samedi, 31 décembre 2005

Le jardinier

J'ai rencontré une enseigne « Jean-Paul le jardinier ». Je me suis interrogé alors. Je connais Michel le jardinier anciennement sur France-Inter (avant Michel Lis, mais il avait fait tomber son nom de famille), Nicolas le jardinier, Hubert le jardinier (sur France-Bleu) et Alain Barraton le jardinier. C'est formidable à la radio ! Dès que l'on a un spécialiste des plantes et du gazon, c'est le jardinier. Vous pouvez être astrophysicien, on ne vous présentera pas comme Hubert Reeves l'astrophysicien. Vous pouvez être lexicographe comme Alain Rey, vous ne serez jamais Alain le lexicographe. Vous pouvez être cuisinier comme Loiseau, vous ne serez jamais Bernard le cuisinier. Faites l'essai avec tous les spécialistes que vous entendez sur les ondes : aucun ne sera le chimiste, le théologien, le curé, l'imam, le rabbin, le pédiatre, le podologue, le proctologue, le critique musical ou chorégraphique, l'assistante sociale, le sondologue, l'expert militaire, le en-direct-de-la-bourse, l'économiste distingué, le politologue renommé, mais il y aura toujours le jardinier. Il n'y a qu'un seul jardinier authentique par station et par journal. De même, on ne va pas chez Marcel le boulanger, Edmond le boucher, Gustave le poissonnier.

Je me suis dit d'abord en voyant cette enseigne que l'on avait affaire à l'article de notoriété. Mais bon... ce jardinier était simplement un grainetier qui se donnait des lettres de noblesse. Comment ? Ben... d'abord par l'article, puis par l'emploi du prénom seul. Ce prénom n'a rien à voir avec le côté stupide, grossier et populacier des coiffeurs (Chez Jennyf'hair's), il est en premier sans aucun jeu de mots et la raison sociale s'affiche comme une évidence, on joue la notoriété avant qu'elle soit évidente pour tous, mais l'association des mots doit frapper et venir automatiquement : Jean-Paul ? le jardinier. Un nom n'est pas connu ? Mais on peut le faire connaître par une marque humble et simple que chacun retiendra : le jardinier. C'est très présomptueux si l'on n'a pas les compétences, mais c'est tout bénéfice si l'on est capable d'assumer ce rôle du jardinier providentiel. Et finalement c'est très malin car cette plante du jardinier pousse lentement et a le temps de s'adapter. On dira le jardinier, et on ne pensera même plus au nom, ce qui sera la consécration. 

Commentaires

Et l'article dans « Astérix le Gaulois » (alors qu'il y a des tonnes d'autres Gaulois), ça provoque chez vous la même poussée d'adrénaline ?

Écrit par : Pierre Hallet | samedi, 31 décembre 2005

Mais où voyez-vous de l'adrénaline alors que j'apprécie fort les chroniques desdits jardiniers et que j'aime à les citer ? Vous projetez vos fantasmes, une fois de plus.

Écrit par : Dominique | samedi, 31 décembre 2005

C'est vrai ! c'est formidable à la radio !
Mais je n'ai pas entendu "Alain Barraton le jardinier". seulement "Alain Barraton, jardinier (ou le jardinier) de Versailles". Je suppose que le prénom seul accolé à la fonction donne une certaine familiarité, en plus de la notoriété. Comme si la radio était une petite famille, une petite maison, et là, dans notre petit nid douillet auditif, on aurait notre "jardinier", il s'appelle Michel, c'est Michel, le jardinier de la maison. Alors bien sûr qu'on n'a pas besoin d'un astrophysicien, dans une maison, hein ! non, seulement d'un jardinier, c'est plus proche, c'est le jardinier de "proximité" !!!
S'il y avait une émission sur la coiffure, ça ne m'étonnerait pas qu'on parle de "Sylvie la coiffeuse"... bizarrement Coffe n'est pas "Jean-Pierre le cuisinier", bien que la cuisine soit une activité de tous les jours dans "la maison de radio France". Mais justement, Coffe voudrait être UN GRAND cuisinier, pas juste celui de la maison.
Enfin, c'est comme ça que je vois les choses hein.

Écrit par : Papotine | samedi, 31 décembre 2005

Papotine : Mais je n'ai pas entendu "Alain Barraton le jardinier". seulement "Alain Barraton, jardinier (ou le jardinier) de Versailles".

Il suffira d'écouter : le jardinier, notre jardinier.

Papotine : Je suppose que le prénom seul accolé à la fonction donne une certaine familiarité, en plus de la notoriété.

Mais un noble n'a pas non plus besoin de nom de famille et il peut se contenter de son prénom, avec des numéraux, des surnoms ou des noms de domaines qu'il peut abandonner ! Je vois « le jardinier » comme un surnom de type nobiliaire, mais un surnom qui se construit de manière progressive par légers glissements du jardinier de Versailles (ce n'est pas le seul, même s'il est le chef) à notre jardinier. Et le nom de famille finira par tomber, je pense, ou le prénom, car on voudra s'exprimer plus simplement face à Barraton le jardinier qui ne se place pas plus haut que La Quintinie ou Le Nôtre. C'est un processus complexe que la construction d'un nom, chacun y a part et tout peut partir dans tous les sens, mais on peut observer la transformation.

Papotine : qu'on n'a pas besoin d'un astrophysicien, dans une maison, hein ! non, seulement d'un jardinier, c'est plus proche, c'est le jardinier de "proximité" !!!

Oui. Il serait absurde de citer Bidule le neuropsychiatre de notre antenne, Truc le géophysicien de France-Bleu Puy-du-Fou, Machin l'informaticien du Mouv'. En revanche, il existe un implicite pour le jardinier : il fait partie de la famille, de la maison, de la vie quotidienne (que l'on soit d'une famille ayant employé des jardiniers ou que l'on ait fait partie d'une famille où on était soi-même jardinier). C'est un lien social, historique et culturel.

Écrit par : Dominique | samedi, 31 décembre 2005

Les commentaires sont fermés.