesquelles je garde mon ancien Grand Bob électro. La partie
« Bibliographie » n'existe pas sur le nouveau.

Ecrit par : Stéphane De Becker | dimanche, 07 mai 2006

La date était simplement 1958 dans la première édition du DHLF (1992).

Quant au contenu des 48 volumes des DDL, source d'Alain Rey, il est disponible sur la base BHVF : www.atilf.fr/bhvf

On y trouve effectivement une citation de 1913 : "Celui qui ne renvoie pas l'ascenseur (égoïste)", provenant du volume 46 de ces Documents.

Ce qui est un peu gênant, c'est que cette citation avait été fournie aux DDL par moi-même, il y a une douzaine d'années.
Il va falloir que je prenne rendez-vous avez le docteur Zatopek... non, Manchester... comment s'appelle-t-il donc ?

Ecrit par : Pierre Enckell | dimanche, 07 mai 2006

Lamkyre, j'ai trouvé autre chose à la page 557, dans un encadré intitulé « Datation et attestation » :

« Ces travaux épars dans diverses revues sont regroupés à partir de 1959 dans une publication savante que dirige B. Quémada, les /Matériaux pour l'histoire du vocabulaire français/, qui porte comme sous-titre : /Datations et documents lexicographiques/ (/D.D.L.)/ et bénéficiera par la suite des contributions de nombreux amateurs et de quelques spécialistes. »

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

@ Sylvie : Je viens de trouver un ascenseur-descenseur dans le Grand Robert !

Vous n'êtes pas au bout de vos surprises si vous regardez dans les textes sur l'informatique. On traduit la scrollbar par ascenseur et en général cela sert à faire défiler le texte ou la page vers le bas (plus rarement à remonter sauf si on a un texte de Jean-Claude). Mais il existe aussi l'horizontal scrollbar (cela sert lorsque le texte fait plus de 72 signes) qui a été parfois traduite par ascenseur horizontal ! Barre de défilement ou défileuse auraient suffi.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 07 mai 2006

Jean-Claude prend l'ascenseur pour descendre, les autres le prennent pour remonter.

L'ascenseur horizontal s'appelle un travelling, non ?

Bon, je vais faire des recherches.

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

Glups ! Le travelling est un mouvement avant ou arrière dû au déplacement d'une caméra fixe sur un appareil circulant sur rails (mais un landeau, une voiture, un chariot peuvent convenir). Vous confondez avec le balayage ou le panoramique qui sont horizontaux (la direction de l'appareil pivote, sa base est fixe dans le cas du balayage et l'objectif change de direction, elle est mobile dans le cas du pano et l'objectif reste fixe). Il y a des balayages ou pano qui associent plusieurs mouvements (en travelling, horizontaux, verticaux, obliques), mais ce serait se lancer dans un long cours pour expliquer les mouvements de grue, voire les associations avec des changements de focales.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 07 mai 2006

Un landau, Dominique, un landau.

Je n'avais jamais entendu parler de l'horizontal scrollbar, je ne parle pas étranger, mais ce que vous définissez me fait quand même penser au travelling, au déplacement sur rail, comme vous le dites.

Je ne pense pas confondre, pourtant.

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

On peut faire un travelling latéral (le chariot se déplace en avant ou en arrière et la caméra regarde vers un côté), mais cela reste plus rare que les travellings traditionnels. Et puis il est possible de déplacer la direction de l'objectif de la caméra sans aucun travelling.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 07 mai 2006

On peut tout à fait avoir des travellings verticaux. Un travelling c'est une caméra qui bouge le long d'une droite sans que l'angle formé par l'axe de la caméra par rapport à la droite ne change.

Il y a des panoramiques verticaux dans le Métropolis de Fritz Lang, base fixe et appareil pivotant. Il y un trés long travelling vertical pendant le générique de Last action hero de Mac Tiernan, appareil fixe et base se déplaçant le long d'une ligne verticale.

Toute la difficulté de la définition du plan vient du fait qu'un plan est caractérisé par son cadre (plan large, plan américain, etc), le mouvement de la caméra (travelling, pano, etc), sa durée (plan séquence, ) et autres techniques (split screen, le zoom avant/travelling arrière cher à Hitchcock dans Vertigo, etc), et j'en passe.

La technique cinématographique évolue trés rapidemment, l'utilisation d'immenses machineries, grue, Dolly, hélicoptère, de raccord numérique, font que les formats de plans explosent (aussi bien pour le cadre que pour la durée ou le mouvement) et qu'il devient trés difficile de nommer ces plans.

