samedi, 31 décembre 2005
Langues des autres, langues de tous
Je vous recommande cet article à propos de la disparition des langues. Je dois dire que le chiffre de 3 000 me semble incroyablement optimiste et ne s'appuie que sur les langues immédiatement en danger et qui ne seront pas encore réduites à zéro locuteurs mais à un très faible taux de locuteurs (2 500 selon la conférence de Nairobi en 2001, 60 % des langues, lesquelles comptent moins de 10 000 locuteurs), mais que si l'on fixe le seuil, de survie à 100 000 locuteurs et non à 10 000 on arrive à 84 % des langues en danger sur les 6 000 du monde ! (Chiffres pris dans Aux origines des langues et du langage, dir. Jean-Marie Hombert, Fayard).
19:00 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note



Commentaires
Oui, c'est consternant. Depuis la disparition de l'hittite-nésique, pour en citer un seul exemple, le monde n'est plus le même.
Écrit par : joye | samedi, 31 décembre 2005
« Avant l'arrivée des Blancs, 300 langues étaient parlées dans ce que sont aujourd'hui les Etats-Unis. En 1992, il n'y en avait déjà plus que 175 utilisées par au moins une personne. On estime que cinq seulement auront survécu à la fin du XXIe siècle. Même l'avenir du navajo est incertain, et pourtant c'est aux Etats-Unis la langue indigène qui a le plus de locuteurs, environ 120 000. Elle est de moins en moins apprise par les enfants. »
Écrit par : Dominique | samedi, 31 décembre 2005
Les États-Unis ont une réputation de "linguistic wasteland". Chaque famille d'immigrés, si elle reste au pays, devient 100 % anglophone (et monolingue) à partir de la troisième génération. Moi-même, j'ai une ascendance norvégienne et allemande des gens qui ont dû arriver aux USA vers le milieu du XIXe siècle mais même mes grands-parents étaient parfaitement anglophones et monolingues.
Écrit par : joye | samedi, 31 décembre 2005
Les Navajos sont des émigrés aux États-Unis ? Oui... Si on veut.
Écrit par : Dominique | samedi, 31 décembre 2005
Le popti', langue maya bien mystérieuse (cette "apostrophe" !), au si joli nom :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3244,36-682527@51-680504,0.html
Écrit par : Papotine | samedi, 31 décembre 2005
Oui, les Navajos sont des emmigrés ! Leurs ancêtres sont arrivés sur le continent un peu plus en avance des miens. Mais rassurez-vous, ce n'est pas moi qui ai tué leur langue. Je suis trop occupée avec l'assassinat de la langue française.
Écrit par : joye | samedi, 31 décembre 2005
Et moi je me demande si l'on ne devrait pas tous adopter chacun à part une des langues en péril afin de l'apprendre ou de financer le travail du linguiste qui entreprend de rédiger sa grammaire, son dictionnaire, ses légendes. Parrainer une langue, est-ce plus absurde que parrainer un être humain malade ou prisonnier ? Les deux sont voués à la mort, mais ils ont tant à faire et à nous apprendre. Ce patrimoine immatériel et universel ne doit pas périr sans laisser de traces et sans nous aider pour l'avenir. C'est un bien commun. Une langue qui meurt et c'est nous, les conquérants, qui sommes dépossédés !
Écrit par : Dominique | samedi, 31 décembre 2005
Les langues sont comme toute autre chose sur la planète : il y a un temps pour vivre et un temps pour mourir. Sic transit gloria linguini.
Quant à penser que ce sont les gens qui conquièrent une langue, je crois que vous vous trompez. ;-)
Écrit par : joye | samedi, 31 décembre 2005
Je vais me renseigner pour parrainer (marrainer ?) le popti'.
Écrit par : Papotine | dimanche, 01 janvier 2006
papotine : Si ça se trouve, c'est donc une langue chanceuse.
