mercredi, 05 avril 2006
L'origine du guillemet
Maître Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet est né dans une modeste ferme vosgienne aux alentours de l'an 1470, certains disent près de la colline de Sion qui aurait été encore plus inspirée alors. Son enfance fut bercée par le récit oral des prouesses de la Pucelle car c'était de l'actualité la plus récente, la lecture de la Geste des Lorrains, la garde des oies, des moutons ou des vaches lorsqu'il fut plus grand, et il s'imaginait comme Jehanne recevant une visite divine, mais il ne voyait pas venir d'anges, Dieu n'était pas avec lui (il se trompait lourdement comme on le verra ensuite). Lorsqu'il eut quatorze ans bien sonnés, son père le convoqua dans la grande salle commune en présence des dix-huit autres enfants et lui dit :
— Fils, je ne peux plus te garder. Il faut maintenant que tu apprennes un vrai métier, je t'ai trouvé un maître d'apprentissage et j'ai signé pour toi un Contrat Première Escroquerie. Notre seigneur, notre bon maître messire Galouzeau, daigne t'accorder le droit de quitter ses terres car il n'a que faire des bouches inutiles. Tu apprendras l'imprimerie, c'est une nouvelle technologie et je suis certain qu'elle changera beaucoup de choses. En tout cas, ceux qui seront les premiers sur ce secteur de marché et cette industrie de pointe se feront des couilles en or, et qui sait tu pourras créer une start-up ou être coté en bourse.
Le petit Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet partit donc à Strasbourg où il apprit surtout des gros mots en allemand, quelques vagues réminiscences de l'art de Gutenberg par quelqu'un qui avait autrefois balayé son atelier, la bonne manière de verser la bière dans un bock et puis à séduire les filles à coiffes.
Et c'est là que le drame apparaît ! On ne sait pourquoi, mais Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet s'enfuit de Strasbourg, tel Goethe trois siècles plus tard, et si l'amour strasbourgeois de Goethe nous a donné Werther, l'amour de Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet a eu des influences encore plus considérables sur la littérature. Quelle était l'inconnue alsacienne aimée par Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet ? Personne ne connaît son nom, mais toujours sait-on qu'elle portait une grosse coiffe et que cette forme va hanter le petit Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet.
On le retrouve à Lyon, puis à Paris en train de frapper à la porte de Dolet, de Lefèvre d'Étaples. Il s'est improvisé graveur et il glisse de temps à autre des figures de femmes à coiffe alsacienne dans les colophons ou les bandeaux. On lui dit que c'est assez car c'est mal venu dans un texte latin ou grec. Il se reconvertit donc dans la fonte des caractères, mais l'image de la coiffe le poursuit encore et il invente alors un signe rappelant la forme de la coiffe tant chérie. Il réussit à le placer dans un essai sur un poète alexandrin, en profitant lâchement du sommeil alcoolisé de l'imprimeur. Comme son signe n'était pas vraiment dans le texte et comme il fallait le placer par paires, il se dit que le mieux serait de le placer pour les citations. Et voilà comment la forme, l'usage et la valeur sont nés. Il fallut ensuite cent cinquante ans pour que le génie de Guillaume Gros-Guillaume dit Guillot, Guillet, Guilleret, Guilletot ou Guillemet soit reconnu lorsqu'on donna son nom aux guillemets en 1677. Il demeure une grande énigme : est-ce qu'un rival amoureux allemand n'aurait pas sciemment inversé la forme des bouts de nœuds de la coiffe dans les guillemets allemands ? La question mérite d'être posée.
19:18 Publié dans Vies imaginaires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
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(Chapeau ! en langage moderne)
Écrit par : Stéphane De Becker | mercredi, 05 avril 2006
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