Ecrit par : LOBO | dimanche, 07 mai 2006

Un travelling ne peut pas être horizontal, Dominique ? De gauche à droite ou de droite à gauche ?

Quand je déplace le curseur pour lire un looooong lien, j'ai l'impression de faire un travelling à droite.

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

Un travelling pet tout à fait être horizontal, si l'axe de la caméra est fixe et ne fait pas un angle zéro avec son déplacement.

Ecrit par : LOBO | dimanche, 07 mai 2006

Dominique : « mais ce serait se lancer dans un long cours pour expliquer les mouvements de
grue »

Ce blogue va bientôt se faire classer X ;
Nous chanterons pour lui un beau /De profundis/.

Ecrit par : Stéphane De Becker | dimanche, 07 mai 2006

Mais c'est un pléonasme, vous avez soit un travelling, soit un travelling avant, soit un travelling arrière, soit un travelling vertical.

Ecrit par : LOBO | dimanche, 07 mai 2006

Je ne dirais pas horizontal, mais latéral dans ce cas (le travelling avant ou arrière est en général horizontal, à part les exceptions que vous citez et puis quelques cas ambigus ou dus au décor naturel). La caméra est fixée de manière à regarder sur le côté pour le travelling latéral, cela se trouve dans quelques westerns notamment. Néanmoins la comparaison avec le cinéma (travelling = barre de défilement) me paraît faussée depuis le départ, ce n'est pas le même espace et avec les mêmes options : le travelling complète bien le plan, les mouvements d'appareil, changements de focale alors que la barre de défilement est un déplacement sans aucune autre contrepartie (sauf la loupe ou le changement de page en PDF, les liens en HTML).

Ecrit par : Dominique | dimanche, 07 mai 2006

Je ne dis plus rien, je regarde.

Ecrit par : Sylvie | dimanche, 07 mai 2006

Travelling latéral bien sûr... Je m'y perds parfois, je passe mes journées de travail à disséquer des plans. Disons que lorsque qu'on parle de travelling, il s'agit de travellings latéraux, par défaut en quelque sorte. Je retire donc ma remarque sur le pléonasme.
C'est effectivement une des signatures du western avec le plan américain. Il y en a un trés bel exemple tiré d'un western dont j'ai oublié le titre, dont vous pouvez voir un extrait dans Un voyage à travers le cinéma américain de Martin Scorsese.

Ecrit par : LOBO | dimanche, 07 mai 2006

Un petit lien de vocabulaire qui m'a bien servi :
http://www.duke.edu/~dfbell/fr164voc.htm

Ecrit par : Greta | dimanche, 07 mai 2006

@Lobo : Disons que lorsque qu'on parle de travelling, il s'agit de travellings latéraux, par défaut en quelque sorte. Je retire donc ma remarque sur le pléonasme.

Il n'empêche que c'est rare comme procédé tout au long d'une séquence puisqu'il a un effet dramatique immédiat du type Lanciers du Bengale ou Chevauchée fantastique, en général les metteurs en scène alternent les plans de coupe quand ils l'utilisent. En France, je ne vois que Godard et son émule Carax (les deux font en plus des travellings en descente !) pour l'avoir vraiment exploité sans passer à un autre champ : cela ne doit pas être une figure commode parce qu'il est difficile de se raccrocher à quelque chose après tellement elle est dramatique et laisse peu de place à ce qui suit.

Ecrit par : Dominique | dimanche, 07 mai 2006

Les premiers travellings de l'histoire du cinéma sont des travellings latéraux. Ils ont été réalisés par les frères Lumière à Venise. Ils s'agit de Grand canal avec barques, Panorama du grand canal pris d'un bateau et Panorama de la Place Saint-Marc pris d'un bateau. L'idée en reviendrait à Alexandre Promio : "C'est en Italie que j'eus pour la première fois l'idée des vues panoramiques. Arrivé à Venise et me rendant en bateau de la gare à mon hôtel, sur le Grand Canal, je regardais les rives fuir devant l'esquif et je pensais alors que si le cinéma immobile permet de reproduire des objets mobiles, on pourrait peut-être retourner la proposition et essayer de reproduire à l'aide du cinéma mobile des objets immobiles." Ce travelling qu'Alexandre Promio appelle une vue panoramique et qui n'est pas un pano (où la caméra reste fixe) date de 1896.

Ecrit par : LOBO | vendredi, 12 mai 2006

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