mardi, 04 avril 2006

Dominique de Villepin (2)

Pour l'incendiaire du Quai d'Orsay, la poésie a ceci d'original qu'elle est différente. Et cette différence tient d'abord à son caractère « rebelle ». Autre originalité. L'idée revient sans cesse et sous divers vocables, subversion, insoumission, sédition, révolte, sécession : « La révolte devient poésie », « Rage ! Rage du verbe qui s'élance... », « Le poème recueille les forces vivantes, braise indocile et violente ». Il y a pour la poésie une « règle d'insoumission » qui ne va pas sans graves périls, elle fait naître « l'épouvante des gouffres ». Jean-Michel Espitallier, en parodiant Victor Hugo, « court des risques mortels » (fort heureusement, Jean-Michel Espitallier semble pour le moment en bonne santé). Selon des sources bien informées, cette violence a provoqué des tensions au sein même du gouvernement. L'affirmation de Villepin selon laquelle la poésie est « inséparable de toute révolution » a suscité l'émoi de plusieurs ministres. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a d'ailleurs publiquement promis l'«impunité zéro » pour les voleurs de feu, et l'arrestation de la plupart d'entre eux. Le ministre des Affaires étrangères a dû expliquer que la rébellion dont il parle est purement verbale. Il ne s'agit que d'emporter « tous les hommes dans une danse tourbillonnante », de « faire rouler la clé des chants ». Le gouvernement de M. Raffarin a été rassuré par ces précisions.

Mais le plus original, dans l'analyse de Villepin, tient sans doute à cette découverte : la poésie est une folie. Pas une folie édulcorée (au sens de : « Vous avez fait des folies, il ne fallait pas », « Perrier, c'est fou » ou « Je suis fou du chocolat Lanvin »), mais une folie vraie : ce ne sont qu'« alchimies les plus folles », « folle ambition», «espoir fou », bref, le poète « est le cavalier immense dont la folie donne le souffle et l'ardeur ». Ainsi, refusant l'inflation verbale du langage ordinaire et les hyperboles creuses de la publicité, Villepin s'efforce de montrer que la poésie restitue aux mots leur sens et leur poids.

Le Jourde-Naulleau, Précis de littérature du XXIe siècle

Commentaires

Moi aussi ! moi aussi, je veux être l'enfant-poème, le rebelle fou aux cheveux révolutionnaires (ou l'inverse, je sais plus).

Attendez, je prends une posture de Ric Hochet pour déclamer, un vent de drame dans les cheveux...

Éclipse d'oiseau crépuscule (c'est le titre)

Hybride,
Sémaphore des eaux !
Que la grandeur chimérique,
Rendit intrépide,
Reconnais en ton abside,
L'infinie torpeur des oiseaux.

...
Bon, j'arrête, assez de folie révolutionnaire pour ce matin.

Ecrit par : Ponte Facto | mardi, 04 avril 2006

« Perrier, c’est fou »

=> La folie semblait avoir atteint son paroxysme avec Ajax*,
un produit capable de provoquer la dissolution de l’assemblée !


*MYTH. GR. Personnage de l'Iliade, fils de Télamon, roi de Salamine. Il devint fou pour n'avoir pas obtenu les armes d'Achille, qu'Ulysse reçut après la mort du héros.

Ecrit par : MiniPhasme | mardi, 04 avril 2006

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