:-)
Écrit par : joye | dimanche, 01 janvier 2006
Joye : Quant à penser que ce sont les gens qui conquièrent une langue,
Ça, c'est seulement votre écrit ou ce que vous croyez lire. Je vous laisse les mauvaises lectures de ce que j'ai vraiment écrit.
Écrit par : Dominique | dimanche, 01 janvier 2006
http://www.selentia.de/Show/Show.php?IDA=593050227317
Écrit par : Papotine | dimanche, 01 janvier 2006
Comme d'hab, l'article ignore superbement le rôle que la traduction automatique jouera de plus en plus, les modalités des rapports entre les langues étant réputés prolonger bêtement celles du deuxième millénaire.
Mais j'ai bien aimé la phrase : « Cette pression est aussi psychologique sur fond d'idéologie encore dominante du bienfait du monolinguisme dans un Etat-nation. Certains "monolingues" voient dans le multilinguisme un signe de division des capacités intellectuelles. »
Écrit par : Pierre Hallet | dimanche, 01 janvier 2006
Pas seulement ça. Les innovations techniques permettent aussi à des locuteurs isolés de communiquer dans la langue de leur choix. Ainsi le dépérissement d'une langue très sporadique peut être enrayé, au moins partiellement. Mais cela suppose aussi bien des paramètres : financiers d'abord pour l'accès aux équipements, culturels pour le désir de faire vivre sa langue. La traduction automatique est une fichaise sans intérêt, en revanche le fait de pouvoir écrire en alphabet tifinagh même si on est loin de la Kabylie est un véritable apport culturel d'importance.
Écrit par : Dominique | dimanche, 01 janvier 2006
La traduction automatique une fichaise sans intérêt ? Pour vous peut-être, qui êtes je crois enseignant dans un de ces zétanations se fantasmant monolingues dont parlait l'article... mais dans l'entreprise où je travaille et qui a des filiales dans 15 pays, on est parfois bien content que ça existe, en dépit de tous ses défauts actuels.
Écrit par : Pierre Hallet | dimanche, 01 janvier 2006
Pierre Hallet : dans l'entreprise où je travaille et qui a des filiales dans 15 pays
Cela n'a strictement aucun intérêt pour les peuples qui veulent d'abord pouvoir écrire librement leur langue dans leur système d'écriture afin de conserver une vision du monde et de préserver des liens affectifs malgré la distance. Vous raisonnez en petit boutiquier alors que je parle de valeurs humaines !
Écrit par : Dominique | dimanche, 01 janvier 2006
Z'avez entendu, les peuples ? Ne perdez pas votre temps à réclamer la démocratie, ou la simple parole. Demandez à Dominique, il SAIT ce que vous voulez d'abord.
Ça commence très fort, l'année 2006, dites donc.
Écrit par : Pierre Hallet | dimanche, 01 janvier 2006
Pierre Hallet : Ne perdez pas votre temps à réclamer la démocratie, ou la simple parole.
La question de l'amazigh est importante : http://www.asays.com/article.php3?id_article=258
Ce n'est pas encore totalement réglé du point de vue d'Unicode, mais cela me semble plus important que bien des choses comme une sotte traduction d'un mauvais anglais à un pire français. Et le fait que les Amazighen puissent écrire, communiquer et étudier dans leur langue, c'est un progrès pour la démocratie en Afrique du Nord même si les régimes dans lesquels ils vivent sont loin de la démocratie formelle que nous connaissons. Bien sûr, ce n'est pas déterminant et cela ne mettra pas fin aux saloperies de Notre Ami Le Roi Du Haschich, des potentats à vie tunisiens, des généraux algériens, mais c'est un progrès qui a des conséquences immédiates pour tous les berbérophones qui sont isolés.
