jeudi, 30 mars 2006
Lune de miel
Ils ont vu les Pays-Bas, ils rentrent à Terre-Haute ;
Mais une nuit d'été, les voici à Ravenne.
À l'aise entre deux draps, chez deux centaines de punaises,
La sueur estivale, et une forte odeur de chienne,
Ils restent sur le dos écartant les genoux
De quatre jambes molles toutes gonflées de morsures.
On relève le drap pour mieux égratigner.
Moins d'une lieue d'ici est Saint Apollinaire
En Classe, basilique connue des amateurs
De chapiteaux d'acanthe que tournoie le vent.
Ils vont prendre le train à huit heures
Prolonger leurs misères de Padoue à Milan
Où se trouve la Cène, et un restaurant pas cher.
Lui pense aux pourboires, et rédige son bilan.
Ils auront vu la Suisse et traversé la France
Et Saint Apollinaire, raide et ascétique,
Vieille usine désaffectée de Dieu, tient encore
Dans ses pierres écroulantes la forme précise de Byzance.
T. S. Eliot, en français dans le texte original
18:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note



Commentaires
Trèfle de poésie, on veut le dessin !
Écrit par : Sylvie | jeudi, 30 mars 2006
Si la citation est bien exacte, j'imagine que le texte original (soit le manuscrit d'Eliot, soit le texte français dont il s'est inspiré) doit être :
... Saint Apollinaire
En Classe, basilique CONNUE des amateurs
C'est une hypothèse. Il doit exister des éditions critiques ou annotées de TSE.
Écrit par : Pierre Enckell | jeudi, 30 mars 2006
Je corrige.
Écrit par : Dominique | jeudi, 30 mars 2006
Ce poème me rappelle un film avec Bourvil et Michèle Morgan. Mais les voyags de noces, c'est un peu comme le père Noël : ça dépend de ce qu'on y met.
Écrit par : Martine Layani | vendredi, 31 mars 2006
... et l'"e" du voyage est resté dans le train.
Écrit par : Martine Layani | vendredi, 31 mars 2006
Martine, je croyais que c'était un gag. Si ce n'est pas le cas, vous nous devez un gage.
Écrit par : Stéphane De Becker | vendredi, 31 mars 2006
Bah, vous fatiguez pas, Stéphane, y doivent être tous dans la rue...
Écrit par : Ponte Facto | vendredi, 31 mars 2006
Stéphane, ce n'est pas un gag ! Ce poème créé une ambiance qui me fait vraiment penser au Miroir à deux faces (1958). Par exemple : "Lui pense aux pourboires, et rédige son bilan". Il est bien évident que c'est entièrement subjectif et que ça n'engage que moi.
Je ne vais pas raconter le film, mais c'est pendant son voyage de noces que la femme du couple - constitué par petites annonces - se rend compte de la réelle personnalité de son mari : trop tard !
Écrit par : Martine Layani | vendredi, 31 mars 2006
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