samedi, 29 avril 2006
À Rimbaud (suite)
il n'est jour que je, tel autre, ne pense à toi, ne te cite, ne te clame.. Ainsi j'ai entendu chanter un ténor tes proses à Londres où tu flânas¹, vu un mauvais film dont la fin s'admire², toi disparaissant sur ta litière dans les sables et les airs, à l'infini des déserts et des œuvres manquées, été sur ta tombe farcesque en compagnie d'un sérieux professeur anglo-saxon, mais le meilleur fut ceci : à boire trois bouteilles de bordeaux dans une brasserie sélect parisienne en compagnie du poète marocain Khaïr-Eddine, lequel se mit à dire bellement « Oraison du Soir » à l'effarement des serveurs en tablier et des notoriétés éphémères, puis me quitta dans un baiser arabe en assurant que le temps des assassins allait à son apogée :
Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier...
... sous l'air gonflé d'impalpables voilures
adieu Rimbe, tu n'es mort qu'en tes chairs, mais ton malheur continue de crier la beauté des soleils vides, du pubis noir des femmes et des saisons sur lesquelles s'affaissent les dits poètes, les imbéciles par honneur.
Jude Stéfan.
¹ Il s'agit de Peter Pears qui a chanté les compositions de son amant Benjamin Britten sur les Illuminations qu'Auden avait fait connaître à ce dernier. Il en existe plusieurs enregistrements.
² C'est le film de Richard Dindo, long et inégal.
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