Écrit par : Dominique | dimanche, 01 janvier 2006
Le nombre de locuteurs n’est quand même pas le seul facteur qui détermine les chances de survie d’une langue. Il y a aussi le statut (officiel ou non, par exemple), ou encore sa dispersion, ou plutôt sa dilution: l’occitan aura beau avoir plus de 100 mille locuteurs, c’est-à-dire se situer au-dessus du «seuil de survie», ses locuteurs ne sont majoritaires dans aucune localité en France, et sans doute même dans aucune rue. Les jours de l’occitan sont donc comptés. Le fait d’avoir des grammaires et quelques sites internet militants n’y changera rien. Les gens, y compris les linguistes, n’ont apparemment aucune idée de la biologie des langues, des conditions nécessaires à leur survie, alors qu’il suffirait, en réalité, de voir les faits actuels, et de voir ce qui s’est déjà produit dans le passé.
Par ailleurs, ce seuil de survie est tout à fait arbitraire. Au train où vont les choses actuellement (mondialisation, tourisme de masse, nouveaux moyens de communication), j’aurais tendance, s’il fallait choisir un tel seuil, à placer la barre à 100 millions. D’ici l’an 2100, il ne restera plus qu’une poignée de langues sur la planète. Déjà, je me fais beaucoup de soucis pour le néerlandais (22 millions de locuteurs), dont la logosphère ne cesse de se rétrécir au profit de l’anglais. Jadis, le néerlandais était souverain absolu sur son territoire (du moins aux Pays-Bas), et on était donc fondé à croire qu’il survivrait indéfiniment. Mais la situation a bien changé aujourd’hui: on est, dans les faits, en situation de diglossie (non de multilinguisme, mais de diglossie néerlandais/anglais). Or une diglossie est instable, des glissements se produisent dans un sens ou dans un autre, mais souvent en faveur de la langue la plus puissante et la plus utile.
Personnellement, je suis frappé de la mauvaise qualité de cet article du Monde, cité par Dominique. On y lit, par exemple, cette phrase: «Une langue est menacée, selon les linguistes, si elle n'a plus de locuteurs d'ici la fin du XXIe siècle.» Une langue qui aurait de bonnes chances d’être encore parlée jusqu’en 2120, mais pas au-delà, n’est donc pas menacée. Ou encore cette phrase-ci: «Certains "monolingues" voient dans le multilinguisme un signe de division des capacités intellectuelles.», phrase qui laisse entendre qu’une division innée, ou en tous cas préexistante, des capacités intellectuelles entraînerait le multilinguisme ou se manifesterait par le multilinguisme chez un individu. Mais je suppose qu’on a voulu dire: certains "monolingues" voient dans le multilinguisme une source ou une cause de division des capacités intellectuelles. Au demeurant, je serais assez d’accord avec cette dernière assertion: le multilinguisme, dans une mesure plus ou moins grande, est toujours une source de confusion; le bilinguisme ‘de naissance’ en particulier, loin d’être cet état paradisiaque que d’aucuns décrivent, et constitue souvent une situation inconfortable, voire parfois une malédiction.
Écrit par : Torsade de Pointes | lundi, 02 janvier 2006
Joye: «Les États-Unis ont une réputation de "linguistic wasteland".»
Et alors? Ça n'empêche pas ce pays de rafler tous les prix Nobel et de dominer la planète sur absolument tous les plans. Qu'on ne me dise pas que le monolinguisme est un handicap!
Écrit par : Torsade de Pointes | lundi, 02 janvier 2006
Dominique : « Vous raisonnez en petit boutiquier alors que je parle de valeurs humaines ! »
Dominîîiiîîiiîîiiîîiique ! Cessez donc de vitupérer les petits commerçants, dès que j’ai l’estomac tourné !
Quant à vous, Torsade de pointes, alvéolez-moi votre immonde pâté, si vous ne voulez pas être Layanifuge !
Écrit par : Jean Pierre Coffee | lundi, 02 janvier 2006
Et au milieu des mortiers, le savoir vivre d’une petite fille qui agite son drapeau sur lequel s’affiche un message d’espoir…
Lu(mignon) comme un… mortier…
http://correcteurs.blog.lemonde.fr/correcteurs/2005/12/post_8.html
Écrit par : MiniPhasme | lundi, 02 janvier 2006
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