mardi, 31 janvier 2006
Bach en automne
J'ai connu jadis les jours de marches, les ormes vers le soir énumérés
De borne à borne sous le soleil chromatique,
L'auberge à la nuit où fument quenelles de foie et cochon frais.
Jadis à libres journées j'ai marché jusqu'à Hambourg écouter le vieux maître
Haendel en chaise de poste s'en est allé
Distraire le roi de Hanovre ; Scarlatti vagabonde dans les rues d'Espagne
Ils sont heureux.
Mais à quoi serviraient les pédales des orgues, sinon
À signifier la route indispensable ?
Sur ce chemin de bois, usé comme un cavalier, chaque jour que ce fût
Sous les trompettes de Pâques ou les hautbois jumeaux de Noël
Sous l'arc-en-ciel des voix d'ange et d'âmes
De borne à borne répétant mon terrestre voyage, j'ai arpenté
La progression fondamentale de la basse.
Au-dessus de la route horizontale par où les négociants partent non sans péril
Marchander aux échoppes de Cracovie
Les perruques, les parfums, les peaux apportées des éventaires de Novgorod,
Seule l'alouette s'élance dans la verticale divine.
Avant qu'à la suite de son Soleil
Hors de la tombe, de l'ordre, l'âme éployée ne parvienne à jaillir.
La terre apprise avec effort est nécessaire.
Jean-Paul de Dadelsen
19:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
Fichtre, je découvre bien des gens en ce lieu. Je pose alors la question habituelle : peut-on obtenir des détails ?
Écrit par : Jacques Layani | mardi, 31 janvier 2006
Pour celui-là, Jacques, demandez tout ce que vous voulez ! Je n'accroche pas trop.
Écrit par : lamkyre | mardi, 31 janvier 2006
Dadelsen était alsacien, il n'a écrit qu'un seul recueil d'ailleurs, Jonas, encore non entièrement composé lorsqu'il est mort en 1957. Certains textes étaient encore à l'état d'ébauches. Les poèmes de Bach en automne ont cependant paru dans la NRF en 1955 à l'instigation de Camus.
Écrit par : Dominique | mardi, 31 janvier 2006
Je demande à voir la suite. J'ai bien aimé :
« Sur ce chemin de bois, usé comme un
cavalier ».
Écrit par : Stéphane De Becker | mardi, 31 janvier 2006
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