dimanche, 05 mars 2006

Familiarités

J'avais évoqué autrefois dans fllf la constatation d'un linguiste à propos de la désignation des pères et des mères : de plus en plus d'adultes ont tendance à parler des papas et des mamans lorsqu'ils s'adressent à des adultes. C'est un phénomène essentiellement oral, il n'affecte pas les couches populaires, mais d'abord des milieux aisés, cultivés, urbains. J'avais cité alors deux exemples de ministres qui avaient utilisé ces termes, l'un dans une tribune de presse, l'autre au cours d'un entretien à la radio.

Pourquoi est-ce que j'en parle ? Parce qu'aujourd'hui 5 mars, c'est la fête des grands-mères, je m'en suis aperçu chez mon buraliste à cause d'une affichette vantant la fête des mamies. Glups... Je passe sur le côté commercial de l'opération qui fait le bonheur des marchands de cartes, de chocolat, de foulards, de fleurs (mieux vaut encore le tableau de fèves, le collier de nouilles, le pied de lampe en coquillages et l'abat-jour en boîtes de fromage). Je passe aussi sur les origines pétainistes de la fête des mères.

Est-ce que la fête des mamies est si répandue ? Non, si l'on en croit Google, mais cela peut être plus présent dans les discours oraux.

— Fête des grands-mères : 921 000 ; fête des mamies : 9 820 ; des mamys : 15 ; des mammies : 4. Mais il y a des occurrences croisées. Le premier lien pour grand-mère renvoie à mamie en titre. 

— Fête des mères : 1 480 000 ; fête des mamans : 31 800.

— Fête des pères : 952 000 ; fête des papas : 14 400.

— Fête des grands-pères : 159 ; fête des papys : 20 ; des papies : 1.   

Mis à part le cas des grands-pères fort peu fêtés, les occurrences familières concernent moins de 2 % de l'échantillon. Toutefois, je ne crois pas que le phénomène soit marginal, le texte de ce buraliste ne se trouve pas dans Google. J'avais fait un petit relevé plus complet il y a deux ans. J'ai vu aussi fête des grands-mères et des mamies. Pourquoi ? Parce que cela traduit aussi une réalité sociale dans le cas des familles recomposées, la mamie n'est pas la grand-mère biologique ; cela peut correspondre aussi aux situations de gardes d'enfant ou d'adoption, la mamie n'étant pas la mère mais remplissant son rôle. Dans le cas des pères et des mères, on a bien affaire à un comportement petit-bourgeois, mais dans celui des grands-pères et des grands-mères, il y a une foule de situations familiales parfois complexes. En tout cas, je crois que l'observation de l'emploi des termes familiers ou de la naissance de nouveaux termes familiers (parfois issus de l'anglais, de l'allemand et d'autres langues ou parlers régionaux) par la formation de liens familiaux nouveaux est fort révélatrice à la fois des changements sociaux et des changements de mentalité. 

Commentaires

J'en connais un qui ne serait pas contre une fête des blogmestres. Personne n'a eu l'idée jusqu'à présent.

Écrit par : Stéphane De Becker | dimanche, 05 mars 2006

Il y a une fête des blogues, c'est le 31 août car les chiffres 31 08 imitent la forme des lettres du mot blog. J'ai eu les honneurs du Blogday par Fuligineuse, c'était un mois après le lancement de cette version. On fait alors une chaîne d'articles.

Écrit par : Dominique | dimanche, 05 mars 2006

À «mémé», et surtout à «mammie», je préfère le mot «bonne-maman» pour désigner la grand-mère. Il me semble que ce mot est plus usité en Belgique qu'ailleurs dans la francophonie. Hélas, quand je gougle:

'fête des bonnes-mamans': 0 (zéro) occurrence.

Écrit par : Torsade de Pointes | lundi, 06 mars 2006

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