vendredi, 30 septembre 2005

Il est minuit un, docteur Potter

Contrairement à ce qu'affirment à longueur d'antenne les journalistes de Radio France au sujet du lancement d'une célèbre lessive d'origine anglaise, les librairies françaises n'ouvriront pas cette nuit à minuit une, mais à minuit un. On peut dire minuit et une minute. Une est alors un adjectif numéral cardinal. Dans la tournure elliptique minuit un, l'adjectif numéral prend la seule forme de l'ordinal comme pour la scène un, la page un, la voie un, la division un, la classe un.  Il n'y a plus de numéral cardinal dans ce cas puisque le déterminant est devenu un pronom numéral ordinal, il n'introduit rien et il renvoie seulement à un groupe nominal.

Commentaires

Et voilà. Il est toujours bon de le rappeler. Profitons-en pour recommander de ne pas se mêler de la lessive en question et de l'ignorer soigneusement.

Écrit par : Jacques Layani | vendredi, 30 septembre 2005

Ben la tournure elliptique, je la vois dans "minuit une" ! sous-entendu : minuit et une minute... et on est demain.

Écrit par : Papotine | vendredi, 30 septembre 2005

On ne dit pas cinq, quatre, trois, deux, *une*, zéro ! même si l'on sous-entend alors des secondes.

Écrit par : Dominique | vendredi, 30 septembre 2005

C'est vrai.

Écrit par : Papotine | vendredi, 30 septembre 2005

Dans le décompte avant minuit, je n'ellipse pas "seconde" mentalement, mais dans minuit "une", la minute est bien présente, en fond sonore--tic ! -- le bruit du déplacement de l'aiguille qui se détache du douze.

Écrit par : Papotine | vendredi, 30 septembre 2005

Un verbe est né, semble-t-il : ellipser. Le grand malfrat en trouve néanmoins des exemples précédents et qu'il répond à un sens évident. Si jamais un journaliste de France Inter s'amusait à employer ce verbe, le médiateur de Radio-France jugerait qu'il n'existe pas et que c'est intolérable puisqu'il n'est pas dans son dictionnaire, alors qu'il peut accepter d'autres termes plus barbares s'ils sont dans son dictionnaire (avec des considérations de registre qu'il ne consulte jamais). La minute ridicule à la radio, c'est celle du médiateur de Radio-France.

Écrit par : Dominique | vendredi, 30 septembre 2005

"Un verbe est né, semble-t-il : ellipser. Le grand malfrat en trouve néanmoins des exemples précédents et qu'il répond à un sens évident"

Montrez-moi l'ellipse dans cette phrase !

Écrit par : Papotine | vendredi, 30 septembre 2005

Papotine : « Montrez-moi l'ellipse dans cette phrase ! »

Ce ne serait pas plutôt une anacoluthe ?

Écrit par : Stéphane De Becker | samedi, 01 octobre 2005

Papotine : « Ben la tournure elliptique, je la vois dans "minuit une" ! sous-entendu : minuit et une minute... et on est demain. »

Cela me fait penser à une mésaventure dont a été victime une famille qui devait rentrer à la Réunion en avion. Sur les billets il était écrit que le vol était prévu pour, disons, le 10 août à 00h20. Tout ce petit monde — mère, père et enfants — avait quitté son hôtel parisien en cette dixième journée de l’auguste mois et, d’un train de sénateur puisqu’on avait tout l’après-midi devant soi, s’était rendu à l’aéroport où la voiture de location avait été rendue. Arrivés au comptoir d’enregistrement en début de soirée, ils se sont entendu dire une énormité épouvantable : leur avion était “parti depuis la veille” ! Eh oui, il aurait fallu venir enregistrer ses bagages dans la soirée du neuf, monter dans l’avion, le neuf, vers minuit moins une*, pour qu’à minuit vingt, au tout début du 10 août, l’appareil et les passagers — les passagers présents — soient prêts pour le décollage…


* Là il ne me semble pas que l’on doive dire “minuit moins un”. Pourquoi ? Parce qu’implicitement on parle de “minuit moins une minute” ?

Écrit par : Siganus Sutor | samedi, 01 octobre 2005

Poisson exotique : "* Là il ne me semble pas que l’on doive dire “minuit moins un”. Pourquoi ? Parce qu’implicitement on parle de “minuit moins une minute” ?"


Mais oui, LA minute de réflexion qui permet de ne pas rater l'avion !

Écrit par : Papotine | samedi, 01 octobre 2005

Dominique :"La minute ridicule à la radio, c'est celle du médiateur de Radio-France."

Encore entendu ce matin "huit heures trente et une" !! je ne tique pas du tout à ce tic tac-là !

Écrit par : Papotine | samedi, 01 octobre 2005

Papotine : Mais oui, LA minute de réflexion qui permet de ne pas rater l'avion !

