mardi, 16 août 2005
Les poings sur les i
Ce matin, en faisant mes courses, j'ai été frappé par un fait : les panneaux écrits à la main n'avaie
nt pas la typographie conventionnelle. J'explique : normalement, en français, les capitales peuvent prendre un diacritique (accent, cédille, tréma, tilde...), sauf le point du i et du j. Quand on regarde les lettres d'une police d'écriture, I et J sont toujours sans point. Le point a été ajouté dans l'écriture dite gothique afin de bien différencier les lettres qui présentent des jambages proches (i, m, n, u, v, w). En capitales, le point sur le i et le j n'était pas nécessaire à la lecture et il est donc omis, d'autant plus que ces lettres capitales peuvent être écrites avec un empattement qui permet d'éviter l'ambiguïté (celle-ci existait cependant dans le cas du Romain du roi et c'est pourquoi le l minuscule de cette police possède un point médian). Il y a des langues qui utilisent le i minuscule sans point : celles qui s'écrivent en grec ou en cyrillique. Il y a des langues qui font du point sur le i un signe diacritique à part entière afin de distinguer des phonèmes différents : l'albanais, les langues turques. Mais bon... la convention en français, c'est i avec point en minuscule, I sans point en capitale.
Devant mes yeux ébahis, j'ai vu des foules de I capitale avec point ! C'était encore plus étonnant : les mêmes panneaux présentaient les autres capitales sans accent (Caisse chèques, Caisse cartes de crédit). Je me suis gratté la tête : même en admettant qu'un seul étalagiste n'ait pas la moindre notion de dessin des lettres, c'est quelque chose de plus courant qu'on imagine. Cela m'a fait penser alors à une pizzeria, située non loin de chez moi : toutes les lettres sont en capitales, et on a des points sur pizzeria, italienne. Les lettres sont alors peintes à la main et non découpées sur un modèle pré-établi, le point se trouve sur la barre de T, ce qui fait des petits i capitales (et je trouve cela fort moche). On ne pense pas à corriger la calligraphie des capitales, je passe mon temps à réprimer l'abus de ces capitales (le pire étant le cœur ou la tête de mort sur le i).
Je dois admettre qu'il existe un usage sauvage des lettres capitales. Il ne répond pas du tout aux conventions scolaires ou typographiques, mais il existe. Un autre usage m'a frappé le même jour : j'ai vu des graffitis écrits par la même main et j'ai été arrêté par le fait que le I dans « I love you » était avec empattement alors que le I dans « city » était un simple bâton. Je me suis dit alors que le pronom « I » avait une forme idéographique du fait de l'insistance des profs d'anglais pour l'écriture de ce mot précis.
11:25 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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