Trop tard : cela ne se jouait pas à une minute près mais à un jour près !

Une autre subtilité peut aussi arriver à rendre perplexes certains poissons-lapins : une demi-heure ou une demie heure ? Je sais que la première forme est censée être la bonne, mais ma nageoire droite a parfois du mal à l’admettre (c’est comme pour “arguer”).
J’espère que la réponse va arriver dans moins d’une heure et demie. (Mais que serait-ce donc, selon l’homme-de-l’année 1905, qu’une heure coupée en deux ? Ne me ferais-je comprendre qu’à demi, tel une pendule sonnant les demies mais pas les heures carrées ?)

Écrit par : Siganus Sutor | samedi, 01 octobre 2005

Papotine : Montrez-moi l'ellipse dans cette phrase !

Il s'agit d'une figure de style bien connue et répertoriée sous le nom de besoin de sommeil.

Papotine : Encore entendu ce matin "huit heures trente et une" !! je ne tique pas du tout à ce tic tac-là !

Hélas ! J'ai rappelé la règle, mais je n'ai pas dit qu'elle était encore bien appliquée. En fait, elle part en miettes. Un test facile est à la portée de tous les Français : il suffit d'écouter les annonces faites dans les gares. Ce sont tous des messages enregistrés il y a une quinzaine d'années par une animatrice de FIP, tout a été ensuite découpé en petites séquences. Les mots ou les expressions à dire sont ensuite sélectionnés de manière informatique et ils sont recollés dans un message audible et continu. Le personnel des gares a donc le choix entre annoncer un train voie un ou voie une (deux mots et deux séquences sonores). Mais j'ai constaté qu'on adoptait de plus en plus la voie une pour la charmante voix. Pourquoi est-ce que je prête attention à la voie un ? C'est celle du train qui relie la capitale alsacienne à la capitale française en passant par la capitale lorraine, la capitale champignacienne, la capitale du vin à bulles et la capitale du fabuliste.

Écrit par : Dominique | samedi, 01 octobre 2005

Et moi qui croyais que la voix qui parlait dans les gares était une *vraie* voix de demoiselle de gare qu'on pourrait croiser, magnéto sous le bras, en prenant son train ! un rêve s'effondre !
Quant à la règle pas appliquée pour la "voie une", c'est très bien comme ça, vu que je ne l'appliquais pas sans même soupçonner mon erreur.
Je me souviens aussi du slogan publicitaire pour TF1 "y'en a qu'une, c'est la une !"

Écrit par : Papotine | samedi, 01 octobre 2005

Vous n'aviez jamais remarqué que c'était la même voix partout en France et que si une information sortait du cadre habituel des annonces prévisibles, elle était effectuée par une autre voix, souvent bien moins timbrée et assurée ?

Écrit par : Dominique | samedi, 01 octobre 2005

Non, et à Marseille, la voix a l'accent !!

Écrit par : Papotine | samedi, 01 octobre 2005

Dominique: "(...) en passant par la capitale lorraine, la capitale champignacienne, la capitale du vin à bulles et la capitale du fabuliste".

Mais comment se fait-il que la capitale du vin à bulles ne soit pas devenue la capitale champignacienne? Car, sauf votre respect, l'actuelle capitale fait (du moins quand on regarde les choses de l'endroit où je me trouve) assez pâle figure à côté de la capitale du vin à bulles, plus grande, plus prestigieuse, et plus visible, à cause, précisément, de son vin à bulles, mais aussi de sa somptueuse cathédrale gothique, et de son rôle éminent dans l'histoire de la monarchie française.

Concernant le point de grammaire qui fait l'objet de votre article, je remarque qu'on dit "la voie une", mais qu'on ne dira jamais "le quai une". Je me demande donc si le genre du substantif qui précède ne détermine pas aussi le choix du numéral 'un' ou 'une'.

Écrit par : Torsade de Pointes | samedi, 01 octobre 2005

Torsades de Pointes : l'actuelle capitale fait (du moins quand on regarde les choses de l'endroit où je me trouve) assez pâle figure à côté de la capitale du vin à bulles, plus grande, plus prestigieuse, et plus visible, à cause, précisément, de son vin à bulles, mais aussi de sa somptueuse cathédrale gothique, et de son rôle éminent dans l'histoire de la monarchie française.

Vous confondîtes la capitale du vin pétillant et la capitale des sacres. Il y a quatre, voire cinq capitales en Champignacie, la dernière étant la capitale historique du temps du comté de Champignacie. La capitale des sacres est victime d'une bruxellisation sauvage, alors que la capitale du vin à bouchon sauteur est une fort jolie ville ayant conservé tous ses atours.

Écrit par : Dominique | samedi, 01 octobre 